Chauffeurs, dames pipi, hôtesses, etc : la COP21 vue par ses petites mains

COP 21
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PORTRAITS – Ils font partie des centaines de personnes mobilisées pour faire fonctionner les petits rouages logistiques de la conférence climatique de Paris. A quelques jours de la fin de ce sommet onusien, metronews leur donne la parole.

Chaque matin, depuis le 30 novembre – et même les jours précédents – ils sont plus d'un millier à faire le déplacement depuis leur domicile jusqu'au parc des expositions du Bourget – qui accueille la 21e conférence internationale sur le climat COP21 – et ses alentours. A l'inverse des chefs d'Etat, des ministres de gouvernement ou des négociateurs des 195 pays participants à la conférence climatique jusqu'au 11 décembre, ils passent inaperçus, mais fourmillent pour que tout se passe au mieux. Qu'ils soient chauffeurs de bus, dames pipi, techniciens, hôtesses, secouristes, etc, ils écrivent aussi la petite histoire des négociations climatiques sans parfois s'en rendre compte. Voici leurs mini-portraits.

Yves, chauffeur de bus : "Sortir de la routine"
Ce mercredi matin, quand on s’approche pour lui poser quelques questions, dans la navette qui nous conduit du métro Fort d’Aubervilliers au Bourget, il se met d’abord à rire. Yves, 42 ans, en temps normal chauffeur de bus sur la ligne 302 (Gare du Nord – La Couneuve), s’attendait à ce qu’un journaliste l’interroge. Habitant dans l’Oise, il s’est levé tôt pour démarrer son service à 7h45. Pourtant, son enthousiasme n’est pas écorné. Avant la COP21, la RATP lui a proposé de faire partie du contingent de chauffeurs mobilisé pour transporter les participants à la conférence jusqu'au parc des expositions du Bourget. "J'ai accepté car ça me change du quotidien et me fait sortir de la routine", explique-t-il. 

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Certes, Yves n'avait jamais entendu parler de la conférence sur le climat auparavant, mais il n'en est pas moins sensible à la question environnementale. "J'essaye d'être écolo et je fais tout ce que tout le monde fait : le tri, utiliser des ampoules basse consommation, ne pas jeter les piles, etc. Et puis, je prends les transports en commun pour aller travailler". Au volant d'un bus hybride, il ne voit que des avantages dans son nouveau véhicule: "On roule déjà sur des bus diesel nouvelle génération, mais là c'est plus souple à conduire, et puis cela permet de consommer beaucoup moins et de réduire les émissions", ajoute-t-il, scolaire. Ce grand black souriant est aussi satisfait de ses nouveaux voyageurs. "On nous remercie souvent, ça fait du bien", conclut-il.

Camille, hôtesse : "On se sent forcément concerné"

Chargée d'accueillir les négociateurs et les observateurs à leur arrivée au parc des expositions du Bourget, Camille, 21 ans, fait partie de ces jeunes qui ont trouvé une opportunité de se faire un peu d'argent pour financer leurs études grâce à la COP21. Avec les missions que lui confie l'agence d'hôtesses Mahola depuis novembre, la jeune femme, diplômée en histoire de l'art, cherche à se payer son inscription dans une école des marchés de l'art l'an prochain. "Parmi mes collègues à la COP, il y a des ingé' en environnement qui ne trouvent pas de boulot, raconte-t-elle, moi, je n'en avais jamais entendu parler auparavant".

La jeune femme, originaire de la Loire (42), se sent évidemment "concernée" par le réchauffement climatique. "Quand on vient de la campagne, et d'un village entouré de nature, on sent forcément concerné", insiste-t-elle. Ses horaires matinaux, à partir de 6h30 le matin, ne la dérangent pas, mais difficile pour elle de suivre les événements en direct. "Je suis plus informée par la télé, qu'en étant ici, et quand je rentre je dors", reconnaît l'hôtesse. La COP21, une aventure humaine ? "Les rencontres avec les gens du monde entier, de Tuvalu, des Kiribati, sont furtives, mais c'est déjà enrichissant", admet Camille, convaincue.  

Hayette : "Penser à ceux de demain"
Depuis le 30 novembre, c'est elle qui, tous les jours, nous sert un café dans un petit gobelet consigné avec courtoisie. A 22 ans, Hayette n'est pas un louveteau de la restauration. Une formation d'employée commerciale en poche, la jeune femme, originaire de Clichy-sous-bois, en Seine-Saint-Denis, travaille depuis ses 17 ans pour Horeto, une des boîtes de restauration événementielle qui a décroché le marché sur le site de la conférence climatique.

Au premier abord, elle n'est pas forcément à l'aise avec l'écologie. Mais travailler au Bourget, pour le sommet climat, lui a fait prendre conscience de certains petits gestes pour "sauver la planète" comme le tri sélectif ou manger bio, etc. "C'est important pour penser à ceux de demain, à la génération qui vient", affirme Hayette, presque avec fierté. En revanche, difficile de prendre les transports en commun quand on habite à 1h30 de trajet en bus du parc des expositions du Bourget – sans compter les heures supplémentaires et la fatigue. La voiture reste son mode de transport privilégié. Elle sait que ce n'est pas très écolo. 

Marine, dame pipi : "Un premier emploi"
Quand on lui a proposé ce premier emploi à la COP21 dont elle a tant besoin, Marine*, pas encore la vingtaine, ne s'attendait pas à ce que ce soit un boulot de dame pipi. A tel point qu'aujourd'hui, malgré ses nécessités pécuniaires pour se payer une école de modélisme, elle regrette un peu. "C'est ennuyant, fatigant et les gens sont sales et dégoûtants".

S'intéresse-t-elle à ce qui se trame autour d'elle ? "Quand je rentre chez moi, dans le Val d'Oise, je suis épuisée, je dors et je ne m'informe pas", confie-t-elle. La jeune femme fait partie des rares jeunes au sein d'une équipe "plutôt âgée", décrit-elle. Les relations sont amicales, tout au plus. Pourtant, avec ses collègues des deux semaines, un constat s'impose: "ici, les gens sont malpolis et ne nous disent pas bonjour". Difficile alors de se sentir intéressé par l'avenir de la planète qui se joue à quelques mètres plus loin, dans les salles de négociations fermées aux plus fins des observateurs.

*Certains prénoms ont été modifiés. 

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