La minute COP21 : "Le changement climatique touche différemment les hommes et les femmes"

La minute COP21 : "Le changement climatique touche différemment les hommes et les femmes"

COP 21
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VU ENTENDU - Négociations, ambiance, organisation, etc : du 30 novembre au 11 décembre, metronews vous raconte la 21e conférence internationale sur le climat vue de l’intérieur. Aujourd’hui, au huitième jour des négociations climatiques, une (petite) place a été faite aux femmes, en première ligne face au changement climatique.

En arrivant ce mardi matin sur le site de la conférence climatique, au Bourget, nous tombons nez à nez avec une mini-manifestation de militants. Aux cris de "Justice climatique, justice de genre", ils réclament la prise en compte de l'égalité homme-femme dans les négociations et le texte d'accord.

Car, en ce huitième jour des négociations, la COP21 a choisi de donner la parole aux femmes, en première ligne face aux conséquences du réchauffement climatique – notamment dans les pays vulnérables d'Afrique, d'Amérique latine ou d'Asie –, grâce à une journée de conférences et d'actions entièrement consacrée à cette thématique. "L'égalité homme-femme est une condition indispensable à la réussite de la lutte contre le réchauffement climatique", a d'ailleurs rappelé Ségolène Royal, la chef de la délégation française. Une demande formulée par l'ensemble des ONG qui lient féminisme et changement climatique. 

EN SAVOIR+ >> INTERVIEW - Ségolène Royal : "Il faut changer de modèle énergétique"

Un #genderday mais pas la parité
"Le changement climatique touche différemment les hommes et les femmes", observe Kate Lappin, une Australienne, coordinatrice régionale du Forum Asie Pacifique pour les droits de femmes et le développement que l'on retrouve sur son stand d'exposition. Pour elle, cette journée est très importante "pour mettre l'accent" sur la place des femmes dans la lutte contre le changement climatique. Mais elle craint que ce ne soit "qu'un simple accessoire" des négociations climatiques, alors que partout dans le monde, des femmes subissent de plus fortes inégalités de traitement, notamment lors des crises humanitaires  et dans les déplacements de population. Elle pointe aussi du doigt l'absence d'une véritable diplomatie internationale féministe, qui a aussi pour conséquence la sous-représentativité des femmes et de leur agenda propre dans les hautes sphères diplomatiques.

► La galerie des solutions, temple du greenwashing ou des vraies solutions ?
Depuis ses débuts, la COP21 est beaucoup critiquée pour la tribune qu'elle accorde à certains de ses partenaires (EDF, Engie, BNP Paribas, Renault-Nissan, etc). Certains d'entre eux disposent en effet d'un espace dédié à la conférence climat au Bourget, la galerie des solutions, où nous nous sommes rendus en fin de matinée. Ils sont accusés de greenwashing – de communication verte, en français – par plusieurs ONG. 

La particularité de la galerie des solutions est de réunir un certain nombre d'entreprises – et de pays – qui présentent leurs solutions en matière énergétique pour parvenir à un monde "zéro émission" de CO2 d'ici à la fin du siècle. Mais ce qui y est montré et proposé laisse songeur : sommes-nous face à de vraies ou de fausses solutions teintées d'un discours vert pro-environnement ? Un des premiers stands à nous interpeller est, par exemple, celui de GasNaturally, un réseau d'associations européennes qui réunit des acteurs de l'industrie gazière. Or, le gaz est d'abord une énergie fossile, et de nombreux acteurs de Bill Gates aux ONG en passant par les Etats ou les collectivités locales appellent à désinvestir ce type d'énergies pour limiter le réchauffement climatique.

Le président de GasNaturally, François-Régis Mouton, délégué aux Affaires européennes chez Total, que nous rencontrons, dément toute tentative de faire du greenwashing à la COP21. Il fait la promotion de "l'alliance du gaz naturel et des énergies renouvelables" pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de la transition énergétique. "On ne serait pas là si on ne s'engageait pas, explique-t-il, l'alliance du gaz et des renouvelables, c'est une alliance à moyen terme jusqu'en 2050". Il vante également l'enfouissement du CO2 dans les sols, une technique encore jugée à risque.  

Un peu plus loin, à côté du stand du Qatar et des Emirats arabes unis – des pays pétroliers –, le réseau Nuclear for climate, qui regroupe 150 associations pro-nucléaires du monde entier, fait lui la promotion de l'énergie atomique. "Notre objectif, c'est que la voix du nucléaire soit un peu portée à la COP21 pour rappeler que le nucléaire est une énergie bas carbone [ndlr, un argument que plusieurs études mettent en doute ]", confie une membre du réseau. Une initiative coordonnée par la Société française d'énergie nucléaire (SFEN) et prise en 2014 en vue de la conférence climat, m'assure-t-elle. Ils font aussi partie des observateurs de la COP21, et ont donc accès aux négociateurs... mais "pas pour vendre du nucléaire". 

La colère des ONG
En fin d'après-midi, ce mardi 8 décembre, le ton monte du côté des ONG environnementales, que ce soit au niveau du Climate action network (CAN) ou du Réseau action climat (RAC) France. La cause de cette colère : l'extrême lenteur des négociations et leur déconnexion face à la réalité de l'ambition exigée pour lutte efficacement contre le réchauffement climatique. "On est très inquiet de la façon dont les négociations sont en train de se dérouler", explique, alarmiste, Alix Mazounie, du RAC. "Les gros enjeux sont en train de passer à la trappe, on est en train de gâcher quatre ans de travail et il reste 48h pour changer la donne", poursuit-elle.

"On sent que la présidence française confond vitesse et précipitation", lance Jean-François Julliard, de Greenpeace France, "et s'il faut brusquer les négociations, c'est maintenant". Mercredi matin, un nouveau texte d'accord doit être remis par les ministres de l'Environnement des 195 pays participants. Et des rumeurs dans les couloirs de la conférence climatique parlent déjà de négociations qui se prolongeraient jusqu'au lundi 13 décembre. 

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