Les prix de l'énergie ont-ils vraiment bondi de 80% depuis la libéralisation du marché en 2007 ?

Ces derniers mois, la hausse des prix s'est davantage portée sur le gaz, l'électricité demeurant assez stable.

PROMESSES - La libération du marché de l'énergie a desservi les consommateurs, déplore le député LFI Adrien Quatennens. Une réalité appuyée par des chiffres et qui fait écho aux craintes de la France formulées au début des années 2000.

Invité de France 2 ce mercredi 29 septembre au matin, le député de La France insoumise Adrien Quatennens a décrit une "urgence sociale" en France, faisant notamment référence aux hausses des tarifs de l'énergie. L'ouverture du marché à la concurrence, en 2007, n'a pas eu, selon lui, les conséquences promises. Prenant l'exemple du gaz, l'élu a mis en avant une "hausse de 80%" depuis cette libéralisation du marché. Une évolution d'autant plus révoltante à ses yeux qu'une concurrence dans le domaine de l'énergie avait été "justifiée" en disant cela ferait "baisser les prix".

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Partageant l'extrait de cette intervention sur ses réseaux sociaux, le député a élargi son propos en ne mentionnant plus uniquement les prix du gaz, mais ceux de l'énergie en général. Depuis 2007, les tarifs "ont augmenté de 80%", a-t-il tweeté. 

Des hausses incontestables et massives

Pour rappel, la libéralisation du marché de l'énergie s'est déroulée en plusieurs temps. Les professionnels ont été les premiers concernés avant que l'ouverture à la concurrence pour le gaz et l'électricité ne soit effective en 2007 pour les particuliers. Grâce à un comparateur mensuel des prix proposé par GRDF, il est possible de disposer du prix des énergies en chauffage individuel (en euros et pour 100kWh PCI). Un indicateur précieux, mais dont les données s'arrêtent à décembre 2020. Pour les compléter, LCI s'est appuyée sur les chiffres plus récents de la Commission de régulation de l'énergie. Celle-ci se révèle particulièrement à jour puisqu'elle prend en compte toutes les augmentations, y compris celles qui sont programmées le mois prochain, en octobre 2021.

Ne reste plus qu'à effectuer quelques calculs, qui permettent d'aboutir au constat suivant : si l'on s'en tient au gaz (propane), l'augmentation n'est pas de 80% comme l'indique Adrien Quatennens, mais plutôt de 105%. En ce qui concerne l'électricité, les prix se sont envolés dans une proportion moindre, de l'ordre (tout de même) de 73%. On observe que si les prix de l'électricité ont peu évolué au cours de l'année écoulée, subissant des hausses successives de 1,6% puis 0,6%, ce sont les tarifs du gaz qui ont bondi dernièrement. Depuis juin, les augmentations mensuelles enregistrées ont été de 4,4%, 10%, 5,3%, 8,7% et 13,9%. De quoi alourdir la facture des consommateurs de manière notable.

Les chiffres permettent ainsi de corroborer les propos du député insoumis, même si la progression des prix s'est révélée encore plus importante pour le gaz que ne le suggérait l'élu du Nord. En revanche, il apparaît abusif d'affirmer, comme il a pu le faire, qu'une baisse des prix de l'énergie était unanimement promise lors de la libération du marché en 2007. 

La France a traîné des pieds

Les ouvertures à la concurrence, quels que soient les secteurs, s'inscrivent dans le cadre de politiques européennes libérales décidées à l'échelle de l'Union. Des mesures qui s'inscrivent dans la lignée de la mise en place de l'instance européenne, avec en ligne de mire la mise en place d'un marché unique. En 2002, le journal suisse Le Temps rappelait que le président de la Commission européenne d'alors, Romano Prodi, défendait une libéralisation du marché de l'énergie. Son argument majeur ? Le fait "qu'elle ferait économiser 15 milliards d'euros par an en baisse de prix". 

Pour autant, si certains pays pouvaient espérer une diminution des tarifs, il s'agissait d'une hypothèse peu probable pour les Français. En 2007, l'UFC - Que Choisir notait que "l'ouverture des marchés de l'énergie à la concurrence a été motivée par la volonté d'intégrer les marchés nationaux et d'unifier progressivement le cadre juridique et les conditions économiques pour les clients finaux". Toutefois, elle se montrait plus que dubitative quant à la possibilité de voir cette ouverture de marché aboutir à une baisse des prix. En cause, le fait qu’EDF et Gaz de France "qui dominent le marché français", soient "également deux géants européens". Dès lors, prophétisait l'association de consommateurs, "il sera donc difficile pour les nouveaux entrants de les concurrencer en France. Nos fournisseurs historiques sont en mesure de peser sensiblement sur les prix, la concurrence ne les effraie pas."

Les spécificités du marché français se voyaient alors mises en avant, avec des "monopoles historiques [...] compétitifs, tout particulièrement EDF grâce au nucléaire". À l'époque, "les prix de l'électricité en France restent systématiquement en dessous de la moyenne de l'UE à 15", tandis que ceux du gaz "sont en revanche assez proches de la moyenne européenne". Pour l'État, il n'était ainsi pas prioritaire de favoriser l'avancée des discussions sur le sujet, en particulier en 2002, à l'approche de l'élection présidentielle. La presse, à l'époque, évoquait une France qui freinait "des quatre fers" sur la question, sous l'impulsion de Lionel Jospin, alors Premier ministre. Les commentateurs s'étonnaient d'ailleurs de la convergence des positions entre le chef du gouvernement socialiste et le président de la République de l'époque, Jacques Chirac. Une "entente presque irréelle", écrivaient Les Échos.

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Le quotidien économique relatait que Lionel Jospin avait pris pour exemple des "expériences de libéralisation menées dans certains pays, comme la Grande-Bretagne". Celles-ci, selon l'ancien Premier ministre, ne permettaient pas de penser qu'une "ouverture à la concurrence réalise automatiquement une baisse des prix". Une opinion alors partagée par Jacques Chirac. Faisant face à ce qui était vu, de Suisse, comme un "axe libéral incarné par José Maria Aznar, Tony Blair et Silvio Berlusconi", la France a longtemps négocié, réclamant des garanties à ses partenaires européens. Des débats qui ont contribué à retarder l'ouverture à la concurrence, initialement programmée pour 2005.

Dans son intervention de ce mercredi, Adrien Quatennens a livré une analyse partiellement trompeuse, laissant entendre que la libéralisation de l'énergie avait été présentée aux consommateurs comme une source d'économie à l'avenir. Si ce discours était bien celui de la Commission européenne, les responsables politiques français se sont bien gardés de militer pour une telle ouverture à la concurrence, retardant sa mise en place et émettant d'importantes réserves sur l'impact d'une telle réforme dans l'Hexagone.

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