Etienne Mougeotte, l’homme qui a façonné le visage de TF1 pendant 20 ans

Etienne Mougeotte, l’homme qui a façonné le visage de TF1 pendant 20 ans

PORTRAIT - Dirigeant emblématique de TF1, Etienne Mougeotte est décédé ce jeudi à l’âge de 81 ans. Journaliste expérimenté, doté d’un flair remarquable pour le divertissement populaire, il a été l’un des piliers de la première chaîne de France durant deux décennies.

Etienne Mougeotte et TF1, c’est l’histoire d’un rendez-vous presque manqué. En 1987, lorsque la première chaîne est privatisée, il travaille en effet pour Jean-Luc Lagardère, qui rêve de s’en porter acquéreur. C’est finalement le groupe Bouygues qui remporte la mise. Séduit par son profil, le grand patron Francis Bouygues lui confiera la vice-présidence puis la direction des programmes, qu’il ne quittera plus pendant 20 ans.

À l’époque, cet ancien élève de Sciences Po Paris, originaire de Charente, a déjà une solide carrière de journaliste derrière lui. De ses débuts à Paris Normandie à son passage par France Inter, RTL et l’ORTF, il a gravi tous les échelons d’une rédaction avant de rejoindre le groupe Matra-Hachette, où il pilote Télé 7 Jours et Le Journal du Dimanche

De 1974 à 1981, il est rédacteur en chef puis directeur de l’information d’Europe 1 qu’il porte jusqu’aux sommets. Il y croise la route de Robert Namias, Charles Villeneuve et Jean-Claude Dassier, trois hommes qu’il retrouvera à TF1 sous la houlette de son PDG Patrick Le Lay. Ensemble, ils forment un binôme entré dans l’histoire de la télé, hissant la chaîne à un niveau inédit en Europe – jusqu’à 30% des téléspectateurs et plus de 50% du marché publicitaire.

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Lorsqu'il compose la grille des programmes de la chaîne privée, ce passionné d’opéra fait clairement la part des choses entre ses goûts personnels et ceux du public. Il a, il faut dire, un flair remarquable pour les divertissements populaires, portés par des animateurs qui deviennent des stars dans les foyers. Jean-Pierre Foucault avec "Sacré Soirée", Christophe Dechavanne avec "Ciel, mon mardi !", Nicolas Hulot avec "Ushuaïa", la "Star Academy" avec Nikos Aliagas, "Koh-Lanta" avec Denis Brogniart ou encore Dorothée et Les Enfoirés…  

TF1 sous l’ère Mougeotte s’impose aussi comme une référence en matière d’information à la télé, avec des présentateurs emblématiques comme Jean-Pierre Pernaut, Patrick Poivre d’Arvor et Claire Chazal, entre exigence et proximité. "Etienne n’a jamais oublié qu’il était journaliste, et quoi que je demande à l’antenne, on en discutait et c’était accepté. Avec un patron qui n’était pas de cette culture, c’était impensable", explique Robert Namias, à la tête de la rédaction de TF1 durant les années Mougeotte.

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"C’était un vrai patron de presse, un professionnel qui avait une vision et l’exigence de la clarté", confirme Thierry Thuillier, l’actuel directeur de l’information du groupe TF1, qui après avoir intégré la rédaction en 1990, a vécu à ses côtés l’entrée de la France dans la guerre du Golfe. "Il nous disait toujours qu’un bon JT devait permettre au téléspectateur de comprendre le sens que va prendre l’actualité."

En 1994, Etienne Mougeotte égrène le compte à rebours du lancement de LCI, la première chaîne info de France. Dans un coin de la régie, il y a un certain David Pujadas, aujourd’hui aux commandes de la tranche 18h-20h. "Je l’ai croisé pour la première fois en arrivant sur TF1, en 1988", se souvient ce dernier. "J’avais 23 ans, lui était très impressionnant, par la voix et par l’autorité. C’était un patron et un journaliste à la fois, qu'on voyait toujours surgir dans les grands rendez-vous."

On me demande parfois comment j’ai réussi ici et là. La constante est la même : l’obsession et le respect du public. Ça a toujours été ma boussole. Non par démagogie, mais par conviction- Etienne Mougeotte dans "Pouvoirs", en 2021

Etienne Mougeotte quitte le groupe TF1 au printemps 2007. Devenu consultant en communication, il épaule un temps Nonce Paolini, le successeur de Patrick Le Lay, avant de rejoindre Le Figaro et d’en prendre la direction des rédactions jusqu’en 2012. Il sera ensuite directeur général de Radio Classique jusqu’en 2018. En février dernier, celui qui avait longtemps souffert d’un cancer de la gorge avait raconté son parcours au sein des médias dans Pouvoirs, paru aux éditions Calmann-Lévy.

"On me demande parfois comment j’ai réussi ici et là. La constante est la même : l’obsession et le respect du public. Ça a toujours été ma boussole. Non par démagogie, mais par conviction", y écrivait-il. "L’audimat, les chiffres OJD de la presse écrite, les audiences internet ne sont jamais que le reflet permanent des choix que fait le public en achetant un journal, en écoutant une radio, en se connectant sur un site ou en regardant une chaîne de télévision. Mes recettes, s’il y en a, sont là."

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