COP21 : l’espoir et l’impuissance des îles du Pacifique face au réchauffement climatique

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URGENCE CLIMATIQUE – Menacés par les effets directs du réchauffement planétaire comme la multiplication des typhons et la montée des eaux, les pays insulaires des océans Indien et Pacifique veulent profiter du sommet climatique de Paris pour alerter et pousser la communauté internationale à agir. Leurs espoirs sont souvent teintés de désillusion.

Lundi 30 novembre, son discours face à ses homologues du monde entier en prélude de la COP21 était un S.O.S., comme une bouteille jetée à mer depuis un navire en pleine tempête. Christopher Loaek, président des petites îles Marshall dans le Pacifique sud, sait d’ailleurs que pour son pays, menacé par les conséquences du réchauffement climatique, le temps est compté. "Comme représentant d'une nation qui se trouve 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, j'implore votre aide pour que mon pays ne soit pas submergé par la montée des eaux. (…) Nous savons que le pire est encore à venir. Pour nous, la COP21 doit être un tournant dans l'histoire, une conférence qui nous donne espoir", a-t-il donc lancé, alarmiste, depuis la tribune où il s’exprimait, avant d’être repris par les médias du monde entier.

Christopher Loaek, à la tête d’un micro-état de 181 km2 pour 70.000 habitants n’est évidemment pas seul dans son combat de la dernière chance. Avec ses homologues des 43 petits Etats insulaires, ils forment la coalition AOSIS (principalement les îles du Pacifique, de l’océan Indien et des Caraïbes comme Haïti, les Maldives, Kiribati ou Trinidad-et-Tobago, etc), une alliance créée en 1990 par les pays très vulnérables à la montée du niveau de la mer, donc en première ligne face au réchauffement de la planète. Leur objectif : faire entendre leur détresse évidemment, mais aussi faire en sorte que l’accord de Paris, qui sortira samedi 11 décembre, limite le réchauffement de la planète à 1,5°C, et non à 2°C , à l’horizon 2100, un toute petit demi degré vital pour la survie de leurs pays et de leurs cultures.

Multiplication des ouragans et montée des eaux

Car dans les archipels , les conséquences du changement climatique, en particulier la montée des eaux (de 20 cm depuis 1900) et la multiplication des événements météorologiques exceptionnels se font déjà sentir, et ce depuis plusieurs années. "L’intensité des cyclones tropicaux a augmenté et on doit aussi fournir la nourriture aux habitants des îles inondées qui ne peuvent plus cultiver", explique à metronews Enele Sopoaga, le Premier ministre des îles Tuvalu, au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, qui administre un atoll de 26 km2 pour 12.000 habitants.

Originaire de Malé, la capitale des Maldives, dans l'océan Indien, Aishath Thoifa, une jeune militante de l’association mondiale des guides et des éclaireuses (WAGGGS) connaît aussi l’urgence de la situation. "Aux Maldives, les effets du réchauffement climatique sont déjà visibles et la vie quotidienne est rendue difficile par les ouragans", confie-t-elle. Mais le pire reste à venir. Dans cet Etat insulaire de l’océan Indien composé de plus de 1.200 îles et atolls, plus de 80% des terres où vivent 360.000 Maldiviens, sont en effet situées au ras de l’eau, à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer. Et à terme, l’ingénierie déployée par les autorités — reboisement des mangroves, restauration des récifs coralliens —  pour contrer l’érosion du littoral n’y changera pas grand chose.

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"Le jour où on a quitté les Samoa pour la COP21, il y avait un cyclone, ironise Pauline Fruean, 39 ans, du Programme régional océanien de l’environnement (Proe), une organisation internationale qui œuvre pour le développement durable et la gestion de l’environnement depuis 1993. Les conditions de vie sont de plus en plus extrêmes".

Originaire d’Apia, la capitale des îles Samoa (190.000 habitants), elle constate les dégâts : "A Tuvalu, dans les Kiribati ou dans les îles Marshall, de nombreuses personnes vivant trop près des côtes ont perdu leur maison". Même constat pour Tuaine Elaine Marsters, 62 ans, représentante des îles Cook (20.000 habitants) : "Nos îles sont si petites, étroites et basses, que l’eau couvrirait des îles entières", déplore-t-elle. Et les conséquences pour les cultures vivrières locales sont désastreuses. "A Futuna, il y a très peu de terres arables, l’eau pénètre et pourrit les taros [ndlr, des racines comestibles], or les habitants n’ont que ça pour vivre", déplore Anthony Lecren, un politicien indépendantiste kanak chargé du Développement durable au sein du gouvernement local de Nouvelle-Calédonie.

Sentiment d’impuissance et d’abandon

A Paris, malgré l’espoir d’un accord sur le climat, le sentiment d’impuissance et d’abandon qui prédomine chez les insulaires – souvent issus des peuples autochtones —  face à une communauté internationale animée dans un premier temps par les enjeux et les intérêts des grandes puissances, prend alors tout son sens. "Tout le monde est concerné par le réchauffement climatique, insiste Enele Sopoaga, le Premier ministre des Tuvalu. Compte tenu de toutes les annonces et les efforts technologiques déployés à la COP21, si on ne revient pas chez nous avec un accord universel contraignant ce sera vraiment honteux. On ne doit pas répéter ce qui a été fait à Copenhague en 2009". Pauline Fruean, des Samoa, est tout aussi sceptique – lucide ? – : "On peut faire beaucoup de bruit ici, mais ce sont les Etats-Unis ou la Chine qui ont le pouvoir en dernier ressort. Nous ne sommes pas importants à leurs yeux".

Pour autant, doivent-ils abandonner tout espoir de sauver leurs micro-Etats ? Rien n’est moins sûr. Pour le Premier ministre des Tuvalu Enele Sopoaga hors de question de quitter les atolls comme le font des milliers d’habitants des îles Marshall pour rejoindre les Etats-Unis. "Fuir, ça ne va pas arrêter et résoudre le changement climatique !", s’emporte-il. Depuis trois ans, 17 nations du Pacifique sud se sont également fédérées dans le sommet Oceania 21 afin de porter une voix commune lors des négociations climatiques de Paris. Mais aussi de partager des solutions. "Il faut s’assurer de savoir comment on protège et on transmet les connaissances autochtones. Les peuples autochtones du Pacifique ont leur plan de gestion des écosystèmes depuis 4.000 ans, ils connaissent bien les cycles météo, la faune et la flore. Il faut protéger ces connaissances", plaide de son côté Anthony Lecren, de Nouvelle-Calédonie. Car les digues ne suffiront pas.

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