Nanoparticules dissimulées dans l'alimentaire et les cosmétiques : le dioxyde de titane au cœur des soupçons

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SANTÉ - Vous en avez forcément consommé : le dioxyde de titane ou colorant E171, composé notamment de nanoparticules, est présent dans de nombreux bonbons, chewing-gums et dentifrices. On fait le point sur cet additif qui affole les associations de consommateurs, alors que l'UFC-Que choisir annonce ce mardi des plaintes contre des fabricants de produits alimentaires et de cosmétiques qu'elle accuse de manquer à l’obligation légale de signaler la présence de nanoparticules sur les emballages.

En juin 2016, l'ONG Agir pour l'environnement avait alerté sur la présence de nanoparticules dans de nombreux produits alimentaires, et notamment dans plus d'une centaine de confiseries, sans que cela soit signalé sur les étiquettes. Les nanomatériaux retrouvés étaient notamment le dioxyde de titane (E171), qui permet de blanchir et rendre les produits brillants, et le dioxyde de silice (E551), un antiagglomérant utilisé dans des produits en poudre, comme le sucre. En septembre dernier, le problème était à nouveau dénoncé par 60 millions de consommateurs : sur 18 produits testés, du dioxyde de titane sous forme de nanoparticules avait été retrouvé, sans que cela soit indiqué de manière transparente pour le consommateur. Ce mardi, c'est au tour de l'UFC-Que Choisir, après avoir alerté l'an dernier sur la présence de l'E171 dans les médicaments, de monter à nouveau au créneau contre les nanoparticules : elle annonce déposer 9 plaintes contre des fabricants de produits alimentaires et de cosmétiques pour "non-respect de l’obligation légale de signalement sur l’emballage". 


L'association explique avoir procédé à des tests labo sur 16 produits de consommation courante dans ces deux domaines, et les résultats sont édifiants : tous contiennent des nanoparticules, et seuls 3 l'indiquent sur l'emballage. Parmi les produits pointés du doigt, les M&M’s Peanuts, le déodorant Sanex Natur 48h, le Dentifrice Aquafresh triple protection + blancheur ou encore la soupe 'Poule au Pot' de Casino. Et parmi les substances incriminées, le dioxyde de titane.

Le dioxyde de titane (E171) est l'un des cinq nanomatériaux de synthèse les plus couramment utilisés dans des produits de consommation à usage quotidien, dont l'alimentation. En janvier 2017, une étude de l'INRA menée sur des rats avait démontré sa toxicité. Dans la foulée de cette publication, le gouvernement avait saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) afin de déterminer si l’additif alimentaire E171 présente un éventuel danger pour les consommateurs. 

Le système immunitaire du rat atteint au bout d'une semaine

L'étude de l'INRA avait duré quatre ans. Menée par les directeurs de recherche au centre Toxalim de Toulouse Eric Houdeau et Fabrice Pierre, elle démontrait que l'additif alimentaire E171, constitué à 45% de nanoparticules, pénètre la paroi de l'intestin du rat en provoquant une baisse de son système immunitaire. Ces rats avaient été exposés de façon orale à cette substance, durant 100 jours. 


Au terme de cette période,  40% des rats étudiés présentaient des lésions pré-cancéreuses sur le colon. "C'est au bout de 100 jours que l'on commence à voir se dessiner des effets toxiques chez l'animal. Le système immunitaire, lui, est atteint au bout d'une semaine", indiquaient les chercheurs à LCI lors de la publication de l'étude. Des résultats pour le moins alarmants mais les chercheurs l'affirmaient, "on ne peut pas conclure, sur la base de cette étude, que le E171 est cancérigène, ni qu'il y a une extrapolation à l'homme". Mais l'alerte était suffisante pour que trois ministères aient saisi l'Anses pour savoir si cet additif présentait un réel danger pour l'homme.

E171 partout, mention de nanoparticules nulle part

Outre cette étude de l'INRA,  l'ONG Agir pour l'environnement avait alerté sur la présence de nanoparticules, dont le dioxyde de titane, dans de nombreux produits alimentaires, et notamment dans plus d'une centaine de confiseries sans que cela soit signalé sur les étiquettes. Les nanoparticules, qui relèvent de l'extrêmement petit (un milliardième de mètre, soit 50.000 fois plus petites qu'un cheveu), ont la capacité de franchir des barrières physiologiques de type intestins, cerveau ou reins. En ce qui concerne le dioxyde de titane, une évaluation par l'agence du cancer de l'OMS (Circ/Iarc) a conduit à le classer comme cancérogène possible pour l'homme en cas d'exposition professionnelle par inhalation.

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Les nanoparticules cachées dans les friandises sont-elles une menace pour la santé ?

Pour Magali Ringoot d'Agir pour l'environnement, que nous avions interrogée il y a quelques mois, le problème est que l'E171 se trouve dans l'alimentation sous forme nanométrique. Pourquoi à cette échelle ? "On a compris que le dioxyde de titane version nano permettait d’amplifier ses propriétés. Pour le dioxyde silicium (E551), on nous dit que ça amplifie la propriété d’anti-agglomérant", expliquait-elle à LCI. Pour le dioxide de titane (E171), les nanoparticules permettent de rendre les aliments plus blancs,  les chewing-gums plus brillants et dans le dentifrice, d'accroître les "vertus" de blanchiment. Outre cette échelle "nano" qui pose question, il peut y avoir un "effet cocktail et une interaction des substances entre elles", s'inquiètait la jeune femme. 


Si les bénéfices de ces substances version nano sont pour certains indéniables, des voix regrettent le fait qu'elles aient été développées et utilisées sans étude sanitaire préalable. "On a pris le problème à l'envers", déplorait Magali Ringoot. 

De la question de l'étiquetage

Autre point de crispation pour cette association, l'étiquetage des produits contenant ces "fameuses" nanoparticules mesurant entre 1 et 100 nanomètres. Cette obligation est entrée en application le 11 juillet 2013 pour les cosmétiques,  le 1er septembre 2013 pour les biocides, le 13 décembre 2014 pour les denrées alimentaires. Composé de micro- et de nanoparticules, le E171 n’est cependant pas soumis à l’étiquetage "nanomatériau", puisqu’il n’est pas composé à plus de 50% de nanoparticules (en général 10 à 40%). 


"En vérité, personne n’assume du côté des industriels", analysait Magali Ringoot. "On pense que les utilisateurs de ces additifs et nanos ont peur d’un nouveau scandale alimentaire comme le Bisphénol A. Les consommateurs demandent de plus en plus à consommer sans risque. Or, les industriels ne veulent pas se conformer à cette règlementation, car ce n’est pas du tout vendeur. Mais au-delà du débat sur la toxicité, les consommateurs doivent savoir, avoir la possibilité de choisir". 


 S'il y a bien une loi qui impose cette étiquetage, très peu de marques s'y conforment. Et puis il y a une faille dans la réglementation européenne. Si la nanoparticule n'est pas ajoutée de façon intentionnelle, elle n'a pas l'obligation d'être mentionnée sur l'étiquette. Autrement dit, les industriels peu scrupuleux peuvent arguer de l'arrivée inopinée de cette substance dans la composition de l'aliment et faire valoir qu'en ce sens, l'etiquetage n'est pas obligatoire. 

Alors que faire pour les éviter au maximum ?

Pas facile d'éviter ces particules dans notre alimentation. Et pour cause : elles sont partout. Sur votre paquet de chewing-gums qui se balade dans votre sac, sur cette barre de céréales censée vous donner un peu d'énergie, dans ce tube de sucre que vous prenez avec votre café. "Cela fait six mois que nous avons révélé les premières infractions à l'obligation d'étiquetage et les produits testés sont toujours en vente... et toujours sans étiquetage !", constatait la directrice de campagne d'AGIR.


Alors, comment savoir qu'un aliment contient ces fameuses nanoparticules si elles ne sont pas mentionnées ? "C'est quasiment impossible de le savoir. On peut juste avoir des doutes très forts lorsqu’on voit du E171 ou du E551. Et puis 

moins on mange de produits issus de l’alimentation industrielle, moins on a de risques d’en trouver", nous expliquait Magali Ringoot. 

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