"Ce serait une catastrophe pour nous" : le cinéma craint un report de la réouverture des salles

La France sera-t-elle prête pour le déconfinement annoncé le 15 décembre ? Les derniers chiffres de l'épidémie font naître des doutes chez les scientifiques et au sein du gouvernement. Avec plus de 10.000 contaminations quotidiennes constatées, l'objectif fixé par Emmanuel Macron ne pourra être atteint. Plusieurs mesures sont donc envisagées par le gouvernement...

RECONFINEMENT - Face aux chiffres encore alarmants de la pandémie de coronavirus, le gouvernement pourrait décider de pas rouvrir les salles de cinéma le 15 décembre prochain. Une décision qui serait lourde de conséquences pour le secteur comme l’explique à LCI Alexandre Mallet-Guy, le patron de la société Memento Films.

Emmanuel Macron avait annoncé la couleur. Lors de son allocution le 24 novembre dernier, le chef de l’Etat promettait la réouverture des salles de cinéma, comme des théâtres, le 15 décembre prochain sous réserve que les objectifs sanitaires du gouvernement dans la lutte contre la pandémie de coronavirus soient atteints. Alors que la barre des 5.000 contaminations par jour avaient été fixées, c’est plus du double qui encore été enregistré ce lundi. De quoi remettre en question le retour des spectateurs dans les salles obscures ? "Tout ce qui est prévu au 15 décembre n’aura peut-être pas eu lieu au 15", glisse à Libération un conseiller ministériel, dans l’attente des décisions du prochain conseil de défense, qui se tiendra demain.  

 

Du côté des professionnels du cinéma, c’est avec un mélange d’inquiétude et de résignation qu’on attend les désormais traditionnelles annonces de Jean Castex, ce jeudi. "Ne pas rouvrir le cinéma le 15 serait une catastrophe pour nous", confie à LCI Alexandre Mallet-Guy dont la société Memento Films avait prévu d’affronter le mastodonte américain Wonder Woman 1984 le 16 décembre avec Mandibules, la nouvelle comédie déjantée de Quentin Dupieux, interprétée par David Marsais, Grégoire Ludig et Adèle Exarchopoulos. "La promo est lancée, on était hier sur le plateau de 'Quotidien' avec les acteurs, la campagne d’affichage commence aujourd’hui… Pour nous il est trop tard pour faire machine arrière." 

Un véritable casse-tête de programmation

En cas de nouveau report, distributeurs et exploitants risquent de se retrouver dans une situation inextricable en termes de programmation. Outre les nouveautés du 16 décembre, les salles avaient en effet prévu de faire de la place pour les films qui cartonnaient avant le reconfinement – 30 jours max, Adieu les cons – et ceux dont la sortie a été brisée en plein vol fin octobre comme ADN ou Garçon chiffon. "Mécaniquement elles ne pourront pas accueillir tous ces films. Et forcément il va y avoir de la casse", prédit Alexandre Mallet-Guy, dont la société a déjà été rudement éprouvée par le premier confinement. 

 

Le 11 mars dernier, Memento Films venait en effet de sortir La Belle Épouse lorsqu'après un joli démarrage, le film s’était retrouvé privé d’écrans une semaine plus tard lors du premier confinement. Revenue sur les écrans durant l’été, la comédie de Martin Provost est parvenue à attirer plus de 700.000 spectateurs, "alors qu’on aurait dû faire le double en temps normal", estime le distributeur. "Or c’est un film qui devait aussi nous permettre de financer des investissements à venir sur des films plus compliqués."

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La situation est d’autant plus frustrante que le Centre national de la cinématographie (CNC) a insisté ces derniers mois auprès des distributeurs français, soutien financier à l’appui, pour qu’ils maintiennent leurs sorties en salles. L’objectif ? Sauver le chiffre d’affaires des exploitants, déjà sérieusement plombé par le report de tous les blockbusters américains ou presque. Mais aussi résister à la menace des plateformes de streaming qui seraient ravies d’accueillir quelques gros films français - et les talents qui vont avec - dans leur catalogue.

 

Outre-Atlantique, la Warner a fait sensation il y a quelques jours en annonçant la sortie sur sa plateforme HBO Max de tous ses films prévus en 2021, en simultané avec leur exploitation en salles, du moins celles qui auront rouvert leurs portes. Une décision historique qui a provoqué la colère d’AMC, le plus grand réseau de salles aux Etats-Unis et dans le monde. "Jusqu’ici la France est protégée par la chronologie des médias, qui impose un délai entre la sortie en salles et la diffusion sur les plateformes", observe Alexandre Mallet-Guy. "Mais allons-nous pouvoir continuer longtemps si nous sommes les seuls ?". 

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