A Paris Photo, des galeristes exposent leur Amérique envers et contre Trump

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FENÊTRES SUR LE MONDE – La foire internationale Paris Photo ouvre ses portes au public jusqu’à dimanche 13 novembre au Grand Palais. Au lendemain de la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles, les photographies américaines semblent avoir changé de couleur.

Mercredi 9 novembre, alors que la victoire de  Donald Trump à la présidentielle américaine devenait une réalité, les galeristes peaufinaient leur stand à Paris Photo. Hasard du calendrier, la 20e édition de cette foire internationale accueille une trentaine de galeries américaines, sans compter celles qui exposent des photographes et thèmes made in USA.

C’est le cas de Caroline Smulders, qui propose un "solo show" de Gerard Malanga. Cet artiste américain a été le proche collaborateur d’Andy Warhol dans les années 70, de sa Factory et de sa clique new-yorkaise, immortalisée dans de magnifiques portraits de Bob Dylan, Robert Mapplethorpe ou le Velvet Underground. "Malanga était peut-être le témoin le plus sincère, le plus intime de tout ce qui s’est passé à la Factory", explique Caroline Smulders. "Warhol avec ses airs timides avait réussi à concentrer en un seul endroit toute la sphère artistique de cette époque, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. On a l’impression, à travers leurs photos, qu’ils sentaient qu’ils étaient très en avance par rapport à leur époque. Pour moi, c’est vraiment un message d’espoir, d’une énergie fantastique."


Dans l’atelier de Malanga, la galeriste est tombée sur une série inédite de nus, nés d’un culot inimaginable a posteriori : "La série s’intitule ‘Good girls’ et montre qu’à l’époque, en 1975, on pouvait aborder une fille dans la rue et lui dire : ‘je suis photographe, est ce que vous voulez poser pour moi ?’ On ne photographie plus les filles comme ça aujourd’hui." Encore moins à New York après Giuliani et le 11-Septembre.

Une autre Amérique qu’on ne photographie plus, c’est celle de Danny Lyon. Terry Etherton est venu de Tucson, en Arizona, pour présenter son travail. Le patron de la Etherton Gallery se dit "très fier et honoré d’être pour la première fois à Paris Photo, la meilleure foire de photo au monde", et "très déçu, franchement inquiet" de l’élection de Trump, dont l’esprit est à mille lieues de celui du photographe qu’il représente depuis 35 ans. "Danny Lyon vient d’avoir 74 ans. A 20 ans, il est allé dans le sud profond pour y photographier le mouvement des droits civiques, et ce qui est devenu son œuvre la plus connue, les Bikeriders (les motards), une série qu’il a réalisée en 1966."


Les tirages en noir et blanc magnifient les outsiders de l’Amérique profonde : ramasseurs de coton, prisonniers, prostituées. "Tout cela serait impossible à photographier aujourd’hui", remarque Terry Etherton. "On croit que Lyon a arrêté la photo dans les années 70 mais c’est faux, il travaille toujours : son dernier film traite d’ailleurs du changement climatique." Pourrait-il photographier l’Amérique de Trump ? "Danny Lyon a déjà tiré le portrait d’un pays qui s’effondre à travers son regard plein d’empathie : la Chine, dans sa série Deep Sea Diver, présentée ici."

Le galeriste en profite pour décoller l’étiquette républicaine qui colle à l’Arizona, Etat majeur pour la photographie aux Etats-Unis : "A Tucson, nous avons une grande université qui abrite le Center for Creative Photography, qui  conserve l’une des plus grandes archives photographiques du monde. Beaucoup d’artistes vont y travailler ou faire des recherches, et ma galerie entretient des rapports étroits avec eux. Tucson a 1 million d’habitants, ce n’est pas une très grande ville, mais sa culture photographique attire des gens du monde entier." En laissant leur opinion politique dans la chambre noire. 

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