#Perriscope n° 26 - Sortons des postures démagogiques pour sauver Air France

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SECTEUR AÉRIEN - Des milliers de postes sont menacés chez Air France selon les syndicats. Comment la compagnie, fortement affectée par la crise du Covid-19 et notamment concurrencée par le train sur ses lignes intérieures, peut-elle redresser la barre ? Appelant à libérer le débat des "pulsions hostiles à l'avion", Pascal Perri, économiste, nous livre son analyse.

Ce jeudi 18 juin, jour de commémoration, le député LFI Alexis Corbière était l’invité d’Elisabeth Martichoux sur LCI. Il y a dénoncé le plan de départs chez Air France (révélé la veille sur notre antenne). Environ 8.000 suppressions de postes. Depuis quelques mois, son collègue Insoumis François Ruffin fait campagne avec d’autres, dont Delphine Batho, pour la réduction, voire l’arrêt des liaisons aériennes sur le marché français au profit du train. On ne peut vouloir une chose et son contraire ! 

Si l’avion est condamné alors, il faut aussi condamner les emplois qui lui sont attachés. Qui, dans ces conditions, peut s’étonner que la compagnie réduise la voilure ? Les 7 milliards d’aide à Air France, sous forme de prêt garanti (et non sous forme de don comme on le laisse entendre trop souvent) n’ont pas vocation à entretenir une compagnie dont on souhaiterait par ailleurs la disparition progressive ! Il faut être cohérent et en revenir aux faits. 

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Puisque tout est vert aujourd’hui, il faut abattre le transport aérien et lui préférer le train. C’est oublier un peu vite que les motoristes ont fait d’immenses progrès et qu’ils proposent aujourd’hui des consommations par tête proches de celle d’une Clio ! Le débat public est par nature insincère dans ce domaine, dominé par des pulsions hostiles à l’avion, symbole du libre-échange et des déplacements permanents. Sortons ici des postures démagogiques. Jean François Rial, fondateur de la société Voyageurs du monde et vraie conscience écologiste, estime que la tendance des grands voyages au bout du monde va se ralentir. Sa société, à la pointe dans ce domaine, propose non pas une compensation carbone mais une absorption carbone des déplacements de ses clients et de ses collaborateurs jusqu’à parvenir à la neutralité carbone. 

La prise de conscience est en marche. Très bien, mais il ne faudrait pas qu’Air France en soit la première (et seule) victime. Tous ceux qui travaillent sérieusement sur l’économie du transport aérien savent que la compagnie nationale a d’immenses progrès à accomplir en matière de productivité. On lui impose un double régime minceur par gros temps.  Elle a déjà amélioré son offre Premium et business qui s’adresse à la "haute contribution", les passagers du devant de l’avion. Mais, sur son propre marché, en France et dans la proximité européenne, ses coûts de production sont supérieurs à ceux de ses compétiteurs. Air France a perdu 200 millions d’euros l’an dernier sur le court courrier. La démocratisation du transport aérien a changé les représentations de valeur des consommateurs. Le voyage en avion n’est plus un service de luxe réservé à quelques happy few !

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Sur les trajets courts, le marché est orienté par le prix. Et à ce jeu là, Air France est souvent plus cher que ses concurrents. Deux économistes experts, Emmanuel Combe et Didier Bréchemier, estiment dans une étude publiée chez FONDAPOL (et récemment sur LCI) que le court et moyen courrier d’Air France doit évoluer vers un modèle simplifié, proche du low cost. Dans le portefeuille de marques du groupe Air France, la compagnie Transavia propose cette option. Le service est de bonne qualité pour les passagers et les personnels sont bien traités sur le plan social. 

Reste la volonté politique d’accompagner la transition vers un transport aérien compatible avec la capacité contributive de la demande et avec les exigences environnementales. En échange de l’aide qui lui est apportée, Air France doit s’engager à compenser son empreinte carbone pour tous ses vols domestiques. C’est un effort considérable qui doit être accompli. Toutefois, le marché du transport est concurrentiel. A chaque fois que nous imposons une contrainte à un des acteurs du marché (et pas aux autres), nous votons indirectement une subvention à ses concurrents. En ce 18 juin, il n’est pas inutile de rappeler, quitte à passer pour un ringard, que la compagnie nationale porte dans son nom le mot France ! Air France ne doit pas se retrouver dans la posture d’Alitalia, petite compagnie régionale, désormais propriété de capitaux étrangers. 

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Sauver Air France imposera aussi de regarder à la loupe ce qui fait la différence avec sa cousine KLM ! En effet, le plan de restructuration de la compagnie néerlandaise sera moins douloureux que le sien. Les ajustements ont déjà été fait chez KLM. Enfin, l’Etat actionnaire pourra s’interroger sur notre modèle social et fiscal. Contrairement à des idées reçues, les pilotes d’Air France ne sont pas mieux payés que leurs collègues des autres grandes compagnies européennes. C’est le poids des cotisations sociales payées par l’employeur qui charge la barque. Le différentiel de charges à périmètre égal entre Air France et Lufthansa  est de 900 millions par an en défaveur des Français ! 

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