"Forbidden Hollywood" : ces films jugés subversifs qui ont longtemps été interdits

Jean Harlow et Clark Gable dans "La Belle de Saïgon", sorti en 1932.

POUR L’HISTOIRE – Warner Bros. Pictures réédite les versions restaurées de dix films des années 30 que le cinéma américain a préféré mettre de côté. Des pépites aussi progressistes que sulfureuses qui ont marqué les débuts de Clark Gable, John Wayne ou encore Jean Harlow.

Certains parlent de "parenthèse enchantée". De cinq années presque suspendues pendant lesquelles tout semblait permis. Au moins à l’écran. Warner Bros. Pictures réédite ce mercredi 16 décembre un coffret rassemblant dix films réalisés alors que soufflait sur Hollywood un vent de liberté rapidement cadenassé. 

Jugés immorales, transgressives et tabous, ces œuvres dites "pré-code" ont été mises en boîte avant l’instauration du Code Hays qui a imposé dès 1934 une censure des plus strictes sur tous les contenus produits par les studios américains. 

Autant de pépites longtemps tombées dans l’oubli, symboles d’une incroyable époque et portées par de jeunes acteurs devenus des légendes du cinéma. 

Pas de sexe, pas de drogue et pas de violence

On rembobine. Au début des années 1920, Hollywood traîne comme un boulet son image d’antre du vice marquée par les scandales à répétitions. Une star du cinéma muet est accusée d'avoir tué et violé une jeune actrice lors d’une orgie. Un réalisateur est assassiné dans de troubles circonstances. Les choses changent aussi à l’écran. L’avènement du parlant fait autant foisonner la boîte à idées des scénaristes qu’il agace les plus puritains. Coupez ce juron que je ne saurais entendre… William Hays se voit alors missionné pour rédiger un code de moralité. Objectif ?  Lisser les productions pour s'éviter un boycott des salles. 

Les interdits sont multiples. Les réalisateurs sont priés de bannir baisers, drogue, alcool, adultère, prostitution, relations sexuelles ou amoureuses hors mariage, homosexualité, violence, danse trop suggestive ou évocation du nom de Dieu. Mais les règles étant faites pour être bafouées, les cinéastes profitent de l’absence de toute autorité de contrôle. Et s’amusent à jouer la surenchère. Dès 1929, les films jouissent d’une liberté foisonnante. La sexualité est assumée, la critique sociale décuplée. Comme si Hollywood testait ses limites. 

Les personnages féminins prennent le pouvoir comme jamais auparavant. L’héroïne d’Âmes libres (1931) refuse d’épouser son gangster d’amant, celles de la Belle de Saïgon (1932) mènent la danse d’un triangle amoureux dans la moiteur de l’Indochine et celle de Female  (1933) ne cache rien de ses désirs. Baby Face n’a d’enfantin que son titre, sa star se jouant des hommes pour se faire une place dans la société. 

Résolument modernes dans leur approche, les films du pré-code ont contribué à l’éclosion de grands noms du cinéma américain, de Jean Harlow à Barbara Stanwyck, en passant par Clark Gable et John Wayne. La création de la Production Code Administration en 1934 sonnera la fin de la récréation, marquant la mise en œuvre effective du désastreux Code Hays qui muselera le cinéma américain pendant trois décennies. Ou du moins en apparence. Car ces règles n'ont au final fait que renforcer la créativité de cinéastes désireux de les contourner.

>> Forbidden Hollywood - coffret disponible dès le 16 décembre en exclusivité à la Fnac et sur Fnac.com (49,99 euros).

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