#PerriScope n°15 - Déconfinement : le spectre de l'effondrement de l'économie

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CHRONIQUE - Dans sa présentation du plan de déconfinement face aux députés mardi, Edouard Philippe a mis en garde contre "le risque de l'écroulement" de l'économie si les mesures n'étaient pas mises en oeuvre progressivement. Quels sont précisément les dangers ? L'analyse de notre économiste, Pascal Perri.

Un mot, un seul mot lâché au milieu d’une longue intervention devant la représentation parlementaire : écroulement. La France est entrée dans le confinement pour protéger la santé des Français mais un confinement trop long provoquerait un écroulement de son économie. Etroite ligne de crête entre la préoccupation sanitaire et la nécessaire relance de l’appareil productif. Edouard Philippe a livré mardi après-midi un mode d’emploi du retour à la normale. Il n’a pas prononcé un discours de caractère économique mais ce mot "écroulement" en dit presque plus long sur les risques encourus. 

"Nous devons retourner au travail", a dit mercredi matin Bruno le Maire, le ministre de l’économie, interrogé sur LCI par Elisabeth Martichoux. Retour progressif et coordonné pour précisément conjurer le risque du "collapse" économique. Quelle pourrait en être la forme et quelle en serait la portée ? 

Le scénario de l’écroulement toucherait l’économie réelle. Ceux qui suivent la bourse ont relevé que les grandes places financières réagissaient plutôt favorablement ces derniers jours. L’écroulement ne devrait pas venir des bourses, mais du terrain des entreprises, pour ensuite contaminer le reste de l’écosystème.

Le risque d'une crise virale

 

Voici un scénario parmi d’autres. Première étape, les entreprises les plus fragiles font défaut. Elles manquent de trésorerie pour faire face à leurs engagements. L’Etat prend en charge les salaires à travers le chômage partiel mais les charges permanentes comme les mensualités d’emprunt, les remboursements d’investissement, les leasings, les loyers, certaines charges externes sont maintenues. L’entreprise n’a pas obtenu de concours bancaires, ses lignes de crédit sont épuisées, elle ne peut plus faire face à ses engagements, le chef d’entreprise doit se résoudre au dépôt de bilan puis à la liquidation faute de solution de sortie. Les créanciers des entreprises faillies perdent leurs créances, y compris les créanciers prioritaires comme les organismes publics (URSSAF). Les fournisseurs  perdent les factures qui leur étaient dues. La crise se propage. 

Quand elle est massive, elle atteint les bilans des banques. Elles doivent passer dans leurs comptes les pertes qu’elles ont enregistrées du fait de la défaillance de leurs clients.  Bref, la crise est virale. Elle est contagieuse. Plus elle est massive, plus elle s’étend aux secteurs amont et aval. Une bulle d’impayés enfle qui aboutit elle-même à l’affaiblissement du tissu productif. Les salariés des entreprises en faillite perdent leurs emplois. La bulle du chômage prend de l’ampleur. Elle a au moins deux types de conséquences :

1) Les ménages consomment moins. Les revenus baissent et avec eux le volume de la demande sur le marché. D’autres entreprises sont exposées au risque de déclassement puis de faillite. La crise s’est propagée. Les faillites ont précipité l’augmentation du chômage, qui réduit la demande, et le phénomène s’auto-alimente.

2) Les dépenses sociales augmentent tandis que les recettes des organismes sociaux baissent. Les prêteurs ne veulent plus financer les déficits de l’assurance chômage. Les indemnités sont réduites. L’effet sur la demande déjà éprouvée est immédiat. La baisse de distribution des revenus sociaux accélère la récession. Nous sommes à nouveau en présence d’un phénomène auto-entretenu. Une fois que le premier domino est tombé, difficile d’empêcher le feu de forêt économique ! 

Et l’Etat dans tout ça ? Que peut-il ? Tout dépend de ses moyens et de l’attitude de ses créanciers. S’ils ont le sentiment que le tissu productif est irrémédiablement compromis, ils ne prêtent plus ou à défaut à des taux très élevés, insupportables pour une économie en crise. C’est le scénario grec en pire. Les services publics font eux aussi défaut. Les hôpitaux manquent de moyens. On leur fait payer cash la fourniture des molécules de traitement des maladies graves. La pauvreté se développe. Nous sommes en plein cauchemar économique, social, budgétaire. Tous les actifs, immobiliers ou mobiliers ont été dépréciés. L’Etat et ses finances publiques doivent être placés sous tutelle ! 

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En économie comme dans la vie, il est toujours utile de prévoir le pire pour l’éviter. Le scénario que je décris aujourd’hui est très peu probable, mais c’est bien le Premier ministre qui a évoqué le scénario de l’écroulement. Le mot n’est pas innocent ! Quoi qu’il en soit, des défaillances d’entreprises sont à attendre. Combien ? Elles laisseront des traces sur le marché. Mais lesquelles ? Des engagements ne seront pas tenus, des filières seront fragilisées, des agents économiques s’appauvriront mais le retour progressif à la normale - si chacun y met du sien - devrait nous garantir que le pire ne se produira pas. 

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