COP21 : les hauts et les bas d’une semaine de négociations sur le climat

COP21 : les hauts et les bas d’une semaine de négociations sur le climat

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COMPTE RENDU – Réunis au Bourget depuis lundi 30 novembre, les négociateurs des 195 Etats participants à la 21ème conférence internationale sur le climat ont remis, samedi 5 décembre, une ébauche d’accord qui servira de base aux discussions de leurs ministres de l'environnement qui reprennent ce lundi. Retour sur une semaine d’âpres négociations.

"Nous disposons d'une nouvelle base de négociations acceptée par tous (...). Il s'agit d'écrire la suite". Samedi 5 décembre, au terme d’une semaine d’âpres négociations climatiques formelles et informelles, Laurence Tubiana, ambassadrice de la France, chargée des négociations, ne cachait pas son enthousiasme. Les négociateurs qui affinaient le texte du futur accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici à 2100 par rapport à 1880, avaient en effet remis en temps et en heures leur copie au président de la COP21, Laurent Fabius. Une première victoire pour la présidence française de ce sommet climatique "de la dernière chance"? "Nous pourrions avoir mieux, nous pourrions avoir pire, l'essentiel est que nous ayons un texte et que toutes les parties veuillent un accord la semaine prochaine", a-t-elle ensuite déclarée, souhaitant désormais aller de l'avant. 

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Une ébauche d’accord et des initiatives 

La semaine marathon – pour les négociateurs et leurs observateurs – avait d’ailleurs commencé quelques jours plus tôt sur les chapeaux de roue. La venue exceptionnelle, lundi 30 novembre, en ouverture de la Cop 21, de 152 chefs d’Etat, dont Barack Obama, Vladimir Poutine, Li Xinping ou encore Angela Merkel pour donner un impulsion politique a ainsi été vue comme un signal fort, avant l’entrée en piste des négociateurs, par les observateurs issus de la société civile comme le Climate Action Network, un réseau de plus de 900 ONG dans le monde. Mais les attentes de cette même société civile "accréditée" ont vite été revus à la baisse face aux lenteurs des négociations, plutôt calmes et sans gros clash entre les différentes coalitions de pays, les jours suivants. "Il faut changer de rythme et de méthode, le nouveau texte est insuffisant", alertait par exemple, jeudi dans la matinée, le porte-parole de le Fondation Nicolas Hulot (FNH) Matthieu Orphelin, à 48h de la mi-temps climatique.

Une ébauche d’accord et des initiatives 
 
Finalement, c’est une nouvelle ébauche d’accord réduite à 48 pages - dont cinq pages de notes et réflexions -, par rapport au brouillon de 55 pages issus de la pré-COP de Bonn, en Allemagne, fin octobre qui été remis samedi à Laurent Fabius. Un texte "moins touffu" et "plus clair" selon les observateurs mais toujours insuffisant, malgré la satisfaction des 195 Etats + l'Union européenne parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui se félicitent du compromis trouvé. "Cela reste un texte des 1000 et un accords possible, commente Alix Mazounie, responsable des politiques internationales au sein de l’ONG Réseau Action Climat (RAC), à metronews. Il est impossible de savoir ce que sera l’accord en fin de semaine prochaine : un accord climaticide ou le minimum vital pour atténuer les effets du changement climatique". La militante du climat critique d’ailleurs à la COP21 une "bulle [des négociateurs] déconnectée des réalités". 

En parallèle des négociations climatiques, la première semaine de la Cop 21 a également été rythmée par le lancement d’initiatives multilatérales "très concrètes" en matière de transition énergétique, selon Alix Mazounie, du RAC. Le lancement d’abord, lundi 30 novembre, et à l’initiative de l’Inde, de l’Alliance solaire internationale , une plateforme de coopération entre pays riches et pays en développement riches en énergie solaire, pour faciliter les investissements dans cette énergie. Puis la mise en route d’une Initiative africaine pour les énergies renouvelables, mardi 1er décembre, financée par la France à hauteur de 2 milliards d’euros, en réparation de la "dette écologique" des pays riches. Enfin, l’annonce d’un millier de villes du monde entier, et en premier lieu la ville de Paris, pour atteindre 100% d’énergies renouvelable produites d’ici à 2050, au niveau local.

De nombreux points encore ouverts à discussion

Par ailleurs, de nombreux points de l'accord comme le fait de revoir régulièrement à une date donnée les engagements pour amplifier la lutte contre le réchauffement climatique ou le montant global de réduction des émissions à une échéance donnée n'ont pas été tranchés par les négociateurs et restent ouverts à discussion. Ainsi, le "pacte de solidarité", c’est-à-dire les financements  de l’adaptation au changement climatique à hauteur de 100 milliards de dollars par an avant 2020 – et bien plus par la suite – demandés aux pays industrialisés par les pays vulnérables n’est, lui aussi, toujours pas tranché. Or, il s’agissait d’un engagement pris par les pays riches en 2009 à Copenhague.  

"Les questions chères au pays les moins avancés ne sont toujours pas adéquatement reflétées dans le texte, a ainsi regretté Giza Gaspar-Martins, ambassadeur de l’Angola et président du groupe des Pays les moins avancés (PMA), une coalition de 48 pays d’Afrique et d’Asie, très peu émetteurs et vulnérables au changement climatique. Si l’accord sur le climat n’est pas opérationnel pour les plus vulnérables d’entre nous, comment pouvons nous dire que cela aura sera un succès ?" Dès demain lundi 7 décembre, les ministres des 195 délégations auront la lourde tâche d’étayer le texte en vue d’un accord samedi 11 décembre. Une nouvelle semaine marathon où le meilleur comme le pire peuvent encore être décidés.

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