Macron chez La Fontaine : ces fables que les politiques adorent

Macron chez La Fontaine : ces fables que les politiques adorent

FABLES - Emmanuel Macron célèbre aujourd'hui les 400 ans du fabuliste Jean de la Fontaine, en se rendant dans sa ville natale de Château-Thierry, un déplacement qui tombe à point pour faire de la lecture une "grande cause nationale". Les citations de la Fontaine, qui ont souvent valeur de proverbes, sont omniprésentes dans la vie politique.

Xavier Bertrand avait ouvert le bal le 7 mai dernier, le premier à croiser la campagne des régionales et la commémoration du fabuliste. Après sa visite au Musée La Fontaine de Château-Thierry, le président du Conseil régional des Hauts-de-France avait ainsi tweeté un extrait de "La Grenouille et le Rat", perçu par les commentateurs politiques comme une riposte à la candidature d'Eric Dupond-Moretti dans la région. Le catalogue des citations de La Fontaine est vaste et bien identifié du public, un répertoire tentant pour les acteurs politiques.

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Il y a des lièvres partis trop vite, des corbeaux abusés par la ruse des renards, il y a ceux qui plient mais ne rompent pas, ou ceux qui trop tôt ont vendu la peau de l'ours... Devenues proverbiales, quand elles n'étaient pas déjà l'illustration de proverbes préexistants, plusieurs fables de La Fontaine sont devenues des classiques de la rhétorique politique.

Timing : "Rien ne sert de courir..."

C'est probablement le plus fréquemment utilisé par la classe politique : le timing crucial des entrées en campagne a propulsé  "Le Lièvre et la Tortue" au sommet du hit-parade des références à La Fontaine. Dans le clan Le Pen, c'est Jean-Marie qui avait ainsi comparé sa fille au lièvre de la fable, en estimant en janvier 2020 qu'elle était "partie trop vite" en se déclarant pour la présidentielle. Radouci contre Marine Le Pen quelques semaines plus tard, il estimait alors qu'elle "a lu La Fontaine, et elle connaît la fin du Lièvre et la Tortue". Inversant les personnages, mais sans changer de répertoire, il retournait alors sa métaphore contre Emmanuel Macron : "Le lièvre a beau gambader, tout autour, dans la certitude de ses forces, c'est la marche de la tortue qui la conduira à la victoire"

Le couple d'adversaires que formaient Nicolas Sarkozy et François Hollande, fut aussi en son temps comparé régulièrement à celui du lièvre et de la tortue, et dans cet ordre évidemment. La tortue l'emporta en 2012 comme dans la fable, mais ni elle ni le lièvre ne participèrent finalement à la course présidentielle en 2017.

Escompte : "Vendre la peau de l'ours... avant de l'avoir tué"

Le proverbe l'a emporté sur la vraie citation : "il ne faut jamais vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre", concluait La Fontaine dans la fable "L'ours et les deux compagnons". Lesquels compagnons "pressés d'argent" avaient vendu à leur voisin fourreur la peau d'un ours redoutable, qu'ils n'eurent finalement pas le cran d'affronter. 

Si cet adage est répandu dans la vie politique comme dans toute la société, c'est en 2017 que le pas-encore-président Emmanuel Macron s'en était attiré l'avertissement dans toute la presse. Fêtant sa victoire dès le premier tour au restaurant parisien La Rotonde, contre les usages qui conseillent d'attendre le second, il a finalement survécu à la prophétie en battant Marine Le Pen- qui fut donc temporairement cet ours avant que d'être, comme on l'a vu, lièvre puis tortue.

Souplesse : "Je plie et ne romps pas"

C'est ainsi que chez La Fontaine, le petit roseau se compare au grand chêne : face aux bourrasques, mieux vaut plier que d'être déraciné. Ce fut le roseau Churchill face au chêne De Gaulle, comme ce dernier le rapporte dans ses mémoires. Mais ce fut aussi Alain Juppé face à Jacques Chirac, ou François Fillon face à Sarkozy. On peut tester la phrase dans les moteurs de recherche avec presque tous les Premiers ministres de la Vᵉ République : la métaphore est récurrente pour qualifier un Premier ministre qui n'en pense pas moins, mais reste en poste et obtempère à son président. On remarque d'ailleurs que souvent, suivant l'inclination politique du commentaire, la citation est tordue péjorativement en "se plier". 

Justice à deux vitesses : "Selon que vous serez puissant ou misérable..."

Les animaux de La Fontaine sont frappés par la peste, et cherchent qui parmi eux est le plus coupable, pour le sacrifier et apaiser le "céleste courroux". C'est l'âne qui est finalement désigné, pour avoir brouté un pré sur "la largeur de sa langue", au terme d'un procès où les prédateurs comme le lion, le renard ou l'ours s'entendent pour s'auto-amnistier de méfaits autrement cruels. 

Transposée dans le bestiaire politique, la citation "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" est utilisée principalement de deux façons. Soit c'est un courant ou un responsable politique qui s'estime accusé à tort, comme François Ruffin en février 2019, après les perquisitions menées dans les locaux de LFI. Soit c'est la peine reçue par un dirigeant qui semble trop indulgente, à ses opposants ou à la presse. Ainsi par exemple récemment, lors de procès visant Nicolas Sarkozy ou Georges Tron.

Tout un fromage : "Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute"

Le Corbeau et le Renard. Fable adaptée d'Ésope, elle est probablement celle que le grand public connaît le mieux, avec La Cigale et la Fourmi. Parce que presque tout le monde l'a ânonnée un jour à l'école, en bafouillant, le petit doigt sur la couture du pantalon. Omniprésente dans le débat politique sous deux formes : sous l'angle de la flatterie, talon d'Achille des politiques s'il en est... ; et pour sa conclusion en forme de repentir piteux, lorsque "le corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus". L'allusion à cette fable sert généralement à désigner qui est rusé et qui est dupe. Ainsi en fut-il souvent de la description de la relation entre Donald Trump et Emmanuel Macron, où chacun était soit le corbeau, soit le renard de l'autre, en fonction de la sensibilité politique du commentaire. 

Je me sers d'animaux pour instruire les hommes- Jean de La Fontaine

En prenant Jean de La Fontaine comme figure tutélaire de la lecture nationale, Emmanuel Macron choisit un fabuliste dont les œuvres ont infusé de longue date dans la mentalité française. La Fontaine est aussi un outil sans cesse réutilisé pour critiquer le pouvoir sous le masque des animaux, et qui aura ici le dernier mot : 

Tout parle en mon Ouvrage, et même les Poissons :

Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes.

Je me sers d'Animaux pour instruire les Hommes.

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