La minute COP21 : "Les négociateurs ne savent pas faire le tri"

La minute COP21 : "Les négociateurs ne savent pas faire le tri"

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VU ENTENDU - Négociations, ambiance, organisation, etc : du 30 novembre au 11 décembre, metronews vous raconte la 21e conférence internationale sur le climat vue de l’intérieur. Aujourd’hui, en parallèle du cinquième jour des négociations climatiques, un "voyage presse" dans les coulisses "green" du Bourget nous a emmené jusqu'à la nouvelle chaudière économe en énergie.

Cela aurait pu être un "Friday casual" ("vendredi décontracté" en français), mais il n'en fût rien. Au cinquième jour des négociations climatiques, ce vendredi 4 décembre, les négociateurs des 195 pays participant à la Cop 21 étaient (et sont toujours) sous pression. Demain, à midi, ils doivent en effet remettre le brouillon définitif du texte qui servira de base aux ministres de l'environnement de chaque pays pour parvenir à un accord "ambitieux" visant à limiter le réchauffement de la planète à 2°C à l'horizon 2100. Soit encore 16 heures de négociations et, à coup sûr, une nuit blanche sous tension.

Comme le relevait Le Monde ce matin , dans la nuit de mercredi à jeudi, les négociations se sont terminées à 2 heures du matin. Elles se sont ensuite poursuivies encore plus tard la nuit dernière, laissant craindre de belles insomnies ce soir. Après cinq jours, la fatigue est elle aussi palpable, tant chez les journalistes que chez les observateurs ou les négociateurs. Et les salles de repos, mises à disposition au Bourget, font le plein pour une petite sieste en milieu d'après-midi. En revanche, comme le précise Marc Strauss, adjoint du secrétariat général de la COP21, "ce ne sont pas des salles de sommeil", c'est-à-dire prévues pour passer la nuit, et ce, en raison des normes de sécurité incendie qui l'interdisent. Les négociateurs doivent donc apprendre à gérer leur fatigue - mais ils ont l'habitude.

Des mini-manifs pour faire pression sur les négociateurs
Les ONG accréditées, elles, continuent de se mobiliser sur le site de la COP21. Tous les jours depuis le début de la conférence climatique, les associations qui ont accès à l'espace des négociations peuvent en effet mener des actions militantes pour faire pression - ont-elles une chance de succès ? - sur les négociateurs. C'était encore le cas ce vendredi où 13 mini-manifestations étaient prévues le long de l'allée centrale du parc des expositions du Bourget, selon un membre du secrétariat général de la convention sur le changement climatique qui nous informe.

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Sur les coups de 10h30, les militants de Engajamundo, une ONG brésilienne, ont par exemple interpelé les délégués qui passaient sur leur chemin pour qu'ils inscrivent dans le texte un objectif de long terme de 1,5°C de réchauffement climatique maximum, et non de 2°C, pour sauver les pays vulnérables. L'action est chronométrée et finement calibrée, mais elle a le don de faire venir les caméras de télévision qui ont besoin d'images. Car les négociations dans l'ombre, elles, n'en fournissent pas. 

Quelques dizaines de mètres plus loin, et trente minutes plus tard, une deuxième action est menée par des jeunes activistes de la Australian Youth Climate Coalition. Ils ont fait signer une déclaration sur le même thème que la précédente ONG et font huer les pays qui ont refusé de s'engager comme l'Autriche. Là encore les caméras des télévisions sont présentes comme celles de Democracy Now, l'émission indépendante de la journaliste star de la gauche américaine, Amy Goodman, arrivée samedi dernier à Paris. 

Dans les coulisses d'un sommet recyclable
Comme annoncé la veille, le secrétariat général de la COP21 nous proposait ce vendredi "un voyage presse" pour visiter les coulisses du sommet qui met en pratique les préceptes de l'économie circulaire. De 15h à 16h30, Pierre-Henri Guignard, secrétaire général de l'organisation de la COP21 nous a donc fait faire un tour du propriétaire mêlant information et éléments de communication. 

"Nous avons voulu que le site soit dans une logique de développement durable, que l'organisation générale soit respectueuse de l'environnement", précise-t-il en guise d'introduction. Il ajoute : "On a voulu cette conférence élégante et raisonnable pour le contribuable", le fond devait aussi refléter la forme".

Des restaurants bio au centre de tri, en passant par la reprographie économe en papier recyclé et recyclable et la chaudière basse conso', Pierre Henri-Guignard liste ensuite pendant plus d'une heure trente les mesures prises pour concilier "l'éphémère" (la conférence) avec le durable (le respect de l'environnement) et notamment l'objectif "zéro déchet". 

Egalement interrogé par une journaliste du Grand Journal sur le greenwashing avéré (Engie, EDF, BNP, etc) de certaines entreprises présentes à la COP21, le secrétaire général à l'organisation a défendu ses partenaires. "On est aujourd'hui à une conférence qui va nous faire entrer dans une nouvelle ère [ndlr, écolo], ce qui vaut aussi pour les entreprises", a-t-il affirmé. Avant de se retourner vers l'assemblée des journalistes distraits et de lancer : "A vous de vous y intéresser et de juger leurs performances". 

29 tonnes de déchets générées depuis lundi
Notre visite dans les coulisses de la COP21 nous a également permis de récolter quelques données intéressantes, notamment sur les déchets produits par les participants du sommet climatique. Depuis lundi, 29 tonnes "d'ordures ménagères" ont été générées en cinq jours de conférence, sur un total estimé à 1.400 tonnes maximum (phase de montage et de démontage de l'infrastructure incluses). Pierre-Henri Guignard le reconnaît volontiers : "Les négociateurs ne savent pas faire le tri". Constat anticipé, puisque un "tri complémentaire" est effectué par le groupe Derichebourg. Et pour ceux qui cherchaient des repas végétariens, on a notre réponse : 30% de l'offre alimentaire sur le site ne contient pas de viande ou de poisson !

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