Exhumation du corps de Salvador Dali : "L'idée ne l'aurait pas choqué"

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DESCENDANCE - Alors qu'une voyante affirme être la fille de Salvador Dali, la justice espagnole a ordonné lundi l'exhumation du corps du peintre en vue d'un prélèvement ADN. Un comble quand on sait que l'artiste était fasciné par la génétique. Explications.

Salvador Dali était captivé par l'Acide désoxyribonucléique (ADN). Au point d’y consacrer neuf tableaux entre 1956 et 1976, comme "Galacidalacidesoxyribonucleicacid" ou "La structure de l’ADN". Ironie de l’histoire : ce sont ses propres informations génétiques qui focalisent l’attention médiatique cette semaine, plus de 28 ans après son décès. 


La justice espagnole a en effet ordonné l'exhumation des restes du peintre - enterré dans le théâtre-musée de Figueras - pour procéder à un prélèvement ADN. La raison ? Pilar Abel, une ex-voyante de Gérone âgée de 61 ans, affirme être l’enfant du chantre des surréalistes. Mais comment l’artiste espagnol aurait-il réagi à l’idée d’être exhumé, près de trois décennies après sa disparition ? 

Passer à la postérité, coûte que coûte

"L’idée que l’on utilise son corps de façon scientifique pour aller chercher une vérité - quelle qu'elle soit - ne l’aurait pas choqué", nous explique Julia Strauss qui travaille à l’Espace Dali de Paris. Et pour cause : l’artiste espagnol était féru de sciences et entretenait le désir ardent d'être éternel, d'une façon ou d'une autre. 


Une perception qui "s’est forgée grâce à sa notoriété mondiale. Laquelle lui a fait dépasser les limites du temps en lui permettant de passer à la postérité", observe Mme Strauss qui rappelle que l’artiste s’est également beaucoup intéressé à la technique de cryogénisation, "toujours dans cette dynamique d’intérêt pour la science d’une part et pour l’éternité d’autre part".


Contacté par nos soins, Jean-Christophe Argillet, auteur de l’ouvrage Le Siècle de Dali, renchérit : "S’il conçoit cette fatalité pour son enveloppe charnelle, il se refuse obstinément à envisager la mort de l’âme et de l’esprit. Dali est prêt à tous les détours philosophiques, scientifiques et religieux pour conforter sa certitude". 

ADN divine

Ce désir d'éternité trouve un écho dans le mysticisme et le catholicisme vers lesquels Dali s'orientera à la fin de sa vie. Pour Philippe Kaenel, un des auteurs de l'ouvrage Salvador Dali à la croisée des savoirs, le peintre voulait trouver à l'époque "l’infiniment grand, dans l’infiniment petit" : "Il cherche une présence de Dieu dans la matière et voit dans la structure de l’ADN quelque chose de l’ordre du divin", assure à LCI le chercheur. Dali le disait d'ailleurs lui-même : "L'acide désoxyribonucléique est la mémoire de Dieu, au service de chaque élément du monde".


Illustration avec l'oeuvre "Galacidalacidesoxyribonucleicacid". Cette toile rend hommage aux scientifiques Jim Watson et Francis Crick pour leur découverte sur la structure de l'ADN récompensée par un prix Nobel de physiologie-médecine en 1962. Réalisée une année plus tard, cette peinture met en scène les trois moments clés de notre existence, détaille le site de l'INA : "La mort est suggérée à droite de l'œuvre par des hommes tenant des fusils disposés de la même manière que les bases composants l'ADN ; la vie à gauche par la molécule d'ADN et enfin l'au-delà symbolisé au milieu du tableau avec Dieu".


Si les analyses scientifiques de Dali restent pour le moins ésotériques, force est de constater que ses œuvres ont permis de mettre en lumière les avancées sur l'ADN à une époque où le sujet ne passionnait pas les foules. A l'inverse, la médiatisation de cette semaine sur sa future exhumation apparaît comme un joli clin d'œil pour l'artiste. Lequel n'en espérait sans doute pas tant, dans sa quête d'éternité. 

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