Reste à charge zéro : pourquoi si peu de Français y ont recours pour leurs lunettes ?

Reste à charge zéro : pourquoi si peu de Français y ont recours pour leurs lunettes ?

PREMIER BILAN - S'il affiche de bons résultats pour les prothèses dentaires, le dispositif "100% santé" ne connaît pas un succès retentissant pour les lunettes. Les autorités de santé reprochent aux opticiens de ne pas mettre suffisamment en avant les modèles à bas prix.

Depuis maintenant un peu plus d'un an, tous les Français peuvent bénéficier du reste à charge zéro lors de l'achat de lunettes. La loi impose en effet aux opticiens de proposer en magasin un panel d'au moins dix modèles destinés aux enfants et dix-sept pour adultes dans deux coloris différents, pour un montant maximum de 30 euros. Le tout entièrement pris en charge par l'assurance maladie. Une promesse de campagne d’Emmanuel Macron dont l’objectif est de faciliter l’accès aux soins optiques, alors qu’un Français sur dix y renonce pour des raisons économiques. Mais le succès est plutôt mitigé.

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Bien qu’intégralement remboursées, ces montures à bas prix ont représenté seulement 14% des ventes depuis janvier 2020. Loin des plus de 50% enregistrés par les dentistes pour les prothèses dentaires au tarif "100% santé". "Nous avons très peu de demandes pour ces produits", constate Stéphanie Descouleurs, opticienne chez "Vue d’Issy" à Issy-les-Moulineaux. Selon elle, plusieurs raisons peuvent expliquer le faible engouement des clients pour ces modèles à bas prix. "Les montures sont souvent mal adaptées aux visages des enfants. Et elles ne disposent pas de charnières flexibles pour éviter la casse. Qui plus est, on ne connaît pas l’origine des matériaux", explique cette professionnelle. 

Un point de vue que partage Wilfried Blein, directeur général de "Groupe All", pour qui la gamme des modèles qui sont proposés en magasin ne permet pas de répondre aux demandes des clients. "Nous passons du temps pour comprendre les besoins de notre patientèle et y répondre. Or ce n’est pas possible avec le 100% santé", soutient-il. 

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Reste à charge zéro : une vraie bonne idée ?

Vous n’avez pas de choix de montures. Et le design est assez basique. - Un consommatrice, qui a opté pour un modèle payant

Devenues pour beaucoup un objet de coquetterie, les lunettes ne sont plus uniquement perçues comme un simple dispositif médical. Et les clients, eux, sont de plus en plus exigeants. "Ce sont des achats coup de cœur. Une paire de lunettes, c’est un objet intime. Soit cela convient, soit cela ne convient pas", lance, en plein essayage, l’un d’eux. 

À les entendre, les modèles proposés à la vente ne correspondent aux critères esthétiques des consommateurs. "Vous n’avez pas de choix de montures. Et le design est assez basique. Les lunettes, vous les montrez, donc il faut que ce soit un peu rigolo", explique une cliente, qui a préféré opter pour un modèle payant.

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Pour autant, nombre de Français saluent le caractère social de la mesure qui vise à améliorer l'accès aux soins optiques. "Certes, le choix est assez limité, mais c’est gratuit. Je trouve que c’est plutôt bien", soutient un consommateur interrogé dans la rue. "Même si ce ne sont pas des montures haut de gamme, c’est quand même très bien. Pour un enfant, c’est amplement suffisant. D’autant plus qu’il risque de les casser au bout de six mois", abonde un jeune père de famille.

Des contrôles chez les opticiens

Pour expliquer ce désaveu, les autorités de santé pointent du doigt la réticence des opticiens, qui ne mettraient pas suffisamment en avant les modèles bénéficiant d’un remboursement intégral et pour lesquels les marges sont de fait plus faibles. "Nous avons des remontées négatives sur des pratiques de dénigrement chez certains opticiens (où) le +100% santé+ est assimilé à une offre bas de gamme", déclarait la semaine dernière Marianick Lambert, membre du bureau de France Assos Santé, lors d’une conférence. 

Pour s'assurer que les opticiens jouent bien le jeu, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) effectue des contrôles dans les points de vente depuis la fin de l'année dernière. "L'objectif n'est pas d'aboutir immédiatement à des sanctions", a prévenu le directeur de la Sécurité social, Franck von Lennep.

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