Attentats du 13 novembre : un an d'émotions en musique

CULTURE

Les attentats du 13 novembre restent encore très présents dans les esprits du monde entier.

La belle Equipe, le Bataclan, la Bonne bière, le Petit Cambodge, le Comptoir Voltaire, Le Carillon ... Le 13 novembre 2015, 130 personnes perdaient la vie en terrasse, dans un restaurant, durant un concert de rock. Une tuerie qui a profondément marqué la société française, sa politique et son quotidien. Tour à tour simples citoyens ou fer de lance d'un mouvement musical, plusieurs artistes français se sont mis au diapason de cette France post-attentats qui change. Entre ode à la vie enragés et déclarations d'amour passionnées à la capitale, de l'horreur a émergé une certaine forme de solidarité artistique. 

Des déclarations d'amour à la ville de Paris

En mettant un poème d'Amin Maalouf, prix Goncourt en 1993, en chanson, le trompettiste Ibrahim Maalouf a travaillé à sur commande du Ministère de l'Education Nationale. Enregistrée en janvier 2016, un an après les attentats de Charlie Hebdo et deux mois après ceux du 13-Novembre, en compagnie de Louane et de l'Orchestre National de France, le musicien livre un essai d'éducation civique où l'on décèle une véritable déclaration d'amour à la ville de Paris.  

Parler aux jeunes scolarisés en invitant l'une de leurs chanteuses les plus populaires était l'un des symboles forts de cette année musicale post-attentats. Vincent Delerm, lui, chante son amour de la vie avec "Je ne veux pas mourir ce soir", sorti en septembre dernier. S'il se défend d'avoir écrit cette chanson en réponse aux attentats, son titre évoque pourtant tout cela, en délicatesse. Jarvis Cocker avait, lui aussi, mis en ligne une chanson inédite, dédiée à la ville de Paris intitulée "Paris Je t'aime". 

Un peu plus de deux semaines après les attentats de novembre, Nekfeu publie un clip en hommages aux victimes. "Les bruits de ma ville", y évoque son attachement vicéral à la capitale en mettant à l'image des ruelles de Montmartre, entouré de ses potes, symbole de "vivre ensemble". "Bercé par le bruit des sirènes, la symphonie des balles résonne dans ta ville (…) Des cauchemars et la nuit je dors mal, car mon pote est mort là comme si c’était normal. Mon pote est mort là sans même me dire 'Au revoir'", rappe-t-il. 

Quelques jours après les attentats, Nekfeu s'était allié à Christine and the Queens, pour animer une émission de "radio éphémère" où, pendant six heures, de nombreux artistes sont venus discuter et proposer des chansons. Après les attentats, la chanteuse confiait son envie de "se relier aux autres" et son "besoin de faire de la musique". "Ca a rendu encore plus nécessaire des choses qui l'étaient déjà", expliquait-elle. Sur le plateau de TF1, elle avait expliqué que sa position d'artiste et son rôle, la questionnait beaucoup. 

En vidéo

Sur TF1, Christine and the Queens évoque sa "conscience citoyenne" après les attentats de Paris

Des odes à la vie enragés

Lorsque vous prononcez le nom du "Bataclan" devant un artiste qui s'est produit sur cette scène, c'est souvent avec émotion qu'il évoque son concert. A l'occasion du Disquaire Day dont ils étaient les parrains cette année, le groupe Metallica a ressorti un album live enregistré au Bataclan en 2003. Intitulé Liberté, Egalité, Fraternité, Metallica, cet album avait été enregistré lors de la tournée évènement où le groupe s'était produit trois fois en une soirée, dans trois salles différentes. Toutes les recettes de l'album enregistré au Bataclan vont à "Give for France", une initiative internationale de levée de fonds lancée par la Fondation de France pour les familles des victimes et les blessés des attaques de Paris et Saint-Denis. 

Dans le même registre, les Bérurier noir criaient leur rage au lendemain des attentats de Paris avec un titre intitulé "Mourir à Paris". A l'origine, ce morceau avait été écrit en janvier 2015, après la tuerie de Charlie Hebdo mais n'avait été "libérée publiquement" qu'après le 13-Novembre. Un morceau dédié à "A nos ami.e.s du Bataclan, du Petit Cambodge, de Charonne et de la Fontaine au Roi... A nos soeurs et frères d'Irak, de Syrie, du Liban, de Libye et d'ailleurs qui vivent ces atrocités au quotidien", écrivent les musiciens. 

Des appels à la tolérance

Ne pas tomber dans la haine et la peur, tel est le message de certains artistes au lendemain du 13-Novembre. Kaddour Hadadi, connu sous le nom de HK et les Saltimbanks, a publié un clip sur sa chanson "Ce soir nous irons au bal" écrite au lendemain des attentats du 13 novembre. "Ils voudront nous diviser. Du premier jusqu'au dernier. Chercheront à petit feu. A étouffer nos libertés", met en garde cet artiste engagé. Dans la même veine, le rappeur Kery James a sorti "vivre ou mourir ensemble", un an après les attentats de Charlie-Hebdo. Sur facebook, il a estimé que la France était face à "un défi majeur". "Après ce drame choquant, traumatisant et après l'émotion, chacun d'entre nous va devoir faire face à un défi majeur pour l'avenir de ce pays. Nous allons devoir choisir entre l'unité et la division souhaitée par les extrémistes de tous bords (...) Nous étions tous des cibles potentielles et nous le restons. Alors essayons d'être justes, raisonnés et solidaires dans cette épreuve", écrit-il.

Autre appel à la paix, "Les enfants du Paradis", de Damien Saez, sorti cette semaine. Une balade au piano sans artifice ni refrain qui évoque "des guerres, des champs d'horreur" où il faut "faire de la terre des champs de fleurs". Le chanteur entamera d'ailleurs une tournée en décembre prochain et donnera trois concerts au Bataclan, les 21, 22 et 23 décembre 2016. La tolérance et faire revivre le Bataclan, telles sont les missions dont se sont investis quelques-uns des artistes qui se produiront dès la réouverture de la salle. 

Faire revivre le Bataclan

"Tout changer pour ne rien changer", telle était l'idée des gérants de la salle pour sa réouverture. Pour Sting, qui donnera le premier concert dans la salle depuis les attentats, "jouer au Bataclan, c’est atteindre deux objectifs. D’abord se souvenir et honorer la mémoire de ceux qui ont laissé leur vie dans cet endroit il y a un an. Et ensuite célébrer la vie et la musique, tout ce que représente ce lieu historique", explique-t-il.  Marianne Faithfull s'y produira le 25 novembre prochain. La chanteuse a glissé quelques mots de son concert à nos confrères de l'AFP : "Je ne pensais pas du tout à chanter au Bataclan. On me l'a demandé et j'ai été très contente. Je ne dirai rien à propos de cette nuit-là (mais) le fait que je fasse le concert et le fait que j'aie écrit la chanson "They Come at Night" ("Ils viennent la nuit") parlent d'eux-mêmes. C'est la seule chose que je pouvais faire. La musique peut panser les plaies, c'est pour cela que chanter au Bataclan est une bonne chose." 

Quant à cette renaissance de la salle, c'est sans doute Daniel Psenny, journaliste au Monde et victime des attentats qui en parle le mieux. Pour lui, elle montre que "les terroristes n'ont pas gagné" et "qu'on est plus fort qu'eux".

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