De la Tanzanie au Canada, les peuples autochtones premières victimes du changement climatique

De la Tanzanie au Canada, les peuples autochtones premières victimes du changement climatique

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TÉMOIGNAGES - Montée des eaux, pollutions en tout genre, multiplication des catastrophes naturelles, raréfaction des ressources, etc : autour du monde, les tribus indigènes sont en première ligne face aux conséquences du dérèglement climatique. Venus des sept continents, ils veulent faire entendre leur voix à la COP21. Metronews est allé à leur rencontre.

Dans les allées du parc des expositions du Bourget, où se tient la 21ème conférence internationale sur le climat (COP21) jusqu’au 11 décembre, on ne peut pas les louper. Coiffés de plumes, vêtus de leurs costumes traditionnels et prenant la pause à longueur de journée pour des photos souvenirs, certains représentants des peuples indigènes et autochtones des sept continents jouent les vedettes auprès des journalistes et des observateurs. Pourtant, ils ne sont pas à Paris pour donner un semblant d’universalité et de folklore aux négociations climatiques. Au contraire, leur présence à ce sommet climatique "de la dernière chance" est une question de survie pour leurs cultures et leurs modes de vie, menacés par le dérèglement climatique.

"La question est de savoir si nos problèmes vont enfin être pris en compte dans l’accord de Paris", espère ainsi Gideon Sanago, 35 ans, un activiste de la tribu des Maasaï, originaire du district du Simanjaro, dans le nord-est de la Tanzanie que l'on rencontre sandwich à la main. "Voix des sans voix", Gideon Sanago porte, de sommet climatique en sommet climatique, le message des 300.000 Maasaï tanzaniens, un peuple d’éleveurs semi-nomade dont les ressources naturelles en eau s’assèchent et dont les troupeaux (vaches, chèvres et moutons) tombent malades. "Le changement climatique est bien réel, s’alarme-t-il, et la santé des gens est aussi affectée".

Sécurité alimentaire, montée des eaux et conflits

A travers le monde, des provinces arctiques du Canada aux archipels des îles polynésiennes, les peuples autochtones -  soit 6% de l’humanité  - sont en effet les premières victimes du réchauffement climatique, notamment en raison de leur dépendance aux écosystèmes naturels dont ils font intégralement partie. "Nous avons une relation très forte avec la nature", confirme Nicolaas Petrusi, 49 ans, un des chefs de la tribu des Saramaka, dans le centre du Suriname (Amérique du sud). Dans un créole teinté de néerlandais, ce représentant indigène explique qu’en plus de la déforestation et de la pollution de l’eau des rivières liée à l’exploitation des mines d’or de l’Amazonie par des multinationales avec lesquelles ils sont en conflit, les cycles météo sur lesquels ils basent leurs calculs ancestraux pour cultiver le riz, le taro ou le manioc sont perturbés.


Une insécurité alimentaire que connaît bien le chef Bill Erasmus de la nation Dene , dans les provinces de moins en moins froides du nord-ouest canadien. Avec le changement climatique, les réserves de chasse, notamment du caribou, s’amenuisent. Or, leur alimentation et leur culture en dépendent fortement. Venue des îles Cook, un archipel isolé du Pacifique sud, Tuaine Elaine Marsters, 62 ans, s’inquiète de son côté des conséquences déjà visibles de la fonte des glaces sur les océans. "Nos îles sont si petites, étroites et basses, que l’eau couvrirait des îles entières", craint-elle. Originaire d’Avarua, la capitale, sur l’île de Rarotonga, elle est à la COP l’une des rares représentantes de son pays (20.000 habitants au compteur environ) qui, à l’instar des Etats insulaires du Pacifique, est menacé par la montée des eaux et l’érosion du littoral.


Faire reconnaître leurs droits

A Paris, le combat des peuples indigènes est donc double : faire en sorte que leur message sur le dérèglement climatique soit entendu, mais aussi que la question de leurs droits soit enfin reconnue. Car, à l’heure actuelle, dans leurs pays, où ils sont la plupart du temps minoritaires, ces peuples autochtones sont les laissés pour compte des dérives environnementales. "Il n’y a aucune reconnaissance de notre existence et de nos droits en tant que peuple indigène en Tanzanie", se lamente Gideon Sanago, de Tanzanie.

"Notre gouvernement ne fait rien pour nous", déplore pour sa part Nicolaas Petrusi, des Saramaka, impressionnant de calme, quand on lui demande si sa communauté travaille main dans la main avec les autorités pour mieux s’adapter au changement climatique. Et ce malgré une victoire juridique devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) en 2007 qui a condamné l’Etat du Suriname à reconnaître légalement leur tribu. "Comment peut-on faire pour faire reconnaître nos droits avant la fin de la COP21 ?", s’interroge, sceptique, Anthony Lecren, un politicien indépendantiste kanak chargé du Développement durable au sein du gouvernement local de Nouvelle-Calédonie lors d'une mini conférence mercredi 2 décembre sur le site du Bourget. La menace climatique, elle, continue de peser. 

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