Perriscope #8 - Pour sortir de la crise, la "route est droite mais la pente est forte"

Perriscope #8 - Pour sortir de la crise, la "route est droite mais la pente est forte"
Mon argent

ANALYSE - Au lendemain de la conférence de presse du Premier ministre dans laquelle ce dernier est revenu sur les dispositifs mis en place par l'Etat pour venir en aide à l'économie française, Pascal Perri, économiste, fait le point sur ces aides, historiques, mais aussi sur le défi à relever, qui n'est pas moindre.

La pire récession depuis 1945 ! Le Premier ministre a assez vite glissé sur les conséquences économiques et sociales de la crise du Covid dimanche pour son point presse en mode Powerpoint, mais la formule utilisée est sans ambiguïté. La richesse nationale va se contracter d’environ 8% (dans le meilleur des cas). C’est le scénario du Crunch, le scénario de l’attrition : l’assiette de richesse créée va se réduire tandis que nos besoins collectifs vont augmenter. Nous avons tous en tête l’idée du ciseau. C’est ce qui va sans doute se produire. Plus de dépenses et moins de recettes. Une baisse de de 36% d’activité économique, de 43% dans l’industrie, 88% dans la construction et 90% dans la secteur cafés-hôtels-restaurants. 

Nous avions du mal à nous en sortir avec une croissance de 1,5%, imaginez avec -8% !  Avec une facture du chômage partiel estimée à 24 milliards d'euros, un Fonds de solidarité aux entreprises de 7 milliards et les défauts qu’il faut déjà anticiper sur le remboursement des prêts bancaires assortis de la garantie d’Etat (300 milliards d'euros). 

L’Etat s’est mis en 4 pour activer la pompe du respirateur artificiel de notre économie. Il a massivement emprunté et estime devoir augmenter la dose. Attention toutefois, "il faudra rembourser cet argent" affirme François Villeroy de Galhau dans le Journal du Dimanche. Tous les économistes savent cependant qu’il existe plusieurs façons de "rembourser" une dette. Soit, on la paye au sens strict du terme, soit on détruit chaque année une partie de sa valeur faciale en "produisant" de l’inflation, soit et c’est souvent ce qui a été fait par le passé, on dévalue la monnaie (au risque d’appauvrir les ménages et les entreprises). Les dégâts collatéraux des deux dernières options sont tels qu’il faut les éviter à tout prix. A la sortie de a crise, notre dette publique aura augmenté d’environ 15 points pour s’établir à 115% du PIB. 

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Si les ménages décident d’épargner et non de consommer, le redécollage sera plus lent et plus mou. - Pascal Perri

Devons nous pour autant être résignés au déclin ? La réponse est non. Deux éléments positifs sont à prendre en compte :

1. Le rebond de croissance pour 2021 est estimé par le FMI à plus de 4,5% pour la zone euro. La croissance élargit l’assiette de la création de richesses et c’est elle qui permet de dégager du cash pour rembourser les dettes. Comme les choses ne sont jamais simples, la psychologie des consommateurs jouera un rôle important. Si les ménages décident d’épargner et non de consommer, le redécollage sera plus lent et plus mou. Le revenu des Français a été soutenu par les dispositifs de chômage partiel. L’Etat en prend les deux tiers et l’Assurance chômage un tiers. Si cet argent est stocké dans des bas de laine ou sur des comptes qui n’alimentent pas l’économie, il est pour partie improductif. Pour être utile à l’économie, l’argent doit être consommé ou investi. Plusieurs facteurs vont jouer sur la psychologie des ménage, à commencer par ce qu’on pourrait appeler le design de la société post Covid ; capacité à se déplacer, capacité à produire, réduction des frictions, c’est-à-dire des aspérités quotidiennes, retour de la scolarisation des enfants, crédibilité du plan de relance. Tous ces éléments vont jouer. L’économie n’est pas une science sans conscience. La propension des consommateurs à la rationalité est indexée sur la rationalité de la gouvernance publique ! Le pari du retour de la confiance peut être gagné. 

2. Les banques centrales ont tout intérêt à jouer le jeu au même titre que les grands prêteurs. C’est l’intérêt de tout le monde. Nul créancier ne peut se réjouir de l’appauvrissement de son débiteur. Ainsi, les taux (le prix de l’argent) devrait rester bas. C’est une des conditions pour rendre supportable le remboursement des intérêts d’emprunt. La France continue d’emprunter autour de Zéro. C’est le signe que la communauté financière garde confiance dans notre capacité à produire de la richesse. Le taux est une mesure du risque. La société française a ses défauts mais elle n’a précisément jamais fait défaut… et elle n’est pas sans atouts : innovation, productivité horaire du travail, infrastructures solides, services publics de la santé et de l’école. Tant que nos prêteurs auront le sentiment que nous sommes en état de faire face, la France restera crédible. 

Comme le disait en son temps le Premier ministre Raffarin dans une formule désormais célèbre : Notre route est droite mais la pente est forte 

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