Grand chef Raoni : "Il faut reconnaître et punir les crimes environnementaux"

COP 21

INTERVIEW - A l'initiative d'une alliance pour porter la voix des peuples indigènes dans la lutte contre le réchauffement climatique, le cacique des Kayapos, un peuple de l'Amazonie brésilienne a répondu aux questions de "metronews".

C'est l'une des figures des peuples indigènes les plus médiatiques. Engagé depuis 1989 dans un combat contre la déforestation de l'Amazonie brésilienne, le grand chef Raoni, 85 ans, à la tête du peuple Kayapos, est à Paris depuis les débuts de la conférence climatique pour faire entendre la voix des peuples autochtones, menacés par les conséquences du réchauffement climatiques et les atteintes directes à l'environnement. 

Ce jeudi 10 décembre, il a fait une incursion au Bourget, en compagnie de Paul Watson, l'un des fondateurs de Greenpeace et de Sea Sheperd, un groupe d'activistes aux méthodes chocs engagés dans la protection des océans. L'occasion d'aborder avec le médiatique chef la catastrophe écologique dans le Minas Geraï, son opposition au barrage du Belo Monte et de son plaidoyer pour la reconnaissance des crimes environnementaux.

Malgré l’échec des négociations climatiques par le passé, attendez-vous quelque chose de ce sommet international "de la dernière chance" ?

J’ai l’espoir que les décisions seront prises à Paris conduiront à des changements indispensables pour la survie de l’humanité. Nous sommes venus pour être entendus !

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Selon vous, quelle est la part de responsabilité des pays riches, et des pays émergents, dans le réchauffement climatique et dans les atteintes portées à l’environnement ?
La situation est diverse. Par exemple, certains pays européens agressent l’environnement, et d'autres pays européens le respectent. En revanche, nous sommes un tout : nous partageons tous une part de responsabilité.

Le mois dernier, la rupture de deux barrages miniers dans l’Etat du Minas Geraï a conduit à l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire du Brésil. La gouvernement brésilien est-il responsable de la faiblesse de ses infrastructures ?
Le gouvernement brésilien n'est pas le seul responsable. Les entreprises qui exploitent ces barrages sont aussi responsables que lui. A l'avenir, pour prévenir ces catastrophes, il faudrait pouvoir voter une loi qui punisse pénalement ces méfaits. La condamnation se limite trop souvent à indemniser les victimes : il faut aujourd'hui reconnaître et punir les crimes d’écocide (les crimes contre l’environnement, ndlr)

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En quoi la reconnaissance des crimes contre l’environnement est-elle importante à vos yeux ?
Très souvent, les désastres écologiques restent impunis. Tout juste sont-ils indemnisés. Ce n’est pas suffisant. Pour arrêter ces catastrophes, il faut donc rendre pénalement responsables les personnes à l’origine de ces désastres écologiques. Préserver la Nature est tout aussi important pour nos générations que les générations futures.

Au Brésil, vous êtes très engagé contre les grands projets de barrage hydraulique, notamment celui du Belo Monte. En quoi représentent-ils un danger pour les peuples de l’Amazonie ?
Le barrage du Belo Monte  ne concerne pas que les peuples indigènes : il touche aussi les peuples du monde entier. Car la bataille qui se joue aujourd’hui en Amazonie a une résonance et une importance mondiale. Si le gouvernement brésilien persévère dans la construction de ce barrage, il va certainement provoquer une guerre avec les indigènes. Nous n’accepterons jamais que la construction de ce barrage. 

Pensez-vous que le réchauffement climatique remette en cause le modèle de vie (économique, social, etc) de l’Occident ?
Les peuples occidentaux ne sont pas les seuls à voir leur modèle de vie remis en cause. Notre modèle de vie est profondément touché : nous percevons déjà les changements (induits par le réchauffement climatique, ndlr) dans les dates de la pêche, de la chasse et pour les plantations.

Quelles solutions proposez-vous pour sauver la planète et lutter contre les conséquences du réchauffement climatique ?
Nous avons été réunis ici il y a quelques jours pour former une alliance globale des gardiens de la Mère nature avec des peuples autochtones venant du monde entier. A cette occasion, nous avons fait 17 propositions ( comme la reconnaissance internationale du crime d'écocide ou la sanctuarisation des forêts primaires, ndlr ) que nous avons remis au président de la République dans lesquelles nous affirmons des solutions à tous les niveaux pour résoudre les problèmes climatiques. Mais pour poursuivre ce combat, l’alliance a besoin de fonds et de solidarité.

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