Gilets jaunes en colère, hôpital public en détresse : Le film "La Fracture" "prône le dialogue, pas la violence"

Gilets jaunes en colère, hôpital public en détresse : Le film "La Fracture" "prône le dialogue, pas la violence"

ON AIME – En salles ce mercredi, "La Fracture" plonge les spectateurs dans l’enfer d’une nuit aux urgences, un soir de manif de Gilets jaunes à Paris. Une fiction aussi réaliste qu’édifiante pour Catherine Corsini, sa réalisatrice et scénariste.

Le premier grand film sur la crise des Gilets jaunes est né d’une mésaventure personnelle. "Et même d’un accident assez costaud", raconte Catherine Corsini, la réalisatrice de La Fracture, en salles ce mercredi. "Je me suis retrouvée les quatre fers en l’air, près de l’avenue de la République, un samedi soir au troisième acte des Gilets jaunes. J’ai été transportée aux urgences et je ne sais pas si l’état dans lequel j’étais m’a donné des visions, si je me suis inventé un film pour me sortir de la léthargie dans laquelle j’étais pendant toutes ces heures d’attente. Mais j’ai eu le sentiment de sentir les prémices d’un nouveau sujet."

De la réalité à la fiction, Catherine Corsini s’est forgée un double imaginaire à travers le personnage de Raf, une dessinatrice de BD un brin bobo jouée par Valeria Bruni Tedeschi. Elle en train de s’engueuler avec Julia, sa compagne incarnée par Marina Foïs, lorsqu’elle chute sur le bitume parisien. "Comme moi avec ma compagne et productrice", confie la cinéaste. Aux urgences, elle va croiser la route de Yann, un routier victime d’un tir de désencerclement lors d’une manif de Gilets jaunes. Au fur et à mesure que les blessés arrivent, les tensions s’accumulent dans un hôpital où le personnel, au bord de la crise de nerfs, est sommé par la police de donner le nom des manifestants.

Oscillant entre le tragique et l’absurde, la réalisatrice tire les larmes, de rire comme de tristesse, au cours de cette nuit en enfer qui offre un contrechamp inédit aux week-ends qui ont meurtri la France pendant de longs mois. "Quand on voyait les images des manifestations aux infos, on avait l’impression de ne plus voir des individus mais des meutes vitupérant et s’envoyant des projectiles", dit Catherine Corsini. "En voyant les Champs-Élysées en feu depuis mon Xe arrondissement, j’avais même l’impression que Paris était en guerre. Ce qui est intéressant avec le cinéma, c’est de pouvoir s’arrêter, de pouvoir un peu réfléchir, de donner des visages à ces gens et de mieux comprendre leurs revendications."

On peut dire que la France est un peuple de gueulard, mais je pense que c’est un peuple qui tient à ses services publics comme l’hôpital, parce que c’est un lieu qui permet de faire commun- Catherine Corsini

La Fracture brosse également le portrait d’un hôpital public dont le personnel n’a pas attendu la crise du Covid pour crier sa détresse. "La nuit que je décris est particulière, mais la réalité n’est pas très éloignée", insiste la cinéaste qui pour des raisons pratiques, a filmé dans un entrepôt désaffecté en banlieue parisienne. "Si je prends exemple sur l’hôpital de Lariboisière, où j’étais hospitalisée, on y croise les gens de la nuit, des mineurs isolés, des individus en détresse, certains en rupture des hôpitaux psychiatriques. D’autres qui n’ont juste plus les moyens d’aller chez le médecin. Quand je montre le film à des soignants, personne ne me dit que c’est exagéré, à Paris comme en province."

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Construit comme un huis clos sans temps mort, La Fracture dresse un constat édifiant des maux de la société française, à méditer à l’approche de l’élection présidentielle. "Ce qui est certain, c’est que jamais le film ne prône la violence", insiste Catherine Corsini en écho aux propos maladroits de Pio Marmaï sur la Croisette. "C’est un film qui au contraire dit que le dialogue est essentiel alors qu’on est en train d’ériger les gens les uns contre les autres. On peut dire que la France est un peuple de gueulard, mais je pense que c’est un peuple qui tient à ses services publics comme l’hôpital, parce que c’est un lieu qui permet de faire commun. Et faire commun, c’est aussi accepter les différences. Ce qui est la chose la plus importante aujourd’hui."

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