Prix cassés, références multiples... Les pharmacies géantes vont-elles tuer les petites officines ?

Prix cassés, références multiples... Les pharmacies géantes vont-elles tuer les petites officines ?
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ENQUETE - Depuis quelques années, des pharmacies géantes s'implantent dans les villes. Ce sont de véritables supermarchés de la santé, avec des prix souvent cassés. Des concurrents de taille pour les petites officines de quartier qui suffoquent face à ces grandes surfaces.

Des dentifrices à prix cassé, des crèmes pour la peau à moitié prix, des kilomètres de rayonnages de gels douche, de soins pour les cheveux ou encore d'huiles essentielles... Dans la plus grande pharmacie de Paris, située dans un centre commercial au cœur de la capitale, tout est fait pour vous faire rester et consommer des produits destinés au bien-être. Sa taille ? L'équivalent de quatre terrains de tennis où cohabitent 350 marques, 40.000 produits -pour la plupart de la parapharmacie- et 30.000 références de médicaments.

En France, on dénombre une quinzaine de ces pharmacies XXL. La plus grande se situe en Seine-et-Marne et s'étend sur 4200 m². Elle est suivie de près par celle du Havre avec 2500m². Ces grandes surfaces de la santé grignotent peu à peu du terrain face aux petites officines, de plus en plus à la peine. 

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Le groupe Pharmabest est propriétaire de plusieurs de ces enseignes géantes. Leurs points forts ? Les prix, devenus le nerf de la guerre. Leur force de frappe leur permet en effet d'obtenir des prix très attractifs en achetant en gros, tarifs qui se répercutent ensuite sur la note des clients. Et pour casser les prix, la recette est simple  : "C'est un mélange de partenariats avec les laboratoires et de négociations avec les différents fabricants. On achète en très très grande quantité", dévoile à TF1 Cyril Slama, gérant de la Pharmacie du Forum des Halles. 

Autre atout : un marketing très étudié qui reprend tous les codes de la grande distribution, des campagnes de promotion aux démonstrations de produits. Résultat : au Forum des Halles, les 2/3 des blouses blanches croisées, 49 au total, ne sont pas diplômées en pharmacie. Il s'agit de vendeurs. Leur rôle ? Vous faire acheter des produits.

Le tiers de professionnels en pharmacie s'active quant à lui derrière les caisses. Ils lisent bien les ordonnances, prennent le temps nécessaire avec les clients. Mais pour accélérer la cadence, en coulisses, c'est un robot qui trie les médicaments. Avec un avantage :  à la caisse, aucune file d'attente. Les paiements s’enchaînent avec un ticket moyen de 40 euros par client. Soit trois fois plus que dans une pharmacie ordinaire,  résultat d'un dosage millimétré entre conseils, consommation et services.

219 pharmacies de quartier disparues en 2019

Au Havre, Christian Rodicq est pharmacien. Il gère son officine de quartier tant bien que mal depuis l'arrivée de l'un de ces supermarchés de la santé, à 400 m de son établissement. Depuis l'arrivée de son gigantesque concurrent, ce professionnel a perdu 15% de ses clients. Il a dû licencier l'une de ses préparatrices et son fonds de commerce a perdu beaucoup de valeur : "Ma pharmacie ne vaut plus grand-chose par rapport au prix auquel je l'ai achetée. C'est de l'ordre de -30 à -40%. On se désole, on se demande à quoi bon, c'est le combat d'une vie qui s'écroule", déplore-t-il auprès de TF1.

Malheureusement, Christian Rodicq n'est pas le seul pharmacien dans ce cas. Pour ne rien arranger, ces petites officines doivent également supporter la baisse du prix des médicaments imposée par l'Assurance maladie. Conséquence : elles disparaissent les unes après les autres. On estime que chaque semaine, quatre officines ferment en France, selon l'Ordre des pharmaciens. Au total, 219 ont baissé le rideau en 2019, 226 en 2018. Dans les années 90, on comptait 40 pharmacies pour 100.000 habitants. En 2020, 32. Mais pour David Abenham, PDG de Pharmabest, le discours est clair : il faut se moderniser ou mourir. "Le modèle de la pharmacie classique n’est plus viable (...) Celui qui n’apportera pas un modèle qui se diversifie ne survivra pas", estime-t-il.

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Leclerc en embuscade

Dans ce marché en pleine mutation,  se trouve en embuscade un certain Michel-Edouard Leclerc. Lui réclame depuis des années le droit de vendre des médicaments dans ses hypermarchés. Les pouvoirs publics ont toujours refusé. Mais l'arrivée de ces pharmacies géantes qui ressemblent furieusement à ses magasins pourraient lui donner de nouveaux arguments. Tout en accélérant un peu plus la disparition des petites officines...

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