La minute COP21 : "La nuit va être longue"

COP 21

VU ENTENDU - Négociations, ambiance, organisation, etc : du 30 novembre au 11 décembre, metronews vous raconte la 21e conférence internationale sur le climat vue de l’intérieur. Aujourd’hui, au neuvième jour des négociations climatiques, la pression monte pour faire accoucher un texte d'accord ambitieux d'ici à 24 heures.

Le Bourget, plongé dans un état de léthargie depuis le début des négociations, est-il en train de soudainement se réveiller ? Au neuvième jour des négociations, ce mercredi 9 décembre, le coup d'accélérateur s'est nettement fait sentir après les déclarations de bonnes intentions et les atermoiements des ministres représentants les 195 pays participants à la COP21 en début de semaine. Car la pression monte. Et il reste, en effet, moins de 24 heures aux ministres pour s'entendre sur un "accord juridiquement contraignant, ambitieux, équilibré et durable" pour limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici à 2100 – peut-être 1,5°C –, selon les mots de la présidence française. 

Une nouvelle version du texte d'accord "clean"
Dans les allées du parc des expositions, la zone bleue où se jouent les négociations climatiques, la tension est montée crescendo jusqu'à 15 heures, heure à laquelle la nouvelle version du texte d'accord a été rendue publique par le président de la COP21, Laurent Fabius. "Nous avons progressé mais il reste encore pas mal de travail", a commenté le ministre des Affaires étrangères. Avec ce nouveau texte, "nous proposons un texte propre, 'clean'", a-t-il poursuivi. 

Réduit à 29 pages et largement étayé, le nouveau texte qui "reste flou" selon les ONG a immédiatement suscité son lot de réactions. "Certes, il y a moins de crochets et la limite de 1,5°C de réchauffement reste une option envisageable, mais les financements sont incertains pour l'après 2020", a, par exemple, regretté Célia Gautier du Réseau action climat-France (RAC). 

Certains points de blocage restent pour l'heure non résolus : la différenciation des efforts consentis des pays riches et des pays pauvres pour limiter le réchauffement de la planète, le niveau d'"ambition" de l'accord et les financements de l'adaptation au changement climatique des pays vulnérables. A noter que la question des crochets fait d'ailleurs sourire journalistes et blogueurs sur Twitter, grâce à un jeu lancé par Matthieu Orphelin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) :

Pour les experts des négociations climatiques, comme Pascal Canfin, ex-ministre écologiste délégué au Développement du gouvernement Ayrault (2012-2014), ce mercredi soir, rien n'est encore joué. "Tous les éléments d'un accord ambitieux sont encore présents dans le texte. Rien n'est tranché en matière d'ambition, de finance et de différenciation", a-t-il réagi. 

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"A cette étape à Copenhague il y a six ans, les négociations étaient rompues et le texte n'était pas aussi avancé", observe Michael Jacobs, professeur de sciences politiques et économiques à l'University College London, ancien conseiller spécial de Gordon Brown entre 2007 et 2010. "L'esprit général a changé", complète Monica Araya, fondatrice du think tank Nivela au Costa-Rica et experte auprès du Climate Vulnerable Forum. Constituée de pays pauvres et riches comme la Gambie, les Etats-unis, les îles Marshall, le Mexique ou la Colombie, la "coalition de l'ambition" est née ces derniers jours pour aller le plus loin possible. Et selon nos sources, la présidence française est saluée pour son rôle de médiation.

Les ONG montent au créneau
Déjà inquiètes par les lenteurs des négociations hier – et la langue de bois –, les ONG ont ce mercredi donné un coup d'accélérateur à leurs programmes respectifs. Conférence de presse après conférence de presse, action après action, etc : les grosses associations environnementales de Greenpeace à Avaaz sont montées au créneau dès la fin de la matinée pour faire pression sur les négociateurs. 

Car les inquiétudes sont vives avant le rendu d'une version finale du texte d'accord. "On a le sentiment qu'on se dirige vers un accord de papier comme la loi de transition énergétique", déplore de son côté Jean-François Julliard, de Greenpeace France. Pierre Cannet, du WWF, le fonds mondial pour la biodiversité, renchérit: "Il n'y a pas de pessimisme ambiant de la part des ONG, mais l'expression d'une prudence et d'une inquiétude". "La nuit va être longue ! J'espère que les ministres seront à la hauteur de l’enjeu", résume Pascal Canfin. Et d'ici à 24 heures tout est encore possible, le meilleur comme le pire.

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