Assurance-emprunteur : la suppression du questionnaire de santé peut-elle se généraliser ?

Une banque vient de supprimer le questionnaire de santé et les surprimes imposés à ceux qui ont des problèmes médicaux. D'autres banques vont-elles suivre l'exemple ?

ENTRETIEN - Alors que le Crédit Mutuel vient de supprimer le questionnaire de santé requis jusqu'ici pour les assurances emprunteur, Sandrine Allonier, directrice de la communication du groupe de courtage VousFinancer, revient pour LCI sur l'éventualité que la mesure se généralise.

La décision du Crédit Mutuel de supprimer le redouté questionnaire de santé, préliminaire à toute demande d'assurance en vue d'un prêt immobilier, a créé la surprise lors de son annonce, le 9 novembre. Si ce choix paraît vertueux au premier regard, qu'est-ce qui a vraiment motivé la banque mutualiste à franchir le pas ? Son exemple est-il transposable à tout le secteur ? Courtière en crédit et en assurance au sein du groupe VousFinancer, Sandrine Allonier fait le point pour LCI en trois questions.

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Cette décision est-elle si surprenante ?

Sandrine Allonier : il faut reconnaître que c’est une décision historique. C'est la toute première fois qu’une banque propose ça :  assurer un emprunt immobilier sans en passer par un questionnaire de santé est inédit. Et c'est d'autant plus inattendu dans un contexte qui avait plutôt conduit à une "démutualisation". Je m’explique : avec l’ouverture à la concurrence, il y avait plus de risques que les jeunes prennent une délégation d’assurance, et les banques ont réagi en développant un système de tarifs différenciés pour attirer cette clientèle. Les tarifs appliqués ont été découpés par catégorie d'âge : là où il n'y en avait en général que trois, on les a multipliées. Avec des catégories étroites de 30 à 35 ans, ou de 36 à 45, les banques étaient à l'offensive, les prix étant mécaniquement plus bas pour les jeunes, statistiquement moins susceptibles d'être touchés par la maladie.

Cette initiative d'abandon du questionnaire de santé  "re-mutualise" d'une certaine façon les coûts de l'assurance de prêt. C’est donc une décision historique et un signal positif. Vraisemblablement, ce n’est pas non plus un coup de pub, puisque cela concerne seulement leurs clients depuis au moins 7 ans : ça ne va donc pas forcément leur attirer de nouveaux clients. Ils sont là pleinement dans leur rôle de banque mutualiste, ce qui est plutôt positif en terme d’image.

En abandonnant le questionnaire de santé, ils se protègent aussi de la concurrence-

Quel est le but recherché par le Crédit Mutuel ?

Il faut d'abord considérer le moment choisi : le contexte est particulier, avec la possible loi de résiliation "infra-annuelle" de l’assurance, qui signifie que l’assuré pourra en changer à tout moment, pour choisir une meilleure offre de la concurrence. En faisant cela, ils veulent donc diminuer ce risque de résiliation : forcément, des gens plus âgés, ou qui auront eu un problème de santé, n’auront pas intérêt à aller voir ailleurs, puisqu’ils seront mieux lotis au Crédit Mutuel. Je dirais qu’en abandonnant le questionnaire de santé, le Crédit Mutuel se protège aussi de la concurrence. 

De mon point de vue de courtière, j'ai observé que le Crédit Mutuel et le groupe Crédit Mutuel-CIC ne travaillaient déjà plus avec les courtiers en crédit, et avaient une stratégie de captation directe de leurs clients. La décision qu'ils viennent de prendre va dans le même sens. Si l'abandon du questionnaire est vertueux, il présente aussi l'avantage d'éviter une fuite de leur clientèle vers d’autres banques.

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Cette mesure pourrait-elle être adoptée par les concurrents ?

Franchement, ça me paraît difficilement applicable à d’autres groupes bancaires, parce qu’ils auraient quand même le risque d’un surcoût. Ce serait bien pour ceux qui ont, ou qui ont eu, des problèmes de santé- même si, pour ces derniers l'introduction du "droit à l'oubli" a déjà permis une avancée. Mais la fin du questionnaire dans toutes les autres banques paraît difficilement tenable économiquement. Il faut voir la structure spécifique de la clientèle du Crédit Mutuel : seuls 10% de ceux qui empruntent présentent un risque de santé, donc si beaucoup de jeunes empruntent, la mutualisation permettra peut-être d'absorber le surcoût. 

Selon l'estimation qu'il avance, sa nouvelle mesure va coûter 70 millions par an au Crédit Mutuel, notamment à cause de l'abandon des surprimes qu'elle induit. Mais comme un certain nombre de personnes seront amenées à prendre à la fois crédit et assurance chez eux grâce à celle-ci, ce chiffre est à tempérer. Est-ce qu’ils vont se rattraper sur les taux de crédit ? Ça on ne le sait pas. Mais ils sont vraiment revenus dans le principe de la mutualisation, et ça, c'est très positif.

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