Le carburant était-il vraiment moins cher en 2007 avec un prix du baril bien plus élevé ?

Les chiffres avancés sur Facebook sont trompeurs.

INFLATION - Un message sur Facebook compare les évolutions des prix de carburants entre 2007 et aujourd'hui, dénonçant une hausse notable alors même que le montant du baril de pétrole aurait baissé. Attention, certains chiffres sont trompeurs.

Pour beaucoup de Français, la voiture demeure un moyen de transport privilégié et du quotidien. Les prix à la pompe sont donc logiquement observés avec attention, chaque hausse étant susceptible de grever une partie du budget des ménages. Sur Facebook, une publication sur le sujet a connu un écho majeur ces derniers jours, expliquant qu'en 2007, le prix du litre de carburant n'était que de 1,04 euro (pour un baril à 65 dollars). Bien moins qu'aujourd'hui, où le litre serait vendu 1,41 euro (pour un baril nettement moins cher : 48,57 dollars).

Les internautes sont nombreux à monter au créneau, dénonçant une incohérence et les marges importantes qui seraient réalisées. Si le prix du baril est présenté aujourd'hui comme inférieur, ils jugent qu'il serait logique que les prix à la pompe soient eux-aussi tirés vers le bas. Problème : les chiffres ici avancés sont sources de confusion. Certains sont faux, tandis que d'autres sont imprécis ou mal interprétés. LCI fait le point.

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Des chiffres qui posent problème

Le premier élément problématique avec cette publication concerne la définition donnée du carburant. Il n'est en effet nulle part précisé si les montants avancés sont ceux du gazole, du sans plomb 95 ou d'autres types d'hydrocarbures. Pour essayer d'en savoir davantage, il faut se plonger dans les archives de l'Insee, qui conserve un historique des montants moyens des carburants en France. Le graphique ci-dessous permet de visualiser l'évolution des courbes pour le gazole et le sans plomb 95. Il est aussi accessible en cliquant ici.

En février 2007, le prix moyen du litre de sans plomb 95 était de 1,19 euro, plus élevé donc que le montant de 1,04 euro présenté sur Facebook. Ce dernier se rapproche néanmoins de celui de 1,02 euro, qui correspond au gazole. Cette publication virale semble donc faire abstraction du sans plomb pour se focaliser uniquement sur le gazole. Ce que l'on observe aussi avec les prix présentés comme ceux observés actuellement. Pour 1,41 euro, on peut en effet aujourd'hui acheter un litre de gazole dans les stations-service françaises. Les prix précis sont d'ailleurs très légèrement inférieurs à ceux partagés sur les réseaux sociaux, de l'ordre de 1,38 euro le litre.

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Ce message devient encore plus problématique lorsqu'il évoque les montants du baril de pétrole. On observe qu'en février 2007, son prix n'était pas de 65 dollars. Il se négociait plutôt aux alentours de 62 dollars. Un montant quasi identique à celui observé il y a quelques jours, le 19 février, date à laquelle a été publié le message sur Facebook. Les prix étaient alors tout proches de la barre des 60 dollars, et pas à 48 dollars comme indiqué en ligne. Les chiffres de l'Insee, présentés ci-dessous (ou via ce lien) montrent l'évolution des prix en euros depuis une quinzaine d'années. Ils nous montrent qu'évoquer un prix du baril "en 2007" ne veut en réalité pas dire grand-chose, puisque cette même année, les cours se sont envolés. Entre février et décembre, ils sont passés de 44 à 63 euros. Et ont encore grimpé jusqu'en juillet de l'année suivante, de quoi justifier d'accueillir avec réserves les données chiffrées qui sont dénoncées.

En résumé, il serait plus juste d'expliquer qu'en février 2007, les prix du gazole étaient assez nettement moins élevés qu'aujourd'hui, tandis que le baril de pétrole se négociait à un tarif similaire. Parler des prix "à la pompe" est imprécis, car cela suggère que l'essence serait concernée par de telles disparités, ce qui n'est pas le cas. Quand on observait une différence de 17 centimes entre un litre de gazole et un litre de sans plomb en 2007, cet écart s'est largement réduit aujourd'hui, puisqu'il oscille aux alentours de 9 à 10 centimes. 

Une taxation qui a évolué

Si les montants présentés sur Facebook portent à confusion, se révélant pour certains inexacts, il faut aussi mettre en garde contre l'interprétation qui est suggérée des chiffres. Lorsque l'on se focalise uniquement sur les prix du gazole, il est logique d'observer une hausse des prix pour un montant du baril identique. En effet, la fiscalité sur les carburants a largement évolué lors de la dernière décennie, via un ajustement de la fiscalité. Près de 60% du prix payé à la pompe, rappelons-le, est en effet composé de taxes, que ce soit via la TICPE ou la TVA. L'État est donc en mesure de faire varier fortement les prix s'il décide de faire évoluer à la hausse ou à la baisse la part qui lui revient.

Sous François Hollande, un virage a été effectué afin de progressivement mettre un terme à la fiscalité avantageuse qui entourait le diesel. Une décision justifiée notamment par les enjeux en matière de pollution, puisque ces moteurs émettent des particules fines à la dangerosité avérée. L'idée d'une convergence fiscale a progressivement fait son chemin, jusqu'à être reprise par Emmanuel Macron dans sa campagne en 2017. Le président de la République annonçait que celle-ci serait effective à l'horizon 2022. Il est donc tout à fait logique que faire un plein de gazole se révèle aujourd'hui moins intéressant qu'en 2007, puisque les gouvernements récents ont cherché à le rendre moins attractif pour les automobilistes.

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Prix des carburants : pourquoi repartent-ils à la hausse ?

Notons enfin que les analyses des prix à la pompe doivent toujours être effectuées avec prudence. Une baisse ou une hausse des prix du baril de pétrole ne se répercute pas immédiatement pour les consommateurs. Il faut toujours tenir compte du taux de change entre les différentes monnaies, ou des stocks détenus par les distributeurs. Les prix sont de toute façon scrutés de près : "Il y a une surveillance renforcée par les services de l'État sur le fait que les distributeurs de carburant répercutent bien ces baisses de prix. Il peut toujours y avoir des sanctions au titre du non-respect de la concurrence", assurait en 2018 le ministre de l'Écologie, François de Rugy.

En résumé, il est donc trompeur d'assurer que les prix des carburants sont aujourd'hui plus chers qu'en 2007, et ce alors même que le prix du baril a baissé. Ce dernier est en effet quasi identique aujourd'hui, tandis que le montant du gazole a lui bel et bien évolué à la hausse. Une augmentation plus marquée que pour l'essence, s'expliquant en grande partie par l'alignement progressif du gazole sur l'essence en matière de fiscalité.

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