1939-1945 : des architectes en mission

CULTURE

EXPOSITION – La Cité de l'architecture et du patrimoine, à Paris, présente jusqu'au 8 septembre ''Architecture en uniforme, projeter et construire pour la seconde guerre mondiale''. Un parcours qui plonge le visiteur dans un monde de bunkers, d'abris anti-aérien, de villes rasées et d'usine militaire gigantesque.

Edifications de bunker, camouflages d'aérodrome, plans de reconstruction de ville rasée... pendant la Seconde guerre mondiale, la mobilisation des architectes a été de taille. Pour découvrir leurs travaux, rendez-vous à la Cité de l'architecture et du patrimoine, à Paris, qui présente jusqu'au 8 septembre l'exposition ''Architecture en uniforme''. En préambule, une galerie de portraits des grands constructeurs de cette époque accueille le visiteur. Parmi eux : plusieurs Français dont Le Corbusier, qui collabora avec Vichy, Auguste Perret, premier président de l'Ordre des architectes créé en 1940, ou le résistant Jean Prouvé.

Le parcours débute ensuite violemment avec des photos et des films d'époque présentant les ravages causés par l'aviation. De la ville espagnole de Guernica, détruite en 1937, à Londres, terrorisée par le Blitz – campagne de bombardements massifs entre 1940 et 1941 – en passant par la destruction à 93% du centre historique de Cologne, aucun pays n'est épargné. Les architectes ont beau concevoir des abris anti-aérien, ceux-ci se révèlent souvent dérisoires face à la violence des attaques. B-17, B-24, JU52, JU290... sur deux grandes toiles suspendues au plafond, le public peut d'ailleurs découvrir les silhouettes des avions classés en fonction de leur camp.

L'invincibilité du Mur de l'Atlantique

Suit la présentation des innovations liées au manque de matière première ou à la nécessité de se plier à certaines obligations comme celles du black-out, qui imposait d'éteindre toute source lumineuse pour échapper aux bombes. Aux Etats-Unis, la première usine sans fenêtre est ainsi construite. En France, Jean Prouvé et Le corbusier dessinent, eux, des plans d'''écoles volantes'' constituées de bâtiments transportables censés suivre les populations en exode. Les préfabriqués se multiplient également à l'instar du port artificiel de Mulberry, bâti à Arromanches en Normandie, pour permettre le débarquement. Plusieurs affiches allemandes, éditées en français, vantent, par ailleurs, l'invincibilité du Mur de l'Atlantique, série de bunkers qui s'étalaient sur 2685 kilomètres entre la Norvège et les Pays Basques.

Quatre macro-projets sont également présentés ici dont celui du Pentagone de Washington conçu par une centaine d'architectes. Grâce à son plan étoilé, constitué de 5 anneaux et de 10 embranchements radiaux, les employés ne mettent jamais plus de 7 minutes à rejoindre un bureau malgré les 26 kilomètres de couloirs ! Les constructions d'Auschwitz en Pologne, d'Oak Ridge, lieu de naissance américain de la bombe atomique, et de Peenemünde, base de lancement des fusées V2 dans la Baltique, sont également détaillées via des schémas, des images et des photos satellites.

Enfin, l'exposition s'achève sur la reconstruction qui occupa les architectes dès 1941. Une section qui permet notamment d'admirer une grande maquette de la nouvelle ville de Gien, imaginée par André Laborie, ou les plans de la gare d'Amiens dessinées par Auguste Perret. Des plaies architecturales qui furent pansées jusqu'au milieu des années 1950.

''Architecture en uniforme'' jusqu'au 8 septembre à la Cité de l'architecture et du patrimoine , Paris XVIe. Tarifs : de 3 à 9 €. Infos : 01 58 51 52 00.

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