Equipe de France : de Lisieux à la Coupe du monde 2018, retour sur le parcours cabossé de Steven Nzonzi

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FOOTBALL - La présence de Steven Nzonzi est la grosse surprise de la liste des 23 de Didier Deschamps pour le Mondial russe de cet été. Focus sur la trajectoire méconnue et heurtée du milieu de terrain du Séville FC.

Gilles Bouleau, sur le plateau du JT de 20h jeudi soir, n’a pas caché son étonnement, qui était celui de millions de Français sur le moment. Alors Didier Deschamps a expliqué pourquoi Steven Nzonzi figure, à la surprise générale, dans sa liste des 23 joueurs appelés à disputer la Coupe du monde en Russie : "Une équipe, ce n’est pas que des stars. Il n’a pas de génie mais il est très efficace dans son rôle. Il est aussi là par rapport à une concurrence à son poste (Adrien Rabiot n’a pas donné satisfaction au poste de sentinelle, ndlr). Ce n’est pas un jeune mais il est déjà venu avec nous, et il a été performant chaque fois que je l’ai utilisé (deux fois en novembre 2017). Tout ce qu’il a fait ensuite avec son club m’a convaincu de l’inclure dans cette liste."

Beaucoup pensaient que je ne pourrais pas m’imposer. Parce que j’ai toujours eu ce gabarit grand et assez fin.Steven Nzonzi

Son club, c’est le Séville FC, où Steven Nzonzi évolue, en tant que titulaire indiscutable, depuis 2015. À l’été 2016, quand l’entraîneur Unai Emery a quitté le club andalou pour le PSG, il a absolument tenu à rapatrier le milieu de terrain français, aujourd’hui âgé de 29 ans. Mais les 40 millions d’euros exigés avaient contraint la direction parisienne à renoncer. L’hiver dernier, quand l’Italien Vincenzo Montella a débarqué sur le banc sévillan, il a immédiatement été interrogé sur l’avenir de la sentinelle, annoncée sur le départ : "C’est un très grand joueur, l’un de mes objectifs est de comprendre ses aspirations, quelles sont ses idées. Parce qu’il est fondamental pour le club, au niveau technique."

Son début de carrière, pourtant, ne laissait rien augurer de tel. "Je n’ai pas été conservé au centre de formation du PSG, ni à celui de Caen, racontait-il à L’Équipe fin 2016. Quand on est jeune, c’est beaucoup de souffrance. Les deux saisons après avoir dû quitter le PSG ont été très difficiles pour moi. J’ai dû aller à Lisieux (Calvados), quitter la région parisienne où j’avais passé toute ma vie, pour une ville que je ne connais pas. Dans le collège où j’étais à l’époque, il n’y avait que deux noirs par exemple. Finalement, ça s’était très bien passé et j’avais signé à Caen dans la foulée, mais encore une fois, je n’ai pas été gardé. Ça a été encore plus difficile parce que je m’étais fait pas mal d’amis dans ce coin. Ensuite je suis parti à Beauvais, pour jouer avec les moins de 16 ans nationaux , puis à 18 ans j’ai rejoint Amiens, où j’ai signé plus tard mon premier contrat pro."

Steven a dû continuellement se battre contre son physique.Monchi, alors directeur sportif du Séville FC

On est loin de la trajectoire linéaire de la plupart des internationaux, à qui on déroule le tapis rouge dès leurs plus jeunes années. "Avoir galéré pendant toutes ses années, je le vois comme une bénédiction, en dit-il aujourd’hui. Ce sont ces années-là qui ont allumé la flamme en moi, pour montrer à toutes ces personnes qu’elles avaient peut-être eu tort. Je voulais prouver que je pouvais atteindre mon rêve." D’Amiens, il rejoindra Blackburn au bout de deux saisons, en 2009. Le début de son envol.

Dans l’antichambre de la Premier League, Steven Nzonzi se forge un physique. "Beaucoup dans l’équipe pensaient que je ne pourrais pas m’imposer, rembobine-t-il.. Parce que j’ai toujours eu ce gabarit grand et assez fin, ça ne semblait pas coller avec un Championnat très rugueux physiquement, mais moi, je n’ai pas douté. Le coach (Sam Allardyce) m’a fait enchaîner les matchs et les trois années passées là-bas m’ont fait énormément progresser." Suivront une année à Stoke City et un fameux but contre Liverpool, avant qu’il ne succombe à la drague sévillane.

Steven peut beaucoup nous apporter, il a pour lui une aisance technique avec une taille imposante.Didier Deschamps

À l’origine de sa venue (pour 10 millions d’euros), le très francophile directeur sportif espagnol Monchi décrit ainsi l’une de ses plus belles trouvailles : "Steven a dû continuellement se battre contre son apparence. Son physique est celui d’un joueur costaud, fort et puissant, alors qu’au fond, sa caractéristique principale est sa technique et la coordination de ses longues jambes." Ce qui s’est vite vu en Espagne, où même les joueurs défensifs doivent savoir manier le ballon. 

"Si je me sens fort sur un terrain ? Il n’y a que Messi, Neymar ou Ronaldo qui peuvent dire ça. Moi je me sens bien, sourit-il. À Séville je m’épanouis. Avec Unai Emery, j’ai appris à tout donner, à être toujours à fond, même quand je ne joue pas." Un discours qui (aussi) dû plaire à Didier Deschamps. Lequel, jeudi 17 mai au soir après le JT, quand il a dû de nouveau évoquer le cas Nzonzi en conférence de presse, a dit ceci : "Steven peut beaucoup nous apporter, il a pour lui une aisance technique avec une taille imposante." Ultime preuve que le Français a définitivement transformé son grand handicap en atout décisif.

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