"Zack Snyder’s Justice League " : chef d’œuvre absolu ou étrange anomalie ?

Zack Snyder (à droite) dirige Ben Affleck et Gal Gadot sur le tournage de "Justice League".

SUPERHEROS - Nouvelle mouture du blockbuster bancal de 2017, "Zack Snyder’s Justice League" sort ce jeudi en VOD. Une épopée foisonnante de quatre heures où le cinéaste laisse libre court à son style flamboyant, tout en donnant de l’air à ses personnages.

Pour ses détracteurs, Zack Snyder est au cinéma ce que Richard Orlinski est à l’art contemporain. Ou David Guetta à la musique électronique. Pour ses amateurs, c’est l’un des rares et derniers cinéastes hollywoodiens à posséder une patte formelle reconnaissable entre mille. Lumières métalliques, ralentis déviant la gravité, trucages numériques à gogo, le tout saupoudré de tubes rock soulignant les tourments émotionnels des personnages…

Grand fan de comics, cet enfant de la pub s’était fait les crocs avec les Watchmen de Frank Miller en 2009, avant que la Warner lui confie l’année suivante la résurrection de Superman avec Man of Steel, premier volet d’une trilogie précédant Batman v. Superman puis Justice League, réunissant les deux stars de DC Comics avec Wonder Woman, Aquaman, Flash et Cyborg.  

La mort soudaine de sa fille Autumn en mai 2017 va pousser Zack Snyder à abandonner le navire en phase de post-production, le studio recrutant alors Joss Whedon, l'homme derrière les deux premiers Avengers de Marvel, pour superviser le montage mais aussi diriger des scènes additionnelles faisant grimper la facture déjà bigrement salée. 

Avec 650 millions de dollars de recettes mondiales, le film ne rentre pas dans ses frais. La faute à un bouche-à-oreille médiocre, les puristes estimant que Whedon a trahi le rêve de Snyder d’une langoureuse épopée apocalyptique au profit d’un blockbuster trop lisse à destination du public le plus large possible. A la baguette en coulisses, le patron de la Warner Kevin Tsujihara a eu tout faux…  

Deux heures de bonheur en plus

Soutenu par les fans, et sans doute porté par le carton de Wonder Woman et Aquaman en solo, le cinéaste annonce en mai 2020 avoir le feu vert de la plateforme HBO Max pour la diffusion de sa version du film, après avoir revu et corrigé montage, musique et effets spéciaux. Zack Snyder’s Justice League, c’est son titre un brin pompeux, dure pas moins de 4 heures, 2 minutes 4 secondes, générique inclus, soit le double du film d'origine. Et rien que pour ça, le résultat vaut le coup d’œil.

Dans son déroulement, le scénario de Chris Terrio reste globalement le même. Après la mort de Superman, Bruce Wayne (Ben Affleck) monte une équipe de superhéros afin d’affronter le grand vilain Steppenwolf (Ciaran Hinds) et les forces démoniaques qui menacent la Terre. Wonder Woman (Gal Gadot) et Aquaman (Jason Momoa) prennent de l'épaisseur. Mais ce sont surtout Cyborg (Ray Fisher) et Flash (Ezra Miller) qui gagnent ici au change, passant de seconds couteaux bâclés à personnages à part entière.

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Sur le fond comme sur la forme, Zack Snyder ne s’est pas converti à l’épure minimaliste des frères Dardenne. Reste que sous l’avalanche d’effets spéciaux, ce mastodonte exsude une noirceur inhabituelle dans ce genre de production hollywoodienne. Le deuil, qu’il soit affectif, physique ou spirituel, hante chacun des protagonistes. Et sans doute le cinéaste lui-même puisque le film est dédié à sa fille défunte.

Au-delà, ce projet gargantuesque interroge sur l’avenir de ces superproductions, conçues comme la vitrine d’une grande entreprise marketing allant du multiplexe au magasin de jouets. Rien ne dit qu’elles survivront au coronavirus et à la reconfiguration sans doute inévitable de l’industrie cinématographique. Et si, à sa manière foutraque et foisonnante, et au fond plus libre, ce Justice League revu et corrigé augurait une voie nouvelle pour les films de superhéros ?

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