Dernier JT de Jean-Pierre Pernaut : choses vues et entendues dans les couloirs de TF1

Dernier JT de Jean-Pierre Pernaut : choses vues et entendues dans les couloirs de TF1

TÉMOIGNAGES - Jean-Pierre Pernaut a présenté son dernier JT ce 18 décembre 2020. Et dans la tour ronde de TF1 ce vendredi on ne parlait que de ça, entre émotions, anecdotes et bons souvenirs.

33 ans de journalisme. Mi-septembre, Jean-Pierre Pernaut, journaliste vedette de TF1 aux manettes du journal télévisé de 13h, a créé la surprise en annonçant vouloir céder sa place à la fin de l'année. Il souhaitait se retirer avec des audiences et une cote de popularité au sommet. Ce vendredi 18 décembre, dans la tour TF1, l’émotion est palpable chez celles et ceux qui l’ont fréquenté pendant toutes ces années. 9 heures, sur la terrasse, le présentateur fume une cigarette avec des journalistes. "Il n’a jamais raté un journal, jamais", nous confie une journaliste ayant travaillé à ses côtés dans les années 90. 

"Très affectif", il avait un "point de vue éclairé, différent", ajoute-t-elle. "En conférence de rédaction, quand on lui proposait des sujets ou des images, Jean-Pierre nous demandait : 'Comment on peut apporter un nouvel éclairage à cette information ?' C'était son souci premier : comment mieux informer les téléspectateurs". Une invitation à se poser les bonnes questions, de façon simple et pragmatique. Pratique, même.

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Jean-Pierre Pernaut, 33 ans de JT

"Une vraie modernité avec l'envie de s'adresser directement à ceux de l'autre côté du poste"

Celles et ceux que nous avons croisé dans les couloirs ce vendredi évoquent unanimement "une vraie modernité" chez Jean-Pierre Pernaut aux commandes du JT de 13 heures, "avec l’envie de s’adresser directement à ceux de l'autre côté du poste" : "Pour lui, le JT devait rendre service aux gens, soit expliquer comment ils vont faire face à telle ou telle problématique" se souvient un journaliste de TF1 que nous avons interrogé, au retour de la conférence de rédaction du matin. "Très tôt, il a compris qu’il devait y avoir de l’interaction avec le spectateur, qu'il fallait proposer une information de proximité ; ce que tout le monde a fait par la suite. A mon sens, il était vraiment en avance."

A tel point qu'au début, son style peu conventionnel aux commandes du 13 heures a dérouté  : "Quand il ouvrait le journal en parlant de la météo, on le prenait pour un dingue", se rappelle ce vendredi un ancien rédacteur en chef, une heure avant que Jean-Pierre Pernaut ne présente le JT une dernière fois. "Parler des asperges en début de journal, c’était risqué mais ça a pris."  

Ce que confirme un autre journaliste de TF1, également présent dans les bureaux, qui l'a connu à la fin des années 80 : "On a parfois dit que c’était le journal des sabots en bois mais c’est le premier qui a fait de l’interaction avec les moyens de l’époque", dit-il. "Il voulait un journal pratique et proche, pas parisien. Il disait souvent en se marrant : 'ce sujet, ma mère n’en a rien à foutre'. Sa mère était son témoin""C’est quand même le premier qui a refusé de faire le compte rendu des ministres régulièrement, de façon institutionnelle", ajoute-t-il.

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Une réelle proximité avec les Français et ses équipes

Proche des gens, Jean-Pierre Pernaut n’a jamais oublié ses origines ; ce qui explique son immense popularité.Originaire d'Amiens, monté à Paris, il avait un autre regard : "Quand on est de là-bas, on voit l’actu de manière différente" poursuit l’ancien rédacteur en chef adjoint. "C’est naturel chez lui, c’est dans son ADN." Unefaçon d'être qui mettait en confiance ceux qui débarquaient de province pour venir travailler dans la Tour et rejoindre un milieu parisien fermé.

"J’avais 24 ans quand je suis arrivée dans la tour", se remémore une ancienne caméraman qui attend le dernier 13 heures de JPP "avec impatience". "Il s’autorisait à transgresser les codes et c'était très inspirant pour les jeunes. A l’époque, j’étais quand même impressionnée car j’étais derrière la caméra et il s’adressait à moi quand il parlait à la régie, donc quand il haussait le ton, je prenais tout", dit-elle en riant. "C’était brut de décoffrage. Moi, j’arrivais de ma Bretagne et j’avais la chance inouïe de bosser avec celui que mes parents regardaient au JT. Quand tu es une petite nana qui arrive et qui travaille avec ces dinosaures, c’est impressionnant quand même. Le JT de Pernaut était la messe, une institution ! Alors aujourd’hui, quand je le vois ému par tout ce chemin parcouru, je suis émue moi aussi". 

"C’est le mec le plus normal que j’ai rencontré, il venait à la cantine avec nous, il faisait partie de l’équipe avec les techniciens."- Un ancien monteur du JT de TF1

Une simplicité unanimement louée par les collègues, anciens et actuels. Y compris à la machine à café où les salariés ne parlent que du dernier JT de JPP. Contacté par téléphone en début d'après-midi, un ancien monteur à la retraite, ayant travaillé avec Pernaut dans les années 80, confirme : "C’était le mec le plus normal que j’ai rencontré, il venait à la cantine avec nous. Et quand je suis parti à la retraite, il l’avait annoncé à la télé, ça m’avait fait chaud au cœur, il est venu me voir le dernier jour, m’a pris dans les bras, tout était différent et tout était normal, il connaissait mon prénom. Pour moi, Jean-Pierre, c’est un monument sans chichi."

Toujours présenté comme un présentateur des régions, Jean-Pierre Pernaut n'en a pas moins le sens de l'info et des priorités : "Il avait les trois R en tête : Région, Rapidité, Reportage et il en a ajouté un quatrième avec le temps : Rigueur", confirme l'ancien rédacteur en chef. "Il était très attaché aux régions… mais dès qu’il y avait un coup à l’étranger, il répondait présent, il cassait le journal s’il fallait, prenait le direct dès qu’il flairait l’événement. Ils ne sont pas nombreux dans la profession à avoir ce flair. On parle 99% du temps de ces ouvertures de JT décalées avec les premières neiges, les premiers mimosas, les rentrées des classes mais quand il y a un événement, c’est l’événement qui prime. Il met à sa place les événements comme il faut. C’est du journalisme pur et simple et s’il était très attaché aux régions, dès qu’il y avait un coup à l’étranger, il répondait présent, il cassait le journal s’il fallait, partait en édition spéciale si nécessaire. Jean-Pierre ne va pas chercher d’autres critères que l’info et le news. Quand les impôts augmentent, cela fait partie du quotidien des Français. Quand il y avait un attentat, il le traitait comme il le fallait. Tout était évident, logique, plein de bon sens."

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"Un point de vue de journaliste cash"

A l’annonce de son départ, celles et ceux ayant travaillé avec lui ont tous ressenti le même pincement au coeur. En 33 ans passés dans la tour TF1, Jean-Pierre Pernault a toujours eu cette image de "copain bon vivant", "adepte de blagues", "ayant l’esprit d’équipe" : "Il a gardé des gens auprès de lui même s’ils n’étaient pas très bons, il leur a donné une chance" commente un ancien collègue, attendant le présentateur à la sortie de son dernier JT pour l'applaudir avec la foule venue l'acclamer. "Il n’a pas hésité à s'entourer de gens qui n’avaient pas forcément le look pour travailler à la maison et s’est battu pour intégrer des gens différents". 

Un caractère fort allant de pair avec un point de vue de journaliste cash, "parfois difficile, parfois braqué mais toujours très sympa avec ses équipes" ajoute-t-on. "On peut discuter avec lui, on peut s’engueuler aussi" se souvient un monteur de TF1, croisé dans les couloirs ce vendredi après-midi. On le dit "bougon, parfois colérique". Un côté franc du collier qui décape, qui peut froisser : "Il a passé des heures à s’engueuler avec des gens… mais il n’avait pas peur de s’excuser, de reconnaître qu’il s’était trompé. C'est  essentiel."

Avenir

"Un grand monsieur simple, accessible, toujours de bon humeur", raconte une personne travaillant au restaurant d'entreprise du groupe, croisée en fin d'après-midi, nous montrant un selfie pris avec lui. Il venait régulièrement déjeuner avec ses équipes après le journal télévisé aux alentours de 14h, je l’ai souvent vu, avec toujours une amabilité pour le personnel. Il était dans la vie comme à la télévision. Mais j’étais une spectatrice privilégiée, s’amuse cette employée. A tel point que je sais presque à l’avance quels plats il va prendre."

En même temps, continue un autre collègue du restaurant d'entreprise à ses côtés, "c’est bien de s’arrêter en pleine gloire". Ce que confirment proches comme moins proches, persuadés que l’expérience de JPPTV le passionnera, lui qui est un "gros travailleur, féru de nouveautés". Et pour la suite du 13H ?  De la même façon que personne n'a pu refaire du Yves Mourousi, "personne ne pourra refaire du Pernaut."  Et c'est très bien comme ça. 

Pour Jean-Pierre Pernaut, l’aventure continue avec la www.jpptv.fr. Découvrez le nouveau site de JPP dès maintenant.   

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