Bertrand Cantat au Zénith de Paris jeudi soir, des féministes appellent à manifester : à quoi faut-il s'attendre ?

Bertrand Cantat au Zénith de Paris jeudi soir, des féministes appellent à manifester : à quoi faut-il s'attendre ?

POLÉMIQUE - Des féministes appellent jeudi à un rassemblement devant le Zénith de Paris, avant le concert de Bertrand Cantat. Le Zénith maintient sa programmation.

"Non, non, tout est maintenu." Aucun dispositif spécial de maintien de l’ordre, hormis le Vigipirate habituel. Pas de pression, au Zénith de Paris, où doit se produire jeudi Bertrand Cantat. La célèbre salle de concert parisienne refuse de céder aux pressions, alors que des féministes appellent à un rassemblement devant l’établissement, pour protester contre le retour sur scène du chanteur.  


"Il est inacceptable qu’un homme qui a agressé et tué une femme soit ainsi célébre", écrit ainsi Osez le féminisme, dans un communiqué appelant à un rassemblement à 19h sur place. Pour le collectif, le chanteur n’a pas sa place sur scène. "Celui-là a 'payé' nous dit-on. Certes, mais on confond ici morale et droit. Avoir 'purgé' sa peine, ne veut pas dire pour autant qu’il  soit supportable de voir un meurtrier se produire sur scène." "Tant que Bertrand Cantat n'exprime pas publiquement des regrets, c'est pour nous d'une indécence insupportable de voir sa photo à la Une des Inrockuptibles, de lire son nom au fronton d'une salle de spectacles", abonde dans un communiqué le réseau "Encore féministes!", qui appelle à se joindre à la mobilisation.

Les derniers concerts se sont bien passés

Début mai, un même appel à rassemblement devant l'Olympia avait poussé la salle parisienne avait à annuler ses deux concerts prévus les 29 et 30 mai invoquant "des risques sérieux de troubles à l'ordre public".  Le Zénith, lui,  ne change pas de cap. 


Depuis les débuts de tournée chamboulés, comme à Grenoble mi-mars, le chanteur a cependant aligné quelques dates, ces dernières semaines, dans une relative tranquillité. Un peu sorti du champ des caméras, il a poursuivi sa tournée à Caen, Rouen, Rennes, Nancy, Toulouse, Marseille, Lausanne, ou encore Nantes, le 4 juin dernier. Là-bas, de mêmes appels à manifester avaient été lancé, mais force est de constater que les appels sur les réseaux sociaux ont moins été suivis sur le terrain. 


A Nantes, selon Presse Océan, elles étaient 8 femmes, issue d’un collectif "La rage des femmes dans ta face" à scander des slogans hostiles au chanteur devant la salle où il se produisait. 

Elles étaient une vingtaine à Rennes, rapporte Ouest-France. A Marseille, le 24 mai, d’après France bleu  Provence, c’est une dizaine de femmes qui ont manifesté derrière une banderole "Pas de scène pour les tueurs de femmes". D’après le média local, "des spectateurs tentent d'entamer un dialogue avec les manifestantes. Dialogue impossible". Souvent, comme le rapporte France Bleu Occitanie à Toulouse, cette même scène semble s'être reproduite : des tentatives d'échanges entre deux parties visiblement irréconciliables, les fans venant voir l'artiste et les opposants estimant qu'il n'a pas à se produire. Ce qui donne lieu à des scènes d'affrontement parfois tendues.

Bertrand Cantat a arrêté de vouloir s'expliquer avec les manifestants, comme il avait tenté de le faire à Grenoble. Il arrive par des entrées dérobées, bien entouré. Mais il tient à remercier ses fans. Pendant le concert de Marseille, il glisse au public : "C'est bien de ne pas se laisser intimider comme vous le faites ce soir", rapporte France Bleu.


Le chanteur filera ensuite à Lille, puis en Belgique, les deux dernières dates avant un long calme plat cet été, période à laquelle les artistes remplissent habituellement leur carnet de commande. Mais face aux polémiques et pétitions, le chanteur avait lui-même renoncé aux festivals d'été. Il avait vu d'autres de ses concerts annulés par des municipalités.

Son retour sera en décembre, avec un concert à Pau, et un autre à Bordeaux, sa ville natale. Bertrand Cantat a progressivement repris son activité publique de chanteur à partir de 2010. Mais sa tournée 2018, où le chanteur s’est davantage mis en avant, en sortant son album solo, suscite des réactions particulièrement hostiles.


Quant à la question de programmer ou non Bertrand Cantat, là encore, les arguments sont les mêmes. Eric Boistard, directeur de la salle de spectacle de Nantes Stéréolux explique à LCI : "Nous ne sommes pas un tribunal, nous sommes une salle de spectacle. On a une programmation, on n'est pas là pour faire un jugement. La question de programmer ou non Bertrand Cantat se pose comme pour un autre artiste.  Si on commence à aller au-delà de la sphère artistique, on est dans quelque chose qu'on ne maîtrise plus."

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"On n'est pas un tribunal d'application des peines, on fait de la programmation artistique"

Le directeur du Zénith Daniel Colling dit la même chose, dans le Parisien, ce jeudi. Il assume de louer la salle à Cantat et son équipe, qui sont venus le trouver quand l'Olympia a annulé la date parisienne. "Je ne vais pas me positionner en juge et interdire à ceux qui ont envie d’aller le voir", dit-il. "Le problème des prisonniers est de retrouver une place à la sortie dans la société. Il était chanteur avant, il n’aurait plus le droit de l’être ?" Ce même directeur avait maintenu un concert d'Orelsan en 2009 à l'affiche du printemps de Bourges, alors que le rappeur était en pleine polémique, pour sa chanson "Sale pute".

Il n'est absolument pas question de le censurer, au contraire."Esther Delamare, de Citoyennes féministes

Quelle sera l’ambiance, jeudi soir devant le Zénith ? Quelle sera l’ampleur de la mobilisation ? Dur à dire. Si en région la mobilisation peut sembler s’émousser, le symbole de la salle parisienne, ajoutée aux dernières actualités, concernant le suicide de son ex-femme, pourrait remobiliser les opposants et les médias : l'enquête sur le suicide de Krisztina Rady vient en effet d'être rouverte pour vérifier des "éléments" transmis par la présidente de l'association féministe Femme et Libre, Yael Mellul, qui a porté plainte. Et si le procureur de Bordeaux a précisé que la réouverture de l'enquête ne devrait pas "remettre en question" les premières conclusions qui avaient mis Bertrand Cantat hors de cause, cela suffit aussi pour rebraquer les projecteurs sur le chanteur.


Esther Delamare, co-fondatrice du collectif Citoyennes féministes, indique sur LCI : "Nous n'interdisons pas le concert de Bertrand ! Mais nous utilisons notre liberté d'expression, et porter notre message. Ce message, c'est qu'une femme meurt ten France tous les deux jours sous les coups de son compagnon. Il est important, quand on met Bertrand Cantat en lumière, de porter de message de soutien aux femmes victimes de violences conjugales (...) Il n'est absolument pas question de le censurer, au contraire."

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"Nous n'interdisons rien, nous utilisons notre liberté d'expression": les féministes s'invitent au concert de Cantat

Profiter de la lumière mise sur Cantat pour porter un message ? Ou tenter de perturber son concert ? Selon le Parisien, une des raisons qui avait poussé l'Olympia à annuler son spectacle, était la crainte que des militants n'achètent des places, pour perturber le concert à l'intérieur. Une situation bien plus difficile à gérer. Le directeur du Zénith, lui, répète ne pas avoir "reçu de menaces ni eu vent de grosses manifestations". Et indique au journal local qu'il sera devant la porte pour "affronter, discuter."

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Bertrand Cantat, l’impossible retour ?

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