Quand Greenpeace piège des climatosceptiques payés par l'industrie fossile

COP 21

GUET-APENS - Alors que la COP21 touche à sa fin, Greenpeace dévoile le contenu d'échanges avec des scientifiques climatosceptiques. Piégés par l'ONG, ces derniers révèlent accepter des rétributions de la part d'industriels des énergies fossiles en contrepartie de publications qui leur sont favorables. Et ce, sans révéler ces transactions financières.

Ressources cachées. Professeur émérite de la prestigieuse université de Princeton (New Jersey), William Happer, n'est pas n'importe qui. Cet ancien haut responsable de la recherche au sein du ministère américain de l'Energie n'en perd pas moins ses moyens lorsqu'il est interrogé par un militant de Greenpeace sur ses liens financiers avec l'industrie fossile, comme on peut le voir dans une vidéo mise en ligne par l'ONG écologiste mardi. L'éminent universitaire y insulte copieusement son interlocuteur.


La raison de cette colère : une question sur l'argent que William Happer aurait perçu de la part du producteur américain de charbon Peabody. Quelques jours plus tôt en effet, le chercheur, connu notamment pour ses positions climatoscéptiques, s'est fait piéger par l'ONG dans un échange de mails au cours duquel il a révélé que le charbonnier avait déjà payé pour l’une de ses auditions devant une instance réglementaire du Minnesota. Contacté par  Le Monde , William Happer n’a pas commenté ni démenti la teneur de ses échanges avec Greenpeace.

Une prestation à 250 dollars de l'heure

Au départ, un militant de Greenpeace se faisant passer pour un consultant en relations publiques basé à Beyrouth (Liban) explique par mail à William Happer travailler pour une compagnie pétrolière du Proche-Orient "inquiète de l’impact de la conférence climatique des Nations unies". A ce titre, il sollicite le chercheur afin qu'il rédige un article qui "pourrait œuvrer fortement en faveur de notre client".

Au fil de  la conversation , celui qui a déjà témoigné devant le Congrès américain en faveur de l'augmentation des rejets de CO2, jugeait, selon lui, bénéfique pour "la croissance des plantes", explique que sa rémunération pour ce genre de travail s'élève à 250 dollars de l'heure et précise que le règlement ne doit pas lui être adressé mais versé au Think Tank climatoscéptique CO2 Coalition, qui prend en charge certains de ses frais mais ne lui verse pas de salaire. Et Happer d'ajouter que dans la mesure où il rédigerait l'article seul, il ne verrait pas d'inconvénient à ce qu'il soit mentionné dans l'article que “l’auteur n’a reçu aucune compensation financière pour ce texte".

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Le professeur de Princeton n'est pas le seul scientifique à s'être fait piéger par l'ONG. Un sociologue, Franck Clemente, professeur à l’université Penn State (Pennsylvanie), a également accepté de percevoir une transaction similaire pour le compte d'un faux charbonnier asiatique, cette fois, et de cacher ses sources de financement. Le tout pour la modique somme de 275 dollars l’heure, ou 15 000 dollars pour un article de 8 à 10 pages et 6 000 dollars pour une tribune publiée dans la presse, précise-t-il dans l'échange de mails.

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