Tabac : à quel point les hausses de prix font-elles baisser le nombre de fumeurs ?

Le tabac occasionne 75.000 décès chaque année.
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ZOOM - Le prix du paquet de Malboro, la marque de cigarettes la plus vendue en France, franchira la barre symbolique des dix euros le 1er mars prochain. Cette nouvelle hausse risque de faire grincer des dents plus d’un fumeur. Mais combien d'entre eux convaincra-t-elle d'arrêter ?

Doucement mais sûrement, la cigarette s’impose de plus en plus comme un produit de luxe. Le prix du paquet de Marlboro, la marque la plus vendue en France, atteindra la barre symbolique des dix euros le 1er mars prochain, tandis que les Gauloises Blondes, autre marque emblématique, passeront de 9 à 9,50 euros. Une poursuite de la politique de hausse des taxes visant à réduire le tabagisme dans l'Hexagone. Encore aujourd'hui, près d'un quart des Français (24%) fument quotidiennement. Première cause de mortalité évitable, le tabac tue pourtant quelque 73.000 personnes chaque année, ce qui représente 12% des décès de l'Hexagone. Néanmoins, en dépit de la grogne des consommateurs, la méthode semble porter ses fruits.

Par ricochet, dès que le prix du paquet augmente, les fumeurs occasionnels achètent moins souvent de paquets, ceux qui fument quotidiennement vont davantage se restreindre et les personnes qui ont arrêté sont moins tentées de reprendre. Quant aux jeunes, ils sont de fait moins nombreux à commencer à fumer. "C’est de très loin la mesure la plus efficace pour réduire le tabagisme", estime auprès de LCI Gérard Audureau, président de l’Association Droits des non-fumeurs et vice-président d'Alliance contre le tabac. De fait, "quand le prix augmente de 10%, la consommation diminue de 4% dans les pays à revenu élevé" selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la Banque Mondiale.

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Quelques centimes de plus ne suffisent pas pour décourager

La Cour des comptes avait, dans un rapport de 2016, estimé que les augmentations des taxes imposées par l'Etat avaient jusque-là été trop faibles et pas assez régulières. En clair, quelques centimes de plus ne suffisent pas pour décourager les accros à la nicotine. Selon la haute autorité administrative, il faut au moins 10% de hausse pour pouvoir provoquer une baisse durable des ventes. "Pour que le nombre de fumeurs diminue, il faut qu'en plus de ce seuil de 10%, les hausses soient fréquentes ", souligne Gérard Audureau. Hasard ou pas, l'interruption de la hausse des prix en 2015 avait été suivie d’une reprise des ventes de cigarettes et, en particulier, du tabac à rouler. Ensuite, les prix ont augmenté progressivement et le nombre de fumeurs a lui aussi diminué mécaniquement. 

Le 1er mars 2020 marquera la cinquième hausse depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Après l'élection présidentielle de mai 2017, le gouvernement a mis fin à quatre ans de stabilité des prix, relevant nettement les taxes pour faire passer le prix du paquet aux alentours de 8 euros le 1er mars 2018, et procédant depuis à deux hausses annuelles de 50 centimes, programmées l'une en mars, l'autre en novembre. Elles ont fait chuter les ventes de 9,32% en 2018 et de 7,2% en 2019. 

Les ventes ont baissé de 45% entre 2000 et 2020

En vingt ans, de 2000 à fin 2019, selon les chiffres de la Direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI), la quantité totale de cigarettes vendues est passée de 82,5 milliards d’unités à 37,2 milliards, soit une baisse de plus de 45%. Au cours de la même période, le prix annuel moyen du paquet de cigarettes de la marque la plus vendue est passé de 3,20 euros à 8,75. De fait donc, plus les prix augmentent, plus les ventes diminuent. Du côté des anti-tabac, on estime que la politique gouvernementale - instauration du paquet neutre en 2017 et remboursement des substituts nicotiniques -, ainsi que l'essor du vapotage, ont motivé un nombre important de personnes à arrêter la cigarette. Les opérations comme le "#MoisSansTabac", qui se tient en novembre depuis trois ans, ont également démontré leur efficacité. 

Néanmoins, moins de ventes ne signifie pas pour autant nécessairement moins de fumeurs. Au-delà des achats frontaliers et de la contrebande, la hausse du prix du tabac entraîne également un glissement de la consommation. Ainsi, lorsque les hausses ne concernent pas tous les produits du tabac de la même manière, les fumeurs se rabattent sur les cigarettes les moins chères ou les produits moins taxés, tels que le tabac à rouler et les cigarillos, souligne l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies.

Plus généralement, la France reste un pays où l'on fume beaucoup comparé à d'autres pays du même niveau économique. En Grande-Bretagne, par exemple, on est déjà passé depuis quelques années sous la barre des 20 % de fumeurs.

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À côté de l'Australie, la hausse du prix du tabac en France ne paraît pas si énorme. Sur l'île-continent, le paquet de Winfield, la marque la plus vendue dans le pays, est passé de 5 dollars australiens en 1990 à 22 en 2016, soit une augmentation de 440%. La part des fumeurs a été divisée par deux entre 1980 et 2016, pour atteindre 14%. Le gouvernement envisage désormais de porter le prix du paquet à 40 dollars australiens (25 euros) d’ici la fin de l'année, ce qui serait une première au niveau mondial. En France, si plus de 1,6 million de personnes ont arrêté de fumer depuis 2016 selon les autorités sanitaires, l’objectif du gouvernement d’une "génération d’adultes sans tabac" en 2032 apparaît comme difficilement atteignable.

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