Le film "Bac Nord" cité par l'extrême droite : une "pure récupération politique", selon le réalisateur Cédric Jimenez

Le film "Bac Nord" cité par l'extrême droite : une "pure récupération politique", selon le réalisateur Cédric Jimenez

POLÉMIQUE - Véritable succès en salles, le film "Bac Nord" a aussi suscité la polémique, cité à de nombreuses reprises par les tenants de l’extrême droite pour étayer des arguments sécuritaires. Une "récupération politique" fustigée par le réalisateur du polar marseillais.

Il a décidé de contacter lui-même France Inter pour défendre son film et éloigner ce qu’il considère de "de la pure récupération politique" de son œuvre. Vendredi 8 octobre, Cédric Jimenez, réalisateur de Bac Nord, qui depuis sa sortie le 18 août dernier est cité en exemple par plusieurs politiques d’extrême droite, déclarant voir dans le long métrage l’illustration de problèmes sécuritaires. 

Inspiré d’un véritable scandale qui avait éclaté au cœur de la Brigade anticriminalité (BAC) sur les hauteurs de la cité phocéenne en 2012, lorsque 18 policiers avaient été placés en garde-à-vue notamment pour trafic de drogue, le film a rencontré un large succès, avec près de deux millions d’entrées. 

Discret jusqu’alors, préférant "ne pas remettre une pièce dans la machine", le cinéaste est finalement monté au créneau, après avoir notamment vu Marine Le Pen se référer à son polar à diverses reprises. Sur Twitter, la candidate du Rassemblement national avait notamment réagi à l’attaque de policiers de la Bac Nord par des tirs de kalachnikov : "Et certains persistent à dire que le film "Bac Nord" ne reflète aucune réalité", s’était-elle irritée. 

Le polémiste Eric Zemmour, candidat potentiel à la présidentielle, avait aussi puisé dans les scènes du film pour appuyer l’un de ses propos au cours du débat qui l’opposait à Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV le jeudi 23 septembre. Décrivant selon lui des "places fortes étrangères", dans lesquelles "on ne veut pas de la France", il a estimé que le long-métrage permettra de percevoir "la réalité de la police aujourd'hui dans les cités". "Vous voyez qu'ils ne peuvent pas rentrer, ils sont moins armés que les caïds de la drogue qui les méprisent", a-t-il affirmé.

"Je ne veux pas être associé à eux"

Confronté à un tel écho politique, "j’ai détesté", a lancé de but en blanc le réalisateur au micro de France Inter. "Moi je ne suis pas du tout d’accord avec eux, je ne veux pas être associé à eux", s’est défendu Cédric Jimenez. "Ils ne représentent pas nos valeurs." Affirmant qu'"un film reste un film", il a assuré que son long métrage "ne raconte pas l’ensemble des quartiers Nord" et a refusé qu'il "serve leur campagne pseudo sécuritaire". Et de tacler : "Si un film devient un argument de campagne sur la sécurité, c’est déplorable."

Le cinéaste a notamment rappelé être né dans ces quartiers Nord, dont il garde "de super souvenirs" : "Il y a une grande diversité et beaucoup de joie". "La cité ce n’est pas Bac Nord", a-t-il martelé. Bac Nord, c’est une affaire policière. Le film ne s’appelle pas quartiers Nord !" "Je ne dis pas que la banlieue, c’est Bac Nord", avait-il déjà déclaré le 3 octobre dernier sur France Culture. Accusant notamment Eric Zemmour d’interpréter le film "d’une mauvaise façon", Cédric Jimenez redoute sur France Inter que ce type de discours ne véhicule une image délétère de ces quartiers : "À force de tambouriner le message, les gens pensent que c’est vraiment comme ça", dit-il.  

Le réalisateur a également rappelé que le polar avait été tourné en 2019, hors de tout contexte électoral, et expliqué d’avoir refusé d’attendre que la campagne prenne fin pour sortir Bac Nord sur les écrans. Estimant que se référer à un film pour faire campagne "n’est pas sérieux", "il faut au contraire ouvrir le dialogue social, former les flics pour plus de pédagogie, pour qu’ils soient prêts à communiquer avec les quartiers", a-t-il préconisé en guise de conclusion. 

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En juillet dernier, Bac Nord avait déjà créé la polémique lors de sa présentation au Festival de Cannes : Fiachra Gibbons, un journaliste irlandais avait accusé l’équipe du film de donner du grain à moudre au RN, affirmant qu’à ses yeux, la plupart des habitants des cités filmées étaient caricaturées en "bêtes". "On est dans une année d’élection", avait-il expliqué. "Moi j’ai vu ça avec l’œil d’un étranger, et je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça." 

"J'espère que Marine Le Pen ne va pas passer grâce à moi, ça m'emmerderait...", avait répondu Cédirc Jimenez, décontenancé par l'intervention. Se défendant d’avoir voulu "prendre parti" pour les policiers, il avait expliqué vouloir en revanche montrer "à quel point leur travail est plus complexe qu’on ne le pense", soulignant le manque de moyens dont pâtissent selon lui à la fois les brigades, mais aussi les associations de ces quartiers. 

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