Avec "Le Genou d'Ahed", le réalisateur israélien Nadav Lapid met une claque à la censure

Avshalom Pollar et Nur Fibak dans "Le Genou d'Ahed".

ON AIME - Prix du jury au Festival de Cannes, "Le Genou d’Ahed" met en scène un cinéaste confronté à une fonctionnaire du ministère de la Culture un peu trop zélée. Désormais installé en France, le réalisateur Nadav Lapid a raconté à LCI la genèse de ce drame musical, inspiré d’une expérience très personnelle.

Il a les nerfs à vif. Y, le héros du nouveau film de Nadav Lapid, est un réalisateur israélien au tempérament volcanique, en plein casting d’un biopic consacré à Ahed Tamimi, une jeune activiste palestinienne condamnée en 2017 à huit mois de prison pour avoir giflé un soldat de Tsahal. Artiste engagé, il est invité à donner une conférence dans un village reculé, dans la région désertique d’Arabah. Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé n’est pas fortuite. Et le cinéaste l’avoue bien volontiers.

"En 2018, une fonctionnaire du ministère de la Culture sympathique, intelligente, curieuse et dévouée vis-à-vis de son travail, me demande de venir m’exprimer après une séance de L’institutrice", raconte Nadav Lapid. "À la fin de la conversation, elle mentionne l’existence d’un formulaire que je dois signer et qui détaille le sujet de mon intervention, avant de m'avouer plus tard qu'elle n'en est pas très fière."

Lorsque les jeunes sont plus malades que les vieux, c’est là que ça devient dangereux- Nadav Lapid

Dans le film, Y perçoit cette requête comme une forme de censure insidieuse, symptôme de la dérive autoritaire d’Israël que Nadav Lapid dénonce depuis son premier film, Le Policier, en 2011. "Comme mon personnage, je suis allé dans le désert et j’ai signé le papier", avoue le cinéaste. "Et comme lui je me suis retrouvé dans cette position où à force de lutter, de résister face une société malade, vous commencer à aller mal vous-même."

S’il a été tourné avant l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Naftali Bennett, issue de la droite religieuse, Le Genou d’Ahed est un film on ne peut plus actuel. "Je préfère laisser le film parler pour moi", répond Nadav Lapid lorsqu’on l’interroge sur l’évolution politique de l'État hébreu. "Dans un moment de rage et de folie verbale, Y parle d’une jeune génération qui est encore plus lâche, plus vulgaire que la génération qui l’a précédée. Disons que lorsque les jeunes sont plus malades que les vieux, c’est là que ça devient dangereux."

Après y avoir tourné Synonymes, son précédent film couronné par l’Ours d’or à Berlin, Nadav Lapid est installé depuis peu à Paris. La condition sine qua non pour conserver sa liberté créative ? "Je trouve toujours ça problématique lorsqu’on brandit le drapeau de l’exilé politique", tempère-t-il. "Personne ne m’a poussé à la porte de mon pays. Seulement j’étais épuisé par cette ambiguïté, cette danse bizarre que je menais avec Israël."

La France, terre d’accueil pour cinéaste exigeant ? "Ici, vous accordez encore de l’importance au cinéma, c’est incomparable", insiste ce quadragénaire qui fut autrefois critique littéraire. "Mais si je pouvais vous donner un petit conseil, de la bouche d’un étranger, c’est ce que cette réalité est très fragile et que tout peut changer très très vite. Pour préserver cette liberté, n’hésitez pas à construire des barricades devant les salles !"

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Sur la forme, Le Genou d’Ahed était sans doute l’un des films les plus stimulants du dernier Festival de Cannes où Spike Lee lui a remis le prix du jury. La caméra, sans cesse en mouvement, y épouse les tourments intérieurs de son héros, interprété par le chorégraphe Avashalom Pollak. Tout comme la musique qu’il écoute à fond, arpentant le désert sur le Be My Baby de Vanessa Paradis.

"J’adore ces moments où vous avez l’impression que le monde danse sur la musique qui joue dans vos oreilles. Mon film peut être interprété de différentes manières, mais à sa façon, c’est aussi une comédie musicale", sourit Nadav Lapid. "En ce moment, j’écoute Eminem, j’adore ce flow verbal qui va au plus sincère, au plus cru. Ça m’inspire." Vivement la suite. 

>> Le Genou d'Ahed de Nadav Lapid. Avec Avshalom Pollar, Nur Fibak, Yoram Honig. 1h49. En salles

Retrouvez ci-dessus notre podcast Le cinéma, c'est la vie en mieux.

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