Henri Cartier-Bresson, l'instant T

Henri Cartier-Bresson, l'instant T

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EXPOSITION - Le Centre Pompidou présente à partir de demain la première rétrospective consacrée au photographe depuis sa mort il y a dix ans. L'occasion de redécouvrir son œuvre poétique et engagée indissociable de l'histoire du XXe siècle.

Mieux vaut avoir du temps devant soi. Avec plus de 500 photos, dessins et documents, l'exposition du Centre Pompidou consacrée à Henri Cartier-Bresson est dense. Il faut dire que l'artiste né en 1908 et mort en 2004 a laissé derrière lui une œuvre de taille présentée ici chronologiquement. ''Les tirages sont tous d'époque, précise Clément Chéroux, commissaire d'exposition. Cela permet de montrer la diversité de son travail. Au fil des années, la taille des photos s'agrandit, les contrastes deviennent plus fort.'' Seule constance : le règne du noir et blanc. ''Cartier-Bresson détestait la couleur car le temps d'exposition plus long ne lui permettait pas d'être dans l'instantanéité'', rappelle Clément Chéroux.

Le temps des surréalistes

Passé les premiers clichés touchants des années 1920, le visiteur découvre l'influence du surréalisme sur l'œuvre de l'artiste. Ses photos répondent alors au même mode opératoire. Après avoir repéré un arrière-plan – un mur troué de fenêtres, une vitrine – Cartier-Bresson attend que des passants s'intègrent dans la scène. Le résultat relève autant de la composition géométrique que du hasard. ''Ces photos prises en plongée ou contreplongée nous font perdre nos repères. Les jeux de lignes sont maîtrisés, les formes se font échos'', analyse Clément Chéroux. Une technique qui atteint son point d'orgue avec ''Derrière la gare Saint-Lazare'', un des clichés les plus connus représentant un homme et son reflet au-dessus d'une flaque d'eau. Mais le photographe glisse parfois aussi vers l'abstraction donnant naissance à des œuvres poétiques et fascinantes.

Une œuvre engagée

A cette iconographie artistique se superpose un travail plus engagé. En France, en Espagne ou au Mexique, Cartier-Bresson photographie la misère, les hommes qui dorment dans la rue. Il travaille pour la presse communiste, immortalise les premiers congés payés en 1936. A travers de grandes séries, il aborde des sujets de société comme le rapport de l'homme à la machine. Avec d'autres grands noms, dont Robert Capa, il fonde en 1947 l'agence Magnum. Un an plus tard, il couvre en Inde les funérailles de Gandhi. Ses images, parues dans Life, font le tour du monde. Il part ensuite pour la Chine, la Russie. ''Il a une très grande intelligence des situations, explique Clément Chéroux. En quelques jours, il comprend les problèmes du pays dans lequel il se trouve.'' Malgré l'urgence dictée par le bouclage des magazines qui lui passent commande, il ne sacrifie pas la qualité graphique de ses clichés. Au début des années 1970, il met un terme à ses reportages et déclare : ''j'ai arrêté de faire le trottoir''. Une tache dans un ruisseau, un nuage dans le ciel... Cartier-Bresson achève  son œuvre sur des sujets plus méditatifs, hors du temps.

Henri Cartier-Bresson, au Centre Pompidou, Paris Ier, jusqu'au 9 juin. Tarifs : 10 et 13 €. Infos : 01 44 78 12 33 ou www.centrepompidou.fr

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