Épisodes de gel : quel impact sur la production française de vin en 2021?

Pied de vigne "brûlé" par le gel

VITICULTURE - Ces derniers jours, les vignobles français ont été particulièrement touchés par des gelées parmi les plus importantes de la dernière décennie. Une catastrophe climatique qui va forcément bouleverser la prochaine cuvée viticole. Explications.

La "plus grande catastrophe agronomique du siècle". En début de semaine, le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, a estimé lundi que les derniers épisodes de gel en France auraient des conséquences considérables pour le monde agricole. Alors que le printemps semblait, jusqu'alors, particulièrement doux, une vague de froid s'est abattue sur l'Hexagone, faisant chuter des températures quasi-estivales jusqu'à atteindre parfois -10 °C. 

Une amplitude de températures dramatique pour le vignoble où les bourgeons avaient commencé à se dévoiler, laissant apparaître leur "bourre". Avec la chaleur, "la sève est montée, rendant la vigne moins résistante. Sous l’effet du gel, le bourgeon et les feuilles deviennent marron et se dessèchent. On dit que ça grille, que ça crame", explique à Ouest France Jean-Marie Barillère, président du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d’origine et à indication géographique (Cniv). Auprès de l'AFP, ce responsable assure même que "la récolte est complètement amputée. On sait déjà qu'on va avoir une très faible récolte en 2021".

Un horizon qui s'assombrit

Pour plusieurs professionnels du milieu, le coup est rude. "Entre le Brexit, les taxes Trump ou le Covid, ça fait beaucoup pour nous, petits viticulteurs. Pour les moins solides financièrement, ça va être très compliqué", se désole Michaël Gerin, président de l'appellation Côte-Rôtie, qui évalue ses pertes de production à "80, voire 100%". Même son de cloche du côté de Philippe Pellaton, président d'Inter-Rhône : "Ce sera la plus petite récolte des Côtes du Rhône de ces 40 dernières années". 

Du côté, du  Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), il apparaît "déjà certain que ce gel du printemps touchera sévèrement le volume de la récolte 2021". Cet épisode météorologique vient "d'anéantir une partie significative du travail des vignerons et de la récolte dans une période déjà très éprouvante à la fois moralement et économiquement" pour la viticulture, ajoute-t-il dans un communiqué. Selon la FNSEA, c'est même un tiers de la production viticole française qui "sera perdu" à cause de l'épisode de gel, soit "à peu près deux milliards d'euros de chiffre d'affaires en moins" pour la filière.

C’est un petit peu le brouillard après le gel- Régine Le Coz, œnologue

Pourtant, pour l'œnologue Régine Le Coz interrogée par LCI, le constat est moins évident. "Cela ressemble à une gelée noire mais à l’heure d’aujourd’hui, avancer des chiffres est difficile. Tant que la vigne n’a pas poussé on reste dans le flou, impossible de dire si les dégâts s’élèvent à 50%, 80% ou même 100%. C’est un petit peu le brouillard après le gel", souligne-t-elle. Selon la créatrice et organisatrice du "Mondial du Rosé", sur un même pied de vigne des bourgeons peuvent être "toujours sains, quand bien même d’autres ne le seraient plus", ce qui rend les estimations d'autant plus ardues. De même, contrairement à la plupart des arbres fruitiers, "la vigne dispose de deux contre-bourgeons". Des pieds touchés pourraient donc être à même de produire du raisin. 

Une hausse des prix peu probable

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Sur le plan qualitatif, là encore, Régine Le Coz reste mesurée. "Les contre-bourgeons ne sont pas d’une aussi bonne qualité que les bourgeons. C’est comme une roue de secours pour une voiture : quand on crève, on en met une mais c’est souvent provisoire et de moins bonne facture", avance-t-elle. Toutefois, la viticulture et la vinification ne sont pas des sciences exactes et reposent sur un "fragile équilibre d’un ensemble de paramètres". "Avec des raisins sains, une cuvée peut-être médiocre tout comme des raisins abîmés peuvent éventuellement donner lieu à des miracles", rappelle-t-elle avec une dose d'optimisme bienvenue. 

Un état d'esprit qu'elle conserve au moment d'évoquer une éventuelle augmentation des prix, en raison d'une récolte qui promet d'être peu abondante. "Cela me semble relativement improbable. Il est difficile d'envisager une hausse des prix sous peine de souffrir de la concurrence étrangère. Il n'est, en plus, pas dit que les consommateurs acceptent de payer davantage", conclut-elle, prenant toutefois soin de ne pas écarter totalement cette possibilité au vu du "contexte économique actuel, de l'instauration des nouvelles taxes aux États-Unis et de la crise liée au Covid". 

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