"Titane", Palme d’or : qui est Julia Ducournau, la seconde réalisatrice sacrée dans l’Histoire du Festival de Cannes ?

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PORTRAIT – La réalisatrice française Julia Ducournau, 37 ans, a remporté la 74e Palme d’or du Festival de Cannes. Elle est seulement la seconde femme à décrocher la récompense suprême dans l’histoire de la Croisette. Un couronnement précoce pour celle qui donne un nouveau souffle au cinéma fantastique.

Elle a mis la Croisette à genoux. 28 ans après Jane Campion avec La leçon de piano, Julia Ducournau est devenue samedi soir la seconde femme, seulement, à décrocher la Palme d’or du Festival de Cannes. Une récompense suprême qui intervient tôt dans sa carrière puisque Titane est seulement le deuxième long-métrage de cette cinéaste de 37 ans après Grave, qui l’avait révélé sur la Croisette en 2016. Fan de fantastique, cette fille d’un dermato et d’une gynéco reçoit un choc à l’adolescence lorsqu’elle découvre Crash, l’adaptation sulfureuse du roman de J.G. Ballard par David Cronenberg, prix du jury controversé à Cannes 1996. Tiens, tiens. 

Après une licence de lettre modernes-anglais à la Sorbonne, elle entre à la Femis en 2004. Sept ans plus tard, elle est récompensée sur la Croisette avec son tout premier court-métrage, Junior, l’histoire d’une adolescente dont le corps est le théâtre d’une étrange métamorphose. Une thématique prégnante dans toute son œuvre qu’on retrouve en 2012 lorsqu’elle tourne le téléfilm Mange pour Canal +, ou le portrait d’une jeune fille boulimique qui cherche à se venger de son bourreau à l'université.

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J’étais enceinte et j’accouchais de pièces de moteur- Julia Ducournau à propos du rêve récurrent qui a inspiré "Titane"

C’est en 2016 que Julia Ducournau passe au long et revient à Cannes pour présente Grave, le film choc de la Semaine de la critique. L’actrice Garance Marillier y incarne une ado vegan qui lors d’un bizutage, se découvre un appétit féroce pour la chair. C’est violent, drôle, sophistiqué. Le film fait le tour du monde, son auteure devenant l’égérie d’un nouveau cinéma fantastique français qui par-delà l’effroi, interroge les thématiques contemporaines de l’identité et du genre. Aux César, Grave reçoit six nominations dont celle du meilleur premier film, mais rentre bredouille. Qu’à cela ne tienne. 

Après avoir réalisé une pige aux États-Unis sur la série de M. Night Shyamalan, Servant, l’enfant prodige met en chantier Titane, un deuxième film inspiré d’un cauchemar récurrent. "J’étais enceinte et j’accouchais de pièces de moteur", nous a-t-elle raconté mercredi dernier, au lendemain de la présentation du film à Cannes. "C’est un cauchemar que j’ai fait pendant longtemps et j’ai toujours trouvé l’image très intéressante. Je me suis toujours dit aussi que j’essaierais de l’interpréter d’une certaine manière. Ça a surement guidé l’esthétique du film, énormément même". Programmé pour avril 2020, le tournage est reporté à septembre en raison de la pandémie, avec une équipe réduite au service de la vision de la cinéaste.

Le rôle le plus "rock" de Vincent Lindon

À la fois sombre, sensuel, drôle et dérangeant, Titane raconte l’histoire d’Alexia, une jeune femme qui durant l’enfance, s’est vue insérer une plaque de métal dans le crâne suite à un grave accident de voiture. Devenue adulte, elle vit toujours chez ses parents et gagne sa vie en dansant dans des shows motorisés qui débordent de testostérone. Gare aux petits vicieux qui voudraient s’approcher d’un peu trop près !

Suite à une virée nocturne qui tourne mal, elle décide de changer d’identité. Et de se faire passer pour Adrien, le fils disparu d’un pompier au cœur brisé. Le hic, c’est qu’elle n’arrive pas toute seule… Dans le rôle d’Alexia, la novice Agathe Rousselle livre une performance stupéfiante, Julia Ducournau modelant son corps et son visage dans des scènes qui mettent le spectateur à rude épreuve. Face à elle, un Vincent tout en muscles dans ce qu’il décrit comme le rôle "le plus rock" de sa carrière.

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Sur la Croisette, la projection officielle de Titane au Grand Théâtre Lumière a été ponctuée de plusieurs claquements de fauteuil mardi dernier. Mais ce n’est pas ce que Julia Ducournau a retenu. "Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est la tension et l’attention du public. Il y avait un silence très concentré, ponctué d’éclats de rires, quelques cris ici et là. Mais j’ai senti quelque chose qui était tendu vers l’écran et ça m’a fait très plaisir", disait-elle, trop superstitieuse pour songer au palmarès. 

Sorti mercredi dans toute la France avec une interdiction aux moins de 16 ans, Titane a attiré 12.600 spectateurs en 24 heures sur un circuit modeste de 199 copies. Grâce à sa Palme d’or, la neuvième pour la France et la première tricolore depuis Dheepan de Jacques Audiard en 2015, le film devrait sans mal dépasser les 150.000 entrées de Grave. Et quelque chose nous dit que Hollywood ne devrait pas tarder à lui faire les yeux doux…

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