"La fièvre de Petrov", la critique express : le tour de force hallucinogène de Kirill Serebrennikov

"La fièvre de Petrov", la critique express : le tour de force hallucinogène de Kirill Serebrennikov

ON AIME - Un dessinateur de BD est assailli de visions cauchemardesques et nostalgiques dans "La Fièvre de Petrov", le nouveau film du réalisateur russe Kirill Serebrennikov, en lice pour la Palme d’or du 74e Festival de Cannes.

C’est de très loin le film le plus déroutant de la compétition. Quatre ans après Leto, l'histoire d'un groupe de rock russe déjà présenté à Cannes, Kirill Serebrennikov porte à l’écran La Fièvre de Petrov, ou l’adaptation de Les Petrov, la fièvre, etc. le roman de son jeune compatriote Alexei Salnikov, véritable phénomène d’édition à sa sortie en 2018. Nous sommes en Sibérie occidentale, à Ekaterinburg plus précisément où Petrov, mécanicien et dessinateur de BD frustré, monte à bord d’un trolley bondé pour aller travailler alors qu’il souffre d’une grippe carabinée. À moins qu’il s’agisse d’un autre virus ? 

En chemin, il croise la route d’un vieux copain qui l’embarque dans une virée alcoolisée à bord d’un corbillard. Très vite, la réalité et la fiction se mélangent à la faveur de visions étranges que Petrov partage avec sa femme qui s'appelle Petrova, une discrète employée de bibliothèque animée de violentes pulsions sexuelles et meurtrières. Entre les deux, il y a visiblement de l'eau dans le gaz. Et un petit garçon qui rêve de soucoupes volantes et tousse dangereusement comme son papa...

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Du théâtre où il a débuté, Kirill Serebrennikov a conservé le goût des tableaux complexes, multipliant les décors et les personnages, sa caméra promenant le spectateur à l’intérieur d’incroyables plans séquences qui abolissent toute notion d’espace et de temps. Dans une démarche encore plus expérimentale, sinon radicale que dans Leto, il intègre au récit de longs flashbacks en noir et blanc sur l’enfance du personnage principal, les tensions entre ses parents faisant écho à celles qui règnent au sein de sa propre cellule familiale.

C’est cette dimension plus intime qui revêt un caractère universel, par-delà la peinture des frustrations sociales de la Russie post-Soviétique. Tout comme son humour noir ravageur, que Serebrennikov filme un dentier qui parle ou une jeune femme qui imagine tous les hommes qu'elle croise dans le plus simple appareil. Parfois crispant, toujours audacieux, La fièvre de Petrov n’est pas le genre de film qui se digère au premier visionnage. Mais à mi-parcours, cette expérience hallucinogène se place très haut dans la course au palmarès. Un prix de la mise en scène, a minima ? 

>> La fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov. Avec Semyon Serzin, Chulpan Khamatova, Yuriy Borisov. 2h25. En salles le 1er décembre.

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