Hergé au Grand Palais : tout ce que les albums ne montrent pas, par une experte tintinophile

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EXPO - Célébrer Hergé au Grand Palais dans une exposition ne pouvait se faire sans son personnage vedette, Tintin. Le dessinateur belge a vendu à ce jour plus de 240 millions d’albums dans le monde entier. Le résultat de toute une vie de travail, que Cécile Maisonneuve, la conseillère scientifique de l'exposition, nous présente.

D’emblée, ce qui frappe, c’est le mouvement. Qu’il dessine une fusée, un yéti, une momie ou la glotte de la Castafiore, Hergé fait vibrer ses dessins de vie. Ce ne sont pas les exemples qui manquent au Grand Palais, où toutes les planches originales qui sont exposées laissent voir les ratures et coups de gomme d'Hergé, jusqu’à trouver le geste parfait. Pas mal pour un autodidacte qui brillait dans toutes les matières à l’école… sauf en dessin.  


Véronique Maisonneuve, conseillère scientifique à la RMN-Grand Palais, nous confie d’ailleurs que la salle dédiée aux crayonnés présentés autour de la maquette du château de Moulinsart est surnommée "le trésor" : "On y découvre la main d’Hergé au travail, et on s’aperçoit que cette ligne claire qui a l’air si simple, si évidente qu’on pourrait croire qu’elle a été tracée d’un seul geste, est en fait le résultat d’un long travail. Hergé crayonne longuement avant de trouver la ligne juste, celle qui exprime le mieux le geste, l’attitude, l’expression qu’il cherche à représenter."

Ce travail minutieux est précédé de l’écriture du scénario, de la documentation et des premiers découpages et mises en place. "Puis les premiers crayonnés, de plus en plus précis jusqu’au moment où Hergé passe à l’encre la ligne qu’il a choisie", poursuit Cécile Maisonneuve. "Viennent ensuite la phase d’impression, pour pouvoir appliquer les couleurs, et l’écriture des textes. C’est un très long processus que l’on peut suivre dans une salle qui présente différentes planches de L’affaire Tournesol."

Hergé, on s’en doute, ne laissait rien au hasard. Pour les besoins d’Objectif Lune, n’ayant pas de fusée sous la main, il en a fait fabriquer une. En modèle réduit, sinon on n’aurait pas pu la loger au Grand Palais… "Hergé a imaginé cette fusée lunaire en collaboration avec des astronautes et des scientifiques, qui l’ont aidé à en dessiner une vraisemblable. Cela donne la mesure de l’exigence de sa méthode, de sa volonté de rendre le réel de manière précise."

Autre révélation, une fois face aux originaux : la beauté des couleurs. "Les couleurs reproduites dans les albums et les publications autour de Tintin trahissent toujours un peu la couleur qu’avait choisie Hergé", constate Cécile Maisonneuve. "Regardez les bleus de coloriage des couvertures des albums, ils donnent un petit supplément de vie. On a tendance à parler d’Hergé pour sa ligne, mais je pense qu’on sous-estime un peu ses talents de coloriste." Quand Hergé passe à la couleur, avec L’Etoile mystérieuse, la création d’un album devient si longue qu’il s’entoure d’une équipe de collaborateurs, le Studio Hergé. Parmi eux, un certain Edgar P. Jacobs, futur créateur de Blake et Mortimer. Mais c’est une autre histoire…

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