Essence, gaz, produits high-tech... L'impact du coronavirus sur notre pouvoir d'achat

Un cargo à quai / Photo d'illustration
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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

PRIX - Conséquence du coronavirus, le ralentissement brutal de la demande chinoise de pétrole et de gaz profite, par ricochet, aux consommateurs français. En revanche, l'arrêt d'une partie des usines risque de provoquer des ruptures d'approvisionnement et un surcoût, au moins pour les fabricants.

Encore des incertitudes sur le plan sanitaire mais déjà des effets concrets sur certains produits en France. Le Coronavirus (désormais baptisé Covid-19) provoque en effet sur l'économie "un choc de grande ampleur comme nous n'en avons pas connu depuis longtemps... même s'il est encore tôt pour tirer un bilan alors que l'épidémie est encore en développement", indique à LCI Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII). 

L'épidémie de pneumonie virale apparue fin décembre au centre de la Chine a d'ores et déjà semé la pagaille sur les cours mondiaux des matières premières : ceux du pétrole comme du gaz sont en repli de respectivement 15% et 16% depuis le 1er janvier, selon les statistiques disponibles ici et ce jeudi 13 février sur le site spécialisé Boursorama.

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Les prix à la pompe fortement réduits

Soulageant le portefeuille des automobilistes, les prix du carburant - qui sont largement corrélés aux cours de l'or noir - ont ainsi fortement baissé à la pompe. En l'espace de cinq semaines, le diesel a perdu 8,80 centimes du litre et l'essence (SP95) 4,94 centimes, selon nos calculs effectués à partir des derniers chiffres publiés lundi 10 février par le ministère de la Transition écologique et solidaire. 

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Le ralentissement de l'économie chinoise, en partie paralysée par l'épidémie, limite en effet ses besoins de carburants pour le transport. Une chute de la demande qui a déprimé les cours du pétrole au point que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a estimé ce mercredi 12 février, dans son rapport mensuel sur le pétrole, que "les conséquences du Covid-19 pour la demande de pétrole mondiale seront significatives". La Chine en est en effet le premier importateur et le deuxième consommateur de la planète. 

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Baisse à confirmer pour les tarifs réglementés du gaz

Autre bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des ménages, en tout cas les 4 millions abonnés aux tarifs réglementés d'Engie, qui ont toutes les chances de continuer de baisser. Ces tarifs réglementés - qui dépendent en partie du prix du gaz sur les marchés mondiaux - avaient déjà diminué de 3,3% au 1er février, avant même le début de l'épidémie. En cause, la production excédentaire de gaz naturel liquéfié qui mine les prix depuis des mois. 

Tenant compte du décalage entre les cours et l'application de la formule de calcul, la soudaine réduction de la demande chinoise, liée cette fois à la maladie, devrait donc se faire sentir sur les prochaines factures. Car, rappelons-le, la Chine est, avec son 1,3 milliard d'habitants, le premier consommateur de gaz naturel liquéfié depuis la fin de l'année dernière.

Fabrication ralentie, notamment pour l'électronique

Le choc de demande est donc bien là. Et il ne concerne d'ailleurs pas seulement les matières premières, mais aussi les "biens durables (équipement de la maison, de la personne, voiture...), produits de luxe, agroalimentaire, automobile, tourisme, transport aérien et maritime notamment", énumère le directeur du CEPII. "Outre l'impact sur la consommation, l'offre de production de la première puissance commerciale au monde est également affectée. Le ralentissement brutal de la production va ainsi se ressentir, en France notamment, dans de nombreux secteurs tels que l'électronique, l'informatique, le textile, la chaussure, les pièces métalliques, le plastique, la chimie, la pharmacie...".

Ainsi, de nombreuses marques d'électronique grand public ont annoncé des retards de fabrication, à l'instar d'Apple, Nintendo ou Hitachi, en raison de la mise à l'arrêt d'usines fabricant des composants essentiels. Cependant, tous produits importés de Chine confondus, "compte tenu des délais maritimes d'environ un mois (les produits partent essentiellement par cargo), les premières conséquences réelles ne seront visibles qu'à partir de la semaine prochaine ou des suivantes en France", prévient Sébastien Jean.

En bout de chaîne, les clients doivent-ils donc s'attendre à des ruptures de stock ? "Tout dépendra de la capacité de l'entreprise à s'adapter et à trouver des produits de substitution disponibles pour approvisionner leurs chaînes de production. Les difficultés se poseront alors surtout pour des filières spécifiques liées à l'électronique, l'informatique, les pièces métalliques, les jouets en plastique. Car la spécialisation et la technicité sont telles que la Chine est à l’origine des deux tiers des exportations mondiales pour certains produits. En revanche, pour le textile, la production offre une souplesse qui devrait permette d'éviter les ruptures de stock".

Un surcoût potentiellement répercuté aux clients

Côté prix en rayon, pour l'heure, les répercussions sont encore hypothétiques. Certes, "il est évident qu'assurer la continuité de l'approvisionnement coûtera plus cher aux entreprises contraintes de surmonter les difficultés", reconnaît Sébastien Jean, tout en rappelant que "l'exposition au risque est bien connue des multinationales : elle constitue un point central de leur planification stratégique. Sans que cela signifie pour autant que toutes sont bien préparées à la soudaineté et à l'ampleur de cette épidémie", précise-t-il.

"Là comme ailleurs, une véritable inégalité existe entre les grandes entreprises disposant d'une capacité d'adaptation, de trésorerie et d'un important pouvoir de marché et les plus petites qui en sont dépourvues", souligne le directeur du CEPII. En fonction de la stratégie commerciale des unes et des autres, il n'est donc pas exclu que certains produits finissent par être proposés plus chers.

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Et si la Chine cessait d'être l'usine du monde ?

Si les perturbations actuelles étaient amenées à durer et à modifier le rôle central de la Chine au sein du commerce mondial, les conséquences seraient toutefois à relativiser : "On peut considérer que l'arrivée de la Chine dans le concert du commerce a provoqué la baisse des prix d'un certain nombre de marchandises et a donc augmenté le pouvoir d'achat des ménages. Il faudrait cependant être plus exhaustif et intégrer le fait qu'en grossissant, la Chine a peut-être provoqué une incidence négative sur l'emploi en France et donc sur le pouvoir d'achat de certains Français", analyse pour sa part Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), également joint par LCI.  

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