Faut-il faire deux heures de queue pour voir les "Icônes de l’art moderne" à la Fondation Louis Vuitton ?

CULTURE

PATIENCE – C’est l’exposition de l’automne : les chefs-d’œuvre du collectionneur russe Sergueï Chtchoukine (1854-1936) sont réunis à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 20 février 2017. Un ensemble exceptionnel déjà victime de son succès : pour admirer ces trésors cachés venus de Russie, il faut s’armer de beaucoup, beaucoup de patience.

Parisiens ou pas, les visiteurs de la Fondation Louis Vuitton ronchonnent en cette belle matinée de la Toussaint. Ceux qui ont pré-réservé leurs billets sur internet peuvent s’attendre à une heure de queue… le double pour les autres. Une fois parvenus à l’intérieur, ils râlent encore plus : il faut à nouveau faire la queue pour entrer dans l’un des quatre niveaux. Il faut dire que ces trésors cachés signés Van Gogh, Cézanne, Monet, Picasso, Degas, Seurat et compagnie attirent les foules depuis son ouverture. Mais cela en vaut-il la peine alors que Paris regorge d’autres expositions ?

Oui, parce que de toute façon, au Louvre, c’est pire

Dites-vous qu’au même moment, au Louvre, un demi-million de touristes se bousculent devant les barrières et les vitres blindées de la Joconde pour prendre un selfie flou. Alors qu’une fois entrée dans la Fondation, la foule s’allège en se dispersant dans les 14 salles, à parcourir certes dans l’ordre, mais suffisamment vastes pour voir plus de toiles que de crânes. Et quelles toiles ! Tous les grands noms du début du XXe siècle y sont, prêtés par le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et le musée Pouchkine de Moscou. 130 œuvres méconnues, de Matisse au Douanier Rousseau en passant par Renoir, avec un peu d’avant-garde russe pour confirmer que Chtchoukine regardait l’art par le grand bout de la lorgnette.  

Oui, parce qu’il y a du soleil et des nanas

Rendons grâce à Chtchoukine (prononcer Tchoukine) d’avoir eu non seulement le goût et le flair d'un grand collectionneur, mais aussi une préférence pour les sujets ensoleillés, comme ce Déjeuner sur l’herbe de Monet et son cœur gravé sur un arbre, ou les paysages provençaux de Cézanne. La température monte dans une salle entièrement consacrée à la période tahitienne de Gauguin : la mer, les couleurs chaudes, les mangues mûres nous projettent soudain sous les Tropiques. On enlève son manteau pour prendre ses aises comme les nombreux nus exposés, devenus carrés sous le pinceau cubiste de Picasso ou de Malevitch.

Et trois fois oui, parce qu’il y a encore d’autres choses à voir

Si c’est votre première venue à la Fondation, montez jusqu'à l’expo permanente sur la construction du magnifique bâtiment de Frank Gehry, de sa première esquisse à sa réalisation architecturale. Le plasticien Daniel Buren a installé sur la terrasse un Observatoire de la lumière, travail in situ jouant sur la transparence, la couleur et la lumière des voiles extérieures de la Fondation, aussi photogénique que le panorama offert par ce dernier étage plein de recoins à explorer. Enfin, pour avoir le temps d’en prendre plein les yeux, évitez d’acheter votre billet après 18 heures : la Fondation ferme à 20 heures et on ne vous laissera pas passer la nuit tout seul à l’intérieur. Hélas. 

Lire aussi

    Sur le même sujet

    Et aussi

    Lire et commenter