Tontine : un placement aussi performant que méconnu

Tontine : un placement aussi performant que méconnu

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INVESTISSEMENT - Les associations tontinières ont généré ces dernières années des rendements annuels bien plus élevés que ceux des fonds en euro de l'assurance-vie. Leur principale contrainte (qui est aussi leur force) : le capital est bloqué pendant 10 à 25 ans. Gains, utilisation, fiscalité... voici leurs caractéristiques.

C'est un dispositif très particulier qui vaut le détour. La tontine peut rapporter gros, à condition de savoir dans quoi on s'engage. Mais alors que 74% des Français sont inquiets pour leur retraite, ou plutôt considèrent que leur pension sera (ou est déjà) insuffisante pour vivre correctement, 31% des Français pensent que la meilleure solution pour s'assurer un revenu complémentaire dans ce futur si angoissant est d'effectuer des placements à long terme, tels que l'assurance-vie ou le plan d'épargne en actions (PEA), selon l'édition 2018 de l'enquête du Cercle de l'Épargne / Amphitéa, réalisée en partenariat avec AG2R La Mondiale.


Peu connue mais caractérisée pourtant par des performances qui laissent songeur, la tontine peut mériter votre attention si vous cherchez à diversifier vos placements. Il ne s'agit pas ici de s'attarder sur ce système d'entraide bien rodé que l'on peut organiser au sein d'un groupe d'amis ou de proches pour financer, grâce à des prêts informels, un achat immobilier ou le lancement d'un commerce. Même s'il y a un point commun avec la formule qui nous intéresse puisque, dans les deux cas, les membres de la tontine mettent leur épargne en commun dans l'idée que chacun puisse disposer le moment venu d'un capital. 

Le placement qui nous intéresse ici est tout qu'il y a de plus officiel, défini par les articles R322-139 et suivants du Code des assurances. Une façon (jusqu'ici très rentable) de diversifier son patrimoine, voire de se préparer un capital en vue de la retraite. Voici de quoi il en retourne. 

Un fonds commun alimenté par des épargnants

La tontine est "une opération par laquelle plusieurs personnes constituent un fonds commun pour pouvoir profiter d'un revenu. Le capital est réparti entre les associés à la fin du contrat", selon la définition que l'administration française en donne dans Le Petit Décodeur, son lexique simplifié.  


Cette formule d'épargne collective sous forme d'associations d'épargnants, tire son nom d'un banquier italien du XVIIe siècle, Lorenzo Tonti qui l'a imaginée en 1653. En pratique, vous adhérez à une association tontinière pour une période donnée. Vous pouvez verser une prime unique à l'entrée ou opter pour des versements périodiques.


Votre capital, une sorte de tirelire, n'est disponible qu'au terme. En cas de décès, les capitaux restent acquis à la tontine et partagés entre les autres. Autrement dit, si vous décédez en cours de route, vos héritiers ne récupéreront rien du tout. Il existe cependant des assurances décès, qui garantissent le versement de votre part au bénéficiaire que vous aurez désigné.  

Des capitaux bloqués 10 à 25 ans

Vous confiez vos capitaux pour une durée de 10 à 25 ans, que vous aurez déterminée à l'avance. "Cette contrainte de durée est la clef de la performance des tontines. Cela permet aux gestionnaires d'opter pour des investissements à long terme aux moments opportuns sur les marchés financiers", explique-t-on chez Le Conservateur


Au sein de ce groupe mutualiste, leader sur ce marché et fondé en 1844, la mise de départ est de 1000 euros et les adhérents sont incités à limiter leur versements à 500.000 euros maximum. La mise moyenne est d'environ 30.000 euros. Ce placement est à considérer comme un outil de diversification en complément d'une assurance vie ou d'un PEA notamment.


Dans la mesure où vos fonds ne peuvent pas être récupérés en cours de route, ne souscrivez que si vous avez des liquidités vraiment disponibles et dont vous savez que vous n'aurez pas besoin dans les années à venir. "Ne placez pas plus de 10 à 15% de votre patrimoine sur une tontine", conseille-t-on chez Le Conservateur. 

Rendement annuel moyen autour de 4,5%

Un temps long synonyme de performance. Par exemple, la dernière tontine du Conservateur courant sur la période 1997-2017 a dégagé un rendement annuel moyen de 4,52% (net de frais de gestion du contrat, hors fiscalité et prélèvements sociaux), dans le cas d'une souscription à l'âge de 45 ans sur 15 ans sous forme d'un versement unique. Autrement dit, 100.000 euros versés en 2002 ont généré un gain de 98.554 euros en 2017. En fin de compte, la mise a été multipliée par 1,99. Tenant compte de l'inflation sur cette période (1,32%), le gain en pouvoir d'achat est réellement de 75.959 euros (3,20% par an).

Capital et gains non garantis

Notez que le rendement varie pour chaque tontine selon l'âge, la date des versements et la durée du placement. Il est réduit par le coût d'une éventuelle assurance décès de l'ordre de 6000 euros pour un placement de 100.000 euros. Et ce n'est évidemment (hélas) qu'au terme de votre adhésion que vous connaîtrez la performance finale de la tontine, sachant que les performances passées ne préjugent pas des futures. Le capital n'est pas garanti.

Souscription en cascade en vue de la retraite

La tontine peut vous procurer un complément de retraite ou une source de financement pour l'autonomie. Il s'agit alors d'adhérer en milieu de carrière en vue de récupérer votre capital ayant a priori prospéré entre-temps. Il peut alors être judicieux de souscrire à des tontines en cascade, c'est-à-dire une par an, afin de récupérer chaque année votre capital tout en bénéficiant d'un abattement sur la fiscalité des intérêts.  

La tontine peut aussi servir à transmettre de l'argent dont vous n'avez pas besoin. Par exemple un grand-parent peut investir dans une tontine à la naissance d'un petit-enfant et le désigner comme bénéficiaire du capital au terme d'une souscription de 20 ou 25 ans ans pour qu'il bénéficie de cet apport à son entrée dans la vie active.  

Une fiscalité avantageuse

Les gains générés par une tontine sont soumis à la même fiscalité que l'assurance vie (détails dans cet article), y compris donc l'abattement annuel de 4600 euros pour une personne seule ou 9200 euros pour un couple soumis à une imposition commune. Le taux de prélèvements sociaux applicable aux intérêts est passé à 17,2% en janvier 2018.

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