Fruits et légumes bio trop chers ? Les marges colossales de la grande distribution épinglées par l'UFC-Que Choisir

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PRIX - Les fruits et légumes bio vendus en grande surface sont en moyenne 79% plus chers que leurs équivalents en agriculture conventionnelle, selon l'UFC-Que Choisir. La faute aux "marges exorbitantes" pratiquées par les enseignes, alors qu'en les minorant, elles en vendraient à coup sûr de plus gros volumes. Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot met en garde les distributeurs "qui se gavent un peu" dans ce domaine.

Les ventes de produits issus de l'agriculture biologique ont été multipliées par 3,5 (en chiffre d'affaires) en moins de dix ans. La part de marché des grandes surfaces grappille chaque année un peu de terrain sur les magasins bio spécialisés. Et pourtant, les supermarchés et hypermarchés vendent encore 35 fois moins de fruits et légumes bio que non bio (en volume). Il faut dire que, sur le ticket de caisse, la différence est flagrante : le panier de fruits et légumes bio est 79% plus cher que son équivalent en agriculture conventionnelle, selon une étude dévoilée ce mardi 29 août 2017 par l'UFC-Que Choisir.

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Agriculteur bio et heureux

Selon cette enquête, sur une année entière, cela représente 660 euros pour un ménage moyen (2,3 personnes) qui achèterait ses fruits et légumes exclusivement bio en grande surface. La facture totale tombe à 368 euros en agriculture conventionnelle, soit une dépense supplémentaire de 292 euros par an. Cette moyenne cache bien sûr des disparités. Si les choux fleur bio (2,02 euros/kilo HT) ne sont que 27% plus cher que le non bio (1,59 euro/kilo HT), les carottes sont facturées le double (2,33 euros/kilo en bio, 1,17 euro/kilo en non bio) et les pêches deux fois et demi plus (6,64 euros/kilo HT en bio, 2,64 euros/kilo HT en non bio). 


Même les tomates (5,48  2,82 ) et les pommes (3,85 1,66, qui sont pourtant les produits frais les plus consommés, sont autour de deux fois plus chères quand elles sont issues de l'agriculture biologique. De façon qui peut sembler paradoxale, les fruits et légumes bio vendus en magasins spécialisés (Biocoop, Naturalia etc) sont en moyenne 25% moins chers qu'en grande surface, selon une étude de terrain publiée dans un dossier consacré au bio dans le mensuel Que-Choisir de septembre.

Des marges deux fois plus élevées pour le bio

La faute aux "marges exorbitantes de la grande distribution", explique l'association, qui assure que 46% du surcoût du bio provient en fait des "sur-marges" que les supermarchés et hypermarchés réalisent sur le bio. Certes, à leur niveau, se fournir en produit bio coûte cher car les rendements agricoles sont moins élevés, la main d'oeuvre plus importante, les économies d'échelle absentes, sans oublier que le coût de la certification bio (à la charge des maraîchers et arboriculteurs) est répercuté. Mais, à la caisse, les retombées de ce surcoût agricole, ne représentent que 141 euros sur le panier pris en comme référence par l'association, soit seulement la moitié de ce que le consommateur paie en plus.

Cette marge brute pointée du doigt est en effet deux fois plus élevée (96%) pour les produits bio que pour les produits conventionnels. L'écart de marge atteint même 145% pour les tomates (marge brute de 0,77 euro/kilo en non bio et 2,02 euros/kilo en bio) et 163% pour les pommes (1,27 euro/kilo en non bio et 3,12 euros/kilo en bio). A noter : marge brute n'est pas synonyme de bénéfice puisqu'elle intègre les coûts supportés par le magasin (personnel, locaux, pertes). Différentes enseignes de la grande distribution, contactées par LCI, n'ont pas encore répondu à nos sollicitations. 


La fédération représentant la grande distribution française (FCD) a en revanche réagi dans un communiqué  : "Cette étude est totalement partiale et ne reflète pas la réalité du marché, elle repose sur une série d'approximations méthodologiques qui lui enlèvent toute portée concrète". Ainsi "contrairement aux conclusions de l'étude, le taux de marge brute sur les fruits et légumes bio est en moyenne équivalent à celui pratiqué sur les fruits et légumes conventionnels", indique la FCD.


Réagissant à son tour au communiqué de la FCD, Que Choisir précise ne pas dire autre chose : "Etant donné que le coût d’achat par la distribution des fruits et légumes bio est en moyenne deux fois plus élevé que pour le conventionnel, appliquer un taux de marge 'équivalent' revient bel et bien à facturer aux consommateurs une marge brute en euros environ deux fois plus importante pour le bio que pour les produits conventionnels."

Hulot demande aux distributeurs "qui se gavent un peu" sur le bio de réduire leurs marges

Il n'empêche que Nicolas Hulot  à mis en garde,sur franceinfo mercredi 30 août au lendemain de la publication de l'étude,  les distributeurs "qui se gavent un peu" dans la vente des fruits et légumes bio. Le ministre de la Transition écologique les a invité, à demi-mot, à réduire leurs marges afin d'élargir l'offre à tous les ménages français. Il a ajouté, sans les citer,  que les

grandes enseignes seraient mises "devant leurs responsabilités"dans le cadre des Etats généraux de l'alimentation lancés cet été.

 

Faisant référence à différentes études, l'association rappelle que pour le consommateur le prix reste le principal frein à l'achat de produits bio. Elle estime qu'en baissant ne serait-ce que de moitié leurs marges brutes sur les fruits et légumes bio, les grandes surfaces attireraient bien davantage de clients. Ce qui initierait un cercle vertueux permettant non seulement aux ménages de dépenser environ 70 euros de moins par an sur ce poste mais aussi à la grande distribution de conserver leur marge brute totale sur le rayon fruits et légumes bio. Sans oublier les producteurs bio qui trouveraient ainsi davantage de débouchés. 

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