Le confinement a creusé les inégalités : la preuve en trois graphiques

Un chantier de construction / Photo d'illustration
Mon argent

RESSENTI - Perte de revenus pour les plus modestes, période mieux vécues par les plus aisés, doubles journées plus fréquentes pour les femmes... le confinement n'a pas affecté tout le monde de la même façon. C'est le tableau qui ressort d'une étude de l'Insee, publiée ce vendredi, sur les conditions de vie pendant ces deux mois.

La parenthèse de deux mois de confinement a bouleversé le quotidien à de nombreux niveaux. Dans une étude publiée ce vendredi 19 juin, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) mesure les conséquences du confinement sur les conditions de vie des ménages. 

Qu'il s'agisse des aspects professionnels, des ressources financières ou du temps consacré aux enfants, voici en trois points les données les plus frappantes de cette analyse de l'Insee.

• Plus on est modeste, plus les finances se sont détériorées

Dans l'ensemble, 20% des personnes estiment que la situation financière de leur ménage s'est dégradée pendant cette période. Mais cette baisse est bien plus souvent ressentie par les ménages les plus modestes que par les plus aisés. Lorsque l'on répartit la population en quintiles de niveau de vie (c'est-à-dire en cinq catégories de la même taille selon le niveau de vie), les différences sont criantes. 

Comme le montre le graphique ci-dessous, les personnes du premier quintile (donc les 20% aux revenus les plus faibles) sont en effet 30% à déclarer que leur situation financière s'est dégradée. C'est trois trois fois plus que celles du dernier quintile (les 20% les plus aisés), qui ne sont quant à elles que 11% à partager cette impression.

Sans surprise, les indépendants ont deux fois plus souvent rapporté une dégradation de leur revenu que les salariés (42 % contre 22 %). Dans l'ensemble, un tiers des personnes ont subi une restriction d'activité, qu'il s'agisse de chômage partiel, d'arrêt de travail pour garde d'enfant ou de congés ayant dû être obligatoirement posés. Les ouvriers ont clairement été les plus concernés par l'une au moins de ces restrictions susceptibles d'entraîner une perte de revenu (43%), devant les cadres et professions intermédiaires (34 %) ou les employés (32 %).

Afin d'avoir quelques repères, voici des statistiques sur les niveaux de vie données par ailleurs par l'Insee (datant de 2017 et publiées fin 2019) : les personnes du 1er quintile disposent d'un niveau de vie annuel de 12.710 euros maximum. Ce montant s'élève à 17.530 euros pour le 2e quintile,  22.000 euros pour le 3e quintile, 28.060 euros pour le 4e quintile et au-delà pour le dernier quintile. A noter que pour l'ensemble, le niveau de vie se situe en moyenne à 23.920 euros.

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• Plus on est aisé, plus le confinement a été bien vécu 

La façon dont le confinement a été supporté est corrélée au niveau de vie. La période a en effet été jugée pénible par deux fois plus de personnes modestes du premier quintile (37%) que par les personnes aisées du dernier quintile (17%). Le quasi-parallélisme entre le graphique sur la pénibilité du confinement (ci-dessous) et le précédent sur la perte de revenus (ci-dessus) est alors frappant.

Il est intéressant d'observer également le graphique suivant sur les conditions de travail (ci-dessous). Concernant l'accès au télétravail, son évolution est quasiment inverse à celle sur la pénibilité ressentie exprimée dans précédent graphique (ci-dessus). Les personnes les plus aisées ont en effet été bien plus nombreuses à télétravailler que les personnes modestes. Le fait d’avoir télétravaillé est en effet très lié à la catégorie sociale : 58 % des cadres et professions intermédiaires y ont eu recours, contre 20 % des employés et 2 % des ouvriers. 

Element qui a certainement pesé dans ce ressenti, 35 % des parents avec un enfant de moins de 14 ans ont eu des difficultés à assurer leur suivi scolaire. Cela a davantage touché les plus modestes : la moitié des personnes du premier quintile de niveau de vie contre un quart de celles du dernier quintile.

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• Les femmes largement mises à contribution

Les femmes, qui expriment d'ailleurs globalement un sentiment de pénibilité légèrement plus marqué que les hommes, ont d'autant moins bien vécu cette période que les enfants étaient présents au domicile pendant la journée. Celles-ci ont en effet largement assuré leur prise en charge  :  83 % de celles vivant avec des enfants y ont en effet consacré plus de 4 heures par jour (contre 57 % des hommes). 

Ainsi, plus que les pères, les mères ont renoncé à travailler pour s'occuper de leurs enfants. Même celles qui n'ont pas eu d'autorisation d’absence pour garde d’enfant, ont été largement mises à contribution à la maison : 80 % d'entre elles ont  passé plus de 4 heures par jour auprès des enfants (contre 52 % des hommes) et, en fin de compte, 45 %  ont assuré une "double journée" (contre 29% des hommes).

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