#Perriscope n° 25 - A partir de combien est-on riche ? Les partis pris contestables du rapport de l'Observatoire des inégalités

#Perriscope n° 25 - A partir de combien est-on riche ? Les partis pris contestables du rapport de l'Observatoire des inégalités
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ANALYSE - L'Observatoire des inégalités a publié mardi un rapport sur les classes aisées en France, plaçant le "seuil de richesse" à deux fois le revenu médian, soit 3.470 euros par mois après impôt pour une personne seule. Un choix politique qui ne résiste pas à l'épreuve du bon sens pour Pascal Perri, économiste.

Le premier rapport sur les riches en France de l’Observatoire des inégalités, publié mardi, est hélas une grande déception. Il s’adosse à des partis pris contestables. Peut-on en effet considérer qu’une personne seule est riche avec 3470 euros net d’impôts par mois ? 

Dans une démarche scientifique, il ne peut y avoir de réponse que s’il y a eu une question. Mais c’est bien la question initiale, mère porteuse d’un postulat de départ, qui peut être contestée. Les auteurs du rapport classent dans la même catégorie des riches les populations gagnant entre 3750 euros net par mois et l’infini… Ce classement est abusif et il ne résiste pas à l’épreuve du bon sens. 

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La Chronique éco : A partir de combien êtes-vous riche ?

Noam Léandri, président de l’Observatoire défend son approche. Mardi 9 juin sur LCI, dans le Grand soir, il expliquait qu’on peut établir le seuil de richesse à deux fois le salaire médian (qui coupe la totalité des salaires en deux parts égales) dès lors que le seuil de pauvreté correspond à la moitié de celui-ci ! Une démarche sérieuse aurait consisté à déterminer un périmètre de l’étude et une distribution précise des populations étudiées. Qu’y a t-il de commun, dans la vie de tous les jours et dans la perspective de construction d’un patrimoine, entre celui qui gagne 3750 euros par mois, celui qui en gagne dix fois plus (37.500 euros) et celui qui gagne 375.000 euros par mois ? Peut-on décemment les faire vivre dans le même monde ? C’est ce que fait l’Observatoire des inégalités. 

Une étude des centiles du revenu aurait été nécessaire. L’étude des déciles du revenu (les revenus en 9 catégories) est très grossière, insuffisamment précise pour qualifier la matière étudiée. Le biais méthodologique retenu est la première vraie erreur de cette étude politique. L’opinion est parfaitement respectable, mais elle doit rester à sa place. Autrement dit, on ne peut présenter des représentations idéologiques comme des études académiques. Dans "La formation de l’esprit scientifique", Bachelard, homme de science, écrit qu'"on ne peut rien fonder sur l’opinion, il faut d’abord la détruire". Terrible douleur que le chercheur s’inflige à lui-même ! 

L'étude rate sa cible

Toutes les études sur les riches en France ont tendance à vouloir les déconsidérer. Celle-ci n’échappe pas à la règle générale. Des noms sont cités comme dans ces listes honteuses où il convient de lyncher les coupables. Tel dirigeant d’un groupe de luxe y est épinglé. Bernard Arnaud sert en général de cible, lui à qui François Ruffin avait consacré un "Merci patron" accusateur. Le rapport ne dit pas que LVMH, son groupe, paye 40% de ses impôts en France alors qu’il n’y réalise que 10% de son activité. 

Nous sommes (mal) habitués à cette longue tradition de la dénonciation. Toutefois, la question la plus évidente et la plus troublante à la lecture de ce rapport est cependant la suivante : pourquoi donc désigner comme riches des Français qui à l’évidence ne le sont pas ?  Ne serait ce pas pour protéger les vrais riches ? Ceux qui sont partis ? Ceux qui ont quitté la France, car titulaires de revenus issus de leur patrimoine financier ? On se pose la question à la lecture de ce rapport qui rate sa cible. 

Quelle société voulons-nous ?

Le biais retenu par l’Observatoire des inégalités revient donc à considérer comme riches toutes celles et tous ceux qui sont placés au dessus du seuil de 3750 euros par mois. C’est cette approche indifférenciée qui a justifié en France le matraquage fiscal des classes moyennes supérieures. 

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Ces catégories payent la plus grande cote part de l’impôt sur le revenu : 1% des contribuables paye 20% de l’IR et 20% en payent environ 60%. De surcroît, les revenus élevés financent notre protection sociale collective au prorata de leurs revenus : Assurance maladie, politique de la famille, Assurance retraite qui sont aussi de puissants leviers de redistribution. Une société sans riches serait une société de pauvres. La redistribution financée par ceux-là même que l’Observatoire des libertés désigne comme riches permet de réduire de moitié les inégalités des revenus primaires. Notre modèle a ses défauts mas aussi ses instruments de régulation. Aux Etats-Unis, la solidarité des riches envers les pauvres est soumise au bon vouloir des premiers. En France, elle est organisée par le modèle de redistribution républicain. Heureusement qu’il reste encore quelques "riches" pour le faire fonctionner ! 

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