Carburant à prix coûtant : les dessous de ces opérations choc

Carburant à prix coûtant : les dessous de ces opérations choc

ÉNERGIE- Des distributeurs de carburants vendent désormais à prix coûtant, comme ce sera notamment le cas chez Leclerc jusqu'à la fin du mois. Reportage dans une station-service de Charente, qui pratique les prix les plus bas du marché et qui a été prise d'assaut ce week-end.

Face à la hausse des prix des carburants, certains grands distributeurs ont décidé de réduire provisoirement leurs marges à leur minimum, certains vendant même à prix coûtant. C'est notamment le cas pour Leclerc, dont le PDG vient d'annoncer la mise en place de cette mesure jusqu'à la fin du mois. 

Dans la station de supermarché de Charente où le 20H de TF1 se rend dans le reportage en tête de cet article, le gazole est vendu 10 centimes d'euros sous la moyenne nationale, et sans surprise, c'est un franc succès. Mais c'est au détriment des petits exploitants, qui ne peuvent pas s'autoriser une telle méthode.

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À 1,43 euro le litre de gazole, les usagers en remplissent des jerricans entiers. "On est venu qu'à une voiture", explique un client à la pompe ravi, "comme ça moi je prends de l'essence pour mettre dans l'autre, ça évite de consommer"

Pour avoir le prix le plus bas du pays, non seulement le supermarché vend son gazole à prix coûtant, mais il a également réduit les coûts de transport, le carburant provenant exclusivement des dépôts pétroliers de La Rochelle, à seulement 80 km de là. Résultat, la station ne désemplit pas. Une autre explique pourquoi elle aussi est venue se ravitailler à cette station prise d'assaut : "Ça fait des économies, vous vous rendez compte, avec cette différence on peut s'acheter autre chose !"

La marge nette qui reste aux distributeurs est de l'ordre de 1 centime par litre- Olivier Gantois, président de l'UFIP

Ce qu'elle a économisé, cette dame pourra éventuellement aller le dépenser au supermarché dont dépend la station. Car c'est comme cela que la grande distribution peut se permettre d'abaisser ses marges, jusqu'à ne plus rien gagner sur les carburants : les pompes des supermarchés sont avant tout un produit d'appel pour attirer les consommateurs dans leurs magasins. 

Cette pratique radicale se fait au détriment des petits concurrents alentour, dont c'est le cœur de métier. Les stations-service traditionnelles affichent en effet des tarifs 10 à 20 centimes plus élevés. Elles ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre, et ne peuvent pas suivre. Olivier Gantois, le président de l'Union française des industries pétrolières (UFIP), explique les données du problème pour les pompistes : "60% du prix du carburant, ce sont les taxes qui sont quasi fixes. Le reste, c'est le prix du pétrole sur le marché mondial. La marge nette qui reste aux distributeurs est de l'ordre de 1 centime par litre". Impossible d'aller plus bas, selon lui. 

"Si ça continue de monter, ça montre que la marge n'est pas chez nous", a d'ailleurs expliqué Michel-Édouard Leclerc sur RTL, ce lundi matin. Le patron du groupe entend ainsi prouver que la hausse n'est fait du fait de la distribution, et que seul l'État a le pouvoir de réduire les prix dans ce dossier.

"Certaines stations rurales n'ont pas survécu"

Les stations-service traditionnelles se sont pourtant adaptées : le carburant ne représente plus que 40 à 50 % de leur rentabilité. Elles ont dû diversifier leurs activités, comme l'explique le président. "De plus en plus, on se concentre sur l'activité boutique avec par exemple la vente de sandwichs ou du relais-colis", explique Francis Pousse, qui représente les propriétaires-exploitants de stations-service au sein du CNPA. "Mais avec les confinements et la baisse d'activité des derniers mois", poursuit-il, "certaines stations rurales n'ont pas survécu". De fait, 150 ont fermé leurs portes sur la seule dernière année. 

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Le gouvernement a annoncé récemment étudier plusieurs pistes, comme les taxes ou les aides, et a appelé les distributeurs à rogner leurs marges. Ceux qui le peuvent semblent donc s'être exécutés, renvoyant l'État aux leviers dont il dispose, et fragilisant un peu plus les petits exploitants.

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