Dalida s’expose au Palais Galliera : son style décrypté en 5 tenues

CULTURE

ÉBLOUISSANT - A l’occasion des 30 ans de la disparition de l’iconique chanteuse, le Musée de la mode de la Ville de Paris propose du 27 avril au 13 août une rétrospective de sa garde-robe à la ville comme à la scène. Sandrine Tinturier, commissaire de l’exposition, détaille pour LCI cinq des looks les plus emblématiques de l’interprète de "Bambino".

Des plumes, des strass, du cuir, de la soie. Dalida a porté presqu’autant de matières qu’elle a eu de tenues. Sa garde-robe, à la ville comme à la scène, "raconte l’incroyable histoire d’une jeune Italienne, partie d’Egypte avec seulement une valise pleine de rêves, jusqu’à ses consécrations successives dans les robes magnifiques dont l’Olympia et les shows télévisés furent le cadre privilégié", note Orlando, son frère.

30 ans après la disparition de la chanteuse populaire, il a fait don de 209 tenues et accessoires au Palais Galliera, le Musée de la mode de la Ville de Paris. L'établissement en propose dès ce jeudi une sélection des plus belles pièces mêlant haute couture, prêt à porter et costumes. "Une sélection parmi l’infini des possibles" selon Sandrine Tinturier, la commissaire de l’exposition, qui décrypte pour LCI cinq des looks phares de Dalida.

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"J’ai travaillé dessus comme si c‘était la garde-robe d’une femme, d’une vedette sans précisément m’attacher aux ruptures de sa vie, au côté people de la personne", nous explique-t-elle. Mais si l’habit ne fait pas le moine, il en dit beaucoup sur celui ou celle qui le porte. "Finalement, on arrive à retomber sur les grands bouleversements de sa vie car il y a des changements assez radicaux dans sa façon de s’habiller. Quand son répertoire change, quand sa vie change, la robe change aussi pour devenir plus longue, plus blanche. La robe s’attache au répertoire et au moment de vie de la femme", détaille-t-elle.

La robe pin-up

Signée Jean Dessès, ce n’est pas un hasard si elle est la première pièce que découvrent les visiteurs de l’exposition. "C’est une robe qui parle de la scène mais en dit aussi beaucoup sur sa garde-robe", commence Sandrine Tinturier. Dalida, alors âgée de 25 ans, porte cette robe de velours couleur rideau de scène "pour son premier récital en tête d’affiche à Bobino en 1958. Elle a choisi de la conserver et de la porter à nouveau pour un autre évènement de sa carrière, la remise de son disque de diamant sur la scène de l’Olympia en 1981". Lors de cette soirée, la chanteuse fête également ses 25 ans de carrière. "Ça  voulait dire que 25 ans plus tard, elle rentrait encore dans sa robe et que sa taille était toujours aussi fine", avance la commissaire.

Cette tenue "parle d’une garde-robe conservée, d’une femme qui a un regard sur les contours de son corps". Dans une autre salle de l'exposition, on entend d'ailleurs une interview avec Eve Ruggieri "dans laquelle Dalida se vante de rentrer encore dedans. On sent la fierté de pouvoir dire ça. C’est une robe portée par une jeune fille pulpeuse en brune, une belle Italienne dont la silhouette s’est très légèrement modifiée".

Le blanc perlé signé Balmain

Pierre Balmain, le couturier fétiche de Dalida ? En quelque sorte. "Sa première pièce pour elle - un manteau - date de 1956. Dalida portera des tenues Balmain jusqu’en 1978", raconte Sandrine Tinturier, en soulignant que le couturier, "souvent attaché à l’Olympia, au récital" lui a créé "des uniformes de scène avec une série de robes blanches dont l’encolure est brodée et dont la broderie se répète au bas de la robe". Le modèle présenté ici n'a pas été porté dans la mythique salle parisienne mais à de nombreuses reprises. 

Tout d'abord en 1973 - année de sa création - pour "La Nuit du cinéma". "Dalida la portera jusqu’en 1978 lorsqu’elle est présentée au roi Hussein de Jordanie. C’est une robe qui aurait pu nous paraître démodée cinq ans plus tard. Ou en tout cas, on se dit qu'on aurait voulu avoir une tenue neuve quand on est reçu chez Hussein de Jordanie. Non, Dalida a choisi une tenue dans laquelle elle était belle et dans laquelle elle se sentait bien. On peut donc imaginer qu’elle avait une relation très forte aux vêtements qu’elle aimait", poursuit la commissaire.

Le trench du quotidien

"A la fin des années 1960, la garde-robe de ville et de scène de Dalida se séparent. Pour la ville, elle va être inspirée par la mode du moment qui est vraiment l’influence du courant hippie", relate Sandrine Tinturier. En 1966, Yves Saint Laurent ouvre une boutique rue de Tournon et lance la marque Saint Laurent Rive Gauche. Dès le début, la chanteuse s'y rend pour compléter sa garde-robe. Le credo du couturier français ? Donner aux femmes une liberté qui passe par leur mainmise sur le vestiaire masculin. 

 "Le smoking, le tailleur pantalon, la saharienne… Dalida va tous les porter. Ce trench coat est aussi assez significatif de son amour pour le vêtement qui va au-delà des tendances et qui correspond à l’idée de Saint Laurent d’en faire un vêtement intemporel. "Elle achète ce trench en 1969 et l’utilise plutôt dans le privé . Mais elle le portera en 1975 pour des photos illustrant une pochette de disque. Six ans après, le vêtement privé passe donc du côté de la scène".

Le costume de scène à froufrous

Le tournant des années 1970-80 en marque également un dans la garde-robe de Dalida. "C’est le moment où elle ne s’en remet plus aux couturiers mais choisit pour l’habiller sur scène des costumiers. Dalida ne se produisant plus seule sur scène en récital mais entourée de danseurs et de musiciens, Michel Freysnay et Mine Barral lui offrent ainsi des costumes qui sont faits pour danser".

Le costume présenté ici a été dessiné pour son spectacle au Palais des sports de Paris en 1980, pour la chanson "Comme disait Mistinguett" en particulier. "C’est un hommage rendu à Mistinguett, la plus Parisienne des chanteuses. C’est un pont entre le show à l’américaine et le music-hall. On retrouve les plumes, les paillettes, le rose, le bustier avec cette modestie couleur chair qui fait l’illusion d’un décolleté vertigineux, constellée de cabochons et de strass", détaille Sandrine Tinturier.

Sur grand écran

"Toute cette exposition montre un attachement de Dalida au vêtement", insiste Sandrine Tinturier. Sur les cartons qui accompagnent les pièces, sont ainsi notées "la composition de la tenue mais aussi toutes les occasions pour lesquelles elle l’avait portée. C'était rarement une utilisation unique. Il y a même eu des recyclages assez étonnants, Dalida n’était pas dans la nouveauté à tout prix", martèle-t-elle.

C'est le cas avec cette " jolie robe très fraîche Gabriele Mayer issue du film Parlez-moi d’amour, sorti en 1961. Elle va en réutiliser la jupe cinq ans plus tard dans un autre film, L’Inconnue de Hong Kong, dans lequel elle joue avec Serge Gainsbourg". "La robe ceintrée, c’est tout à fait dans la mode du moment, cette silhouette sablier instaurée par Dior en 1947 avec la mode New Look : une taille étranglée et des hanches généreuses", commente la commissaire. La touche en plus de Dalida ?  "Souvent un décolleté soit balconnet soit pigeonneant et des bretelles. Car je pense qu’elle avait déjà conscience de la beauté de son décolleté, de ses jolis bras. Souvent sur scène elle apparaissait bras nus. Jusqu’au bout, on verra des robes sans manches".

En vidéo

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Du 27 avril au 13 août 2017 au Palais Galliera, à Paris

Toutes les informations sur www.palaisgalliera.paris.fr

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