France-Croatie : gagner la Coupe du monde, c'est vraiment bon pour l'économie ? Attention aux conclusions hâtives

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INTERVIEW - Si la France gagne la Coupe du monde de football dimanche, faut-il forcément s'attendre à une embellie économique ? Pas si sûr. Et pas si simple. Pour LCI, l'économiste Mathieu Plane démystifie les idées reçues sur les bénéfices d'une victoire en Coupe du monde.

Les Bleus font rêver les Français. Même Bruno Le Maire. Mercredi matin sur le plateau de France 2, le ministre de l’Economie et des finances, a estimé que la qualification en finale de l'équipe de France était quelque chose de "bon pour la croissance". Gagner contre la Croatie dimanche 15 juillet serait donc aussi bon pour les supporters que pour les économistes ? Pour y répondre LCI a interrogé Mathieu Plane. Chercheur au sein de  l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE), il est le directeur adjoint du département d'analyses et de prévisions économiques.

LCI : Une victoire à la Coupe du monde peut-elle provoquer un regain de croissance, comme l’a laissé entendre le ministre de l’Economie ?

Mathieu Plane : Il y a un indéniablement un phénomène de bulle d’optimisme, ce qui fait toujours du bien à un pays. Mais il ne faut pas le surinterpréter. Si l’hypothèse de Bruno Le Maire est avérée, et qu’on observe une croissance, alors il faut comprendre par quels types de canaux elle est passée. Car en ce moment on observe seulement trois secteurs dont la croissance est liée à la Coupe du monde. L’électroménager, notamment par l’achat de téléviseurs, accéléré par le nombre de matchs, les fréquentations des bars et restaurants et les retombées économiques dans des secteurs comme le pari ou les médias. Mais ces trois domaines ne sont pas assez importants pour porter l'économie. Cumulés ils ne changent pas grand-chose en terme de croissance. Surtout la vente de télévision, puisque nous n’en produisions pas, nous les importons. Ce sont donc des effets sectoriels assez marginaux. Et surtout ils ne sont pas permanents.

LCI : Pourtant une étude réalisée en 2006 par une banque néerlandaise (ABN Amro) montre que, mise à part quelques exceptions, il y a un phénomène du "gagnant emporte tout". Selon eux, le pays victorieux bénéficie d’une croissance économique moyenne de 0.7% l'année d'après, alors que le perdant souffre d’une perte de 0.3%. Alors mythe ou réalité ?

Mathieu Plane : Cette étude est surréaliste. Elle se base sur des données purement statistiques. Mais avant de juste regarder le PIB, il faut montrer quelles sont les vraies causes de la croissance pour chaque pays. Par exemple en France, en 1998, nous remarquons un réel impact de la Coupe du Monde. Mais nous étions le pays organisateur, c'est donc une situation totalement différente. De la même façon, cette année si nous gagnons, le hasard veut que nous soyons à nouveau dans une année de croissance, dans une période de reprise, amorcée bien avant le début des matchs.

Evidemment la victoire peut venir s’ajouter à cette année de reprise, mais elle n’en sera pas la cause. Il faut faire attention à ne pas faire de corrélations hâtives. Mathieu Plane

LCI : En cas de victoire, le pays vivra certainement une période d'euphorie. Le bien être d’un ménage n’a pas d’impact sur sa consommation ?

Mathieu Plane : Une victoire modifie les perceptions des ménages, c’est indéniable. Mais ce sont des épiphénomènes, rarement permanents, et surtout il y a un contrecoup certain dans l’année. Car les ménages sont assez vite rattrapés par la réalité de leurs contraintes budgétaires. Et puisqu’on observe qu’ils ne prélèvent pas sur leur épargne, alors obligatoirement ils s’arrêtent dans les mois d’après. Leurs finances ne permettent pas de continuer à consommer comme avant. Alors en termes de croissance sur un an ça ne change rien.

LCI : Le monde entier aura les yeux rivés sur la France dimanche. Cette image positive que peut renvoyer un pays à l’international a-t-elle des conséquences économiques ?

Mathieu Plane : Oui je pense que s’il y a un effet positif il est là. La victoire en Coupe du Monde fait de la publicité à l’international. On va parler de la France qui revient sur tous les plans. Mais cette image est liée à bien d’autres choses qu’une seule victoire. Déjà nous observons depuis quelques temps qu’à travers le monde il y a un sentiment général que la France a la gagne. Les investissements étrangers sont remontés, la France est plus attractive, au sein d’une zone de stabilité. Il y a plein d’autres facteurs à la croissance. Mais l’économie est rattrapée par la réalité : le Brexit, la montée du prix du pétrole, les taxes des importations aux Etats-Unis. Tant de choses infiniment plus influentes sur l’économie. Si la France va bien il ne faut pas se cacher derrière la Coupe du Monde pour l’expliquer. Ce n’est pas ce qui fait les cycles économiques. Après, une victoire de la France serait formidable. Et il est certain que ça ne peut qu’être bénéfique.

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