Équipe de France : comment Paul Pogba a enfin assumé le poids des attentes

COUPE DU MONDE
LCI

à lire et à regarder sur

FOOTBALL - Remplaçant chez les Bleus au mois de mars et focalisant les critiques, Paul Pogba a renversé la table durant cette Coupe du monde 2018, par ses performances sportives (il a notamment marqué un but dans cette finale face à la Croatie), mais surtout par son attitude.

L’offensive médiatique de Paul Pogba, après quasiment quatre ans de mutisme, et tandis qu’il était en train de perdre son statut de titulaire indiscutable aux yeux de Didier Deschamps, avait été jugée quelque peu malvenue par le grand public. Une "Pogsérie" d’interviews, de mars à mai 2018, sur Canal+, mais surtout un entretien coup de poing publié début mai par France Football dans lequel il déclarait : "Je veux prendre les rênes de l'équipe de France." Ou : "C'est comme si on me disait : 'Je veux que tu sois patron', mais qu'on ne me donne pas les clés.' Le milieu a publiquement réclamé de se retrouver de nouveau au centre du jeu dans cette Coupe du monde. Cela ne se fait pas, normalement.

Moi, je ne joue pas un rôle, être leader, c'est quelque chose que j’ai dans le cœur.Paul Pogba

Le joueur a de nouveau pris la parole le 17 juin, au lendemain de l’entrée en lice contre l’Australie (2-1), qui l’a vu directement impliqué dans les deux buts  tricolores. Sur le plateau de Téléfoot, il est ainsi revenu sur ses propos de mai : "J’ai dit que je voulais devenir le patron dans cette équipe, mais ce ne sont que des paroles. En vrai, ça se passe sur le terrain. Moi, je ne joue pas un rôle, c'est quelque chose que j’ai dans le cœur. Après, ce sont les coéquipiers et le coach qui font de vous un leader, naturellement."

Alors présent à ses côtés, le sélectionneur a dégusté ses paroles, apportant cette précision : "Paul dit ça parce qu’il a besoin de ressentir de la pression, il ne faut pas qu’il s’installe dans une zone de confort. (…) Depuis que je le connais, il a toujours eu une attitude par rapport à un collectif. Alors ce n’est peut-être pas ce qu’on ressort de lui, parce qu’il tente certains gestes qui ne sont pas forcément efficaces. Mais il est dans ce registre créatif et je sais que s’il n’est pas bon mais que l’équipe gagne 1-0, il sera plus heureux que si c’est l’inverse. C’est tout ce qui compte pour moi."

Depuis son plus jeune âge, Paul Pogba est une star du foot. Une de ces individualités tellement talentueuses qu’elle font toujours de l’ombre au collectif. Quand Didier Deschamps parle de "certains gestes qui ne sont pas forcément efficaces", il évoque ces fantaisies techniques que le milieu se sentait obligé de tenter pour justifier son statut, et qui provoquaient des pertes de balle très risquées. Des gestes que Didier Deschamps s’est longuement, et parfois douloureusement, appliqué à gommer depuis la première sélection du jeune homme, à 20 ans, début 2013.

Dans son jeu, Paul n’a pas trop changé en fait, c’est votre regard qui a changé. Antoine Griezmann

Ce n’est que dans ce Mondial que l’on a fini par cueillir les fruits de ce travail de sape. Samuel Umtiti : "Sur le terrain, il a fait pas mal d'efforts. Pour bosser pour le collectif. Il le faisait peut-être aussi avant. Mais là, il le fait beaucoup plus. Il aide tout le monde et je pense qu'on en avait besoin pour cette compétition. C'est sur ce point qu'il a vachement progressé. Il a eu une très bonne évolution durant cette compétition." Outre une nouvelle sobriété dans ses dribbles et ses passes, Paul Pogba va au charbon, c’est-à-dire au duel. Il court désormais aussi sans le ballon. Au point d’avoir égalé le record du nombre de duels remportés par un Bleu dans un match à élimination directe de Coupe du monde, datant... de 1998.

Mais c’est surtout par la voix que le milieu a pris de l’ampleur et de la consistance. Antoine Griezmann : "Dans son jeu, Paul n’a pas trop changé en fait, c’est votre regard qui a changé. Il travaille pour l’équipe, récupère et fait tourner le ballon. Après, le fait d’être devenu capitaine à Manchester United cette saison l’a aidé. Il s’est plus ouvert au vestiaire. Il parle beaucoup plus, quand il faut. Il donne des conseils et motive les troupes."

Avant le Mondial, j’avais dit des choses et on l’a mal pris. Là, si je répète la même chose, on le prendra bien.Paul Pogba

Florian Thauvin a détaillé : "Paul n'hésite plus à prendre la parole, à la fin, par exemple, d'une séance d'entraînement la veille d'un match pour avertir tout le monde, nous prévenir qu'il va falloir se mettre dedans, que demain on a un match qui nous attend, qu'il ne veut pas sortir de cette compétition." Après la victoire (1-0) contre la Belgique en demi-finales, on a aussi vu le joueur s’atteler à calmer tout le monde juste après le coup de sifflet final, pour ne pas que le groupe sombre dans une euphorie dangereusement prématurée, comme en 2016.

Paul Pogba a, lui, ainsi décrit le processus de cette transformation, sa transformation, à trois jours de la finale : "Avant le Mondial, j’avais dit des choses et on l’a mal pris. Là, si je répète la même chose, on le prendra bien. Je n’écoute pas les critiques, mais elles reviennent à mes oreilles quand même. On ne me parle plus de marquer des buts, d’être décisif, on apprécie le travail défensif que je fais... On est moins sur moi. Les autres joueurs m’ont énormément aidé. La partie défensive n’est pas mon fort alors pendant les matchs, ils me parlent sans arrêt, 'reviens', 'mets-toi là', Antoine (Griezmann) n’arrête pas, il me positionne tout le temps et je progresse, je prends en maturité. Je grandis. Non, disons plutôt qu’on m’a fait grandir. Maintenant, je défends avec plaisir." Maintenant, il fait enfin corps avec les Bleus.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Coupe du monde de football 2018 en Russie

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter