#Perriscope n° 24 - La France face à ses dettes : l'égoïsme de l'immédiat est une bombe à retardement

#Perriscope n° 24 - La France face à ses dettes : l'égoïsme de l'immédiat est une bombe à retardement
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ANALYSE - La France qui s’attelle à relancer son économie fait face à une montagne de dettes. "Nous avons le choix de fuir, de faire preuve de lâcheté ou à l’inverse de solder nos propres comptes", selon Pascal Perri, économiste.

Dans une conférence célèbre prononcée en 1882 à la Sorbonne et publiée quelques années plus tard, Ernest Renan définit la Nation comme "le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis". Nous sommes tous dépositaires d’un bien qui ne nous appartient pas, un bien commun qui s’appelle la Nation. Elle se forme aussi dans le sacrifice. Celui du sang pendant les guerres, celui de l’actif national en temps de paix. Des générations de jeunes gens se sont sacrifiées pour que les générations à venir vivent libres de toute occupation étrangère. Mais les générations d’aujourd’hui n’hésitent pas, à travers la dette, à hypothéquer l’avenir de ceux qui viendront et n’ont en aucune façon manifesté leur consentement à payer l’ardoise de leurs parents et grands-parents. Le raccourci est audacieux, mais il nous rappelle que la guerre d’aujourd’hui est économique. La compétition de la relance commence. Les rapides mangeront les lents. 

Nous voilà confrontés à une montagne de dettes. Dettes de l’Etat, de l’Assurance chômage, et maintenant de la Sécurité sociale. Gérald Darmanin a présenté une nouvelle prévision de déficit à plus de 50 milliards, soit 11 milliards de plus que prévus fin avril. Le retour à la normale n’est pas annoncé avant 2024-2025. 

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Moins de travail, moins d’embauches, moins de cotisations payées, des annulations ou des reports de charges d’un coté et de l’autre des dépenses additionnelles comme le réajustement de l’ONDAM (Objectif des dépenses de l’Assurance maladie) de l’ordre de 8 milliards. Les comptes sociaux sont sous tension. Ils virent même au rouge carmin ! 50 milliards pour la Sécurité sociale (branches maladie, retraite et famille) et probablement 50 de dette cumulée pour l’UNEDIC, les deux grands piliers du modèle social français sont en péril. Ils le sont d’autant plus que les prévisions économiques de (dé)croissance s’amplifient ! Au passage, rappelons que les prestations sociales sont financées en France par les cotisations et par l’impôt. Moins d’activité, c’est évidemment moins de cotisations et moins de rentrées fiscales. 

Le plongeon est plus spectaculaire qu’annoncé. Nous ne devrions pas être surpris. Le pays s’est brutalement arrêté à la mi-mars et pendant 55 jours de confinement, il a tourné au ralenti, pour ne pas dire qu’il a calé dans des secteurs entiers dont le poids est surreprésenté dans notre économie (tourisme, événementiel, cafés-hôtels-restaurants, loisirs, etc.). On peut prendre le problème par tous les sens, à chaque fois, on aboutit aux mêmes conclusions. 

Plus de 40% des salariés ont été protégés par le dispositif de chômage partiel et beaucoup le restent aujourd’hui encore. La contribution de l’Etat, quoique moins élevée depuis quelques jours, porte toujours sur 60% du salaire brut. C’est un luxe social exceptionnel acheté à crédit. Les Français ne mesurent pas toujours leur confort social à sa vraie valeur et, devrait-on dire, à son vrai prix. Les caisses du chômage sont abondées par les cotisations des entreprises et par les impôts des Français. Nous avons le choix de fuir, face à la dette, de faire preuve de lâcheté ou à l’inverse de solder nos propres comptes. Comment y parvenir ? 

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Dans le partage de la valeur, la règle des 3 tiers est souvent évoquée : 1/3 aux investisseurs que certains appellent les actionnaires (souvent pour les disqualifier), 1/3 aux salariés, et 1/3 à l’investissement. Cette règle pourrait être retenue pour partager les efforts de redressement du pays.

1/3 de productivité aux salariés, 1/3 d’effort pour les entreprises, 1/3 d’effort de rationalisation des dépenses de l’Etat. Dans le cas des salariés qui ont bénéficié des fruits de la socialisation, on pourrait imaginer des gains de productivité, une quantité de travail adaptée aux besoins de chaque secteur, un abandon des jours de RTT ou le renoncement sur deux années à deux journées fériées et chômées. L’enjeu n’est pas d’enrichir les entreprises mais de solder une note collective. 

S’agissant des entreprises, les plus riches seraient appelées à flécher une partie des bénéfices 2020, pour celles qui en ont réalisés, vers la solidarité, et les dirigeants accepteraient le principe du "zéro augmentation" pendant la même période de deux années. Enfin, l’Etat serait appelé à une cure d’efficacité salutaire. 

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Rappelons nous qu’avec un taux de dépense public record, la France n’a pas été capable de protéger les Français contre le virus. En dépit de nos dépenses de santé, elles aussi très élevées, nous n’avons pas été en mesure d’accueillir les patients atteints du COVID dans nos services d’urgence et nous sommes incapables de payer à leur prix les soignants de l’hôpital public. De quoi douter de notre modèle d’organisation et de la pertinence des dépenses engagées avec l’argent des Français. Pour éviter le collapse budgétaire, tout le monde doit se mettre à la diète. L’égoïsme de l'immédiat est une bombe à retardement pour nos enfants. Aucun d’entre nous ne peut désormais l’ignorer ! 

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